Retour vers l’inconnu

Axel Botte, Ostrum AM

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Le nouveau variant Omicron engendre des rotations violentes sur les marchés.


©Keystone

L’inflation du prix de la dinde (+14% sur un an!) en cette semaine de Thanksgiving a laissé place dans l’actualité au nouveau variant Omicron, détecté en Afrique du Sud. Sa diffusion rapide inquiète et de nombreux pays ont déjà suspendu les liaisons aériennes vers six pays du sud du continent. L’OMS prévoit qu’il faudra plusieurs semaines pour établir la dangerosité de ce variant. Les marchés d’actions ont dévissé en Asie lors de la séance de vendredi. Les contrats à terme sur le S&P, l’Euro Stoxx 50 et les principaux indices boursiers européens perdaient rapidement entre 2 et 4%. La faible liquidité des marchés financiers autour de Thanksgiving a probablement accentué les décalages de prix. 

La hausse des rendements américains qui traduisait les anticipations d’une accélération de la sortie du quantitative easing est effacée. Le T-note à 10 ans se stabilise autour d’1,50% après un sommet près d’1,69% en séance mercredi. Le repli vers le Bund allemand est plus mesuré mais l’emprunt allemand se traite sous le niveau de -0,30%. Les positions profitables dernièrement sont réduites, à l’instar de la correction du dollar-yen. L’euro remonte vers 1,128. Les indices de crédit synthétique ont fortement réagi. L’iTraxx crossover (285pb) s’écartait de plus de 20pb à l’ouverture de vendredi. En résumé, le monde est replongé dans l’incertitude sanitaire, avec le risque d’une croissance heurtée au cours de l’hiver. Les niveaux de volatilité sur les actions, le change ou les taux ont sensiblement augmenté. Le prix du pétrole a plongé (75 dollars sur le Brent) anticipant une baisse du trafic aérien. La plupart des matières premières plongent (notamment les métaux), à l’exception de l’or.

Les sondages régionaux de la Fed témoignent d’un rebond de l’activité.

Le retour de l’inconnue sanitaire intervient alors que les enquêtes de conjoncture sont au beau fixe en novembre. Les sondages régionaux de la Fed témoignent d’un rebond de l’activité. Le PIB du deuxième trimestre (+2,1%) a certes été arrondi à la baisse, mais les données de consommation et de revenus des ménages pour le mois d’octobre sont bien orientées. Parallèlement, les commandes de biens d’équipement des entreprises préfigurent une poursuite de la hausse de l’investissement. En zone euro, les PMI de novembre annonçaient une embellie, qui se trouve donc partiellement remise en cause par l’incertitude sanitaire, voire le Brexit ou les tensions aux frontières de l’Est.

Sur le plan monétaire, la résurgence du Covid complique probablement la donne. L’inflation est devenue un enjeu politique majeur dans l’optique des élections de mi-mandat. La reconduction de Jerome Powell (aux dépens de Lael Brainard promue Vice-Présidente) assure une certaine continuité mais le compte rendu de la réunion de novembre laisse déjà envisager une sortie accélérée du programme d’achat d’actifs et des hausses de taux plus précoces. Les marchés intègrent deux relèvements des Fed Funds l’an prochain. La BCE est dans une situation similaire. Les risques d’inflation sont à la hausse selon Isabel Schnabel. Le consensus au sein du Conseil migre ainsi vers une calibration moins accommodante de la politique monétaire. La BoE, certes imprévisible, semblait faire un pas de plus vers une hausse en décembre en raison de l’inflation salariale (5,8% sur un an, bonus compris) susceptible de renforcer la dynamique des prix.

La réaction épidermique des marchés mondiaux à l’annonce du nouveau variant a concerné tous les marchés. Les intervenants asiatiques ont rapidement vendu des contrats à terme sur les indices locaux et occidentaux. Le Nikkei, comme l’indice de Hong-Kong, perdait 2,5% vendredi. Les marchés européens s’affichaient en baisse de 2 à 4%. Des rotations sectorielles violentes se mettent en place. Le secteur des transports et des loisirs plonge de 7% vendredi et les banques effacent une partie de leur surperformance en raison du repli des taux. Les valeurs technologiques et la pharmacie, en particulier les fabricants de vaccins, profitent une nouvelle fois de la baisse des taux à long terme.

Les emprunts indexés sous-performent à la fois pour des raisons techniques liées à la fuite vers la qualité et au repli de l’or noir.

Sur les marchés de taux, le variant infléchit à la marge la trajectoire de resserrement prévu. Le mouvement de courbe n’est pas très marqué puisque les rendements baissent sur l’ensemble des maturités vendredi (-10pb sur le 30 ans). Le T-note oscille autour de 1,50%. Les emprunts indexés sous-performent à la fois pour des raisons techniques liées à la fuite vers la qualité et au repli de l’or noir. L’aplatissement est plus fort sur le 2-10 ans européen compte tenu de la cherté initiale du 2 ans, alors que le collatéral se raréfie dans la perspective de la fin d’année. Les spreads souverains périphériques ont peu bougé, l’élargissement reflétant l’ajustement rapide du contrat Bund. Les banques sont aussi moins enclines à intermédier le marché fin novembre.

Les marchés du crédit sont souvent paralysés par l’absence de liquidité dans les phases d’accélération baissière. Le seul recours est d’utiliser les dérivés de crédit pour réduire les risques. Le spread de l’iTraxx crossover remonte ainsi au-delà de 280pb. Cela traduit aussi la fragilité des actifs non éligibles aux achats de la BCE. L’écartement du high-yield s’est accéléré en fin de semaine. Parallèlement, les spreads IG s’élargissent de 4-5pb supplémentaires vendredi. Les dettes subordonnées et hybrides souffrent. Le primaire était pourtant actif cette semaine avec 8,4 milliards de dollars de senior financières et 4 milliards de dollars de non-financières.

Sur le marché des changes, la baisse des métaux pèse sur les dollars australien et canadien. La couronne norvégienne ou le rouble russe surréagissent aussi à la chute du Brent malgré les perspectives de resserrement monétaire. Les positions de portage financées en yen se retournent brutalement. Quant aux émergents, le rand décroche pour des raisons évidentes.

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