À ma gauche un vénérable indice, bien campé sur ses deux jambes et en hausse de 1% hier. À ma droite, un jeune impétueux manifestement en hypoglycémie et en recul de 1% hier.
Et oui, papy Dow Jones se porte à merveille, flirte avec ses records et est fort aise d’être en valeurs de la tech plutôt dépourvu. À l’inverse, le Nasdaq100 (NDX) semble de plus en plus sous pression, il paie manifestement les excès d’un passé récent, concentrés notamment dans le segment des semi-conducteurs.
On peut dire que, comme en basketball, le joyeux royaume des actions attaque actuellement son money time. La grande rotation hors des semi-conducteurs et des titres ayant réalisé des débuts en bourse dignes d’une fusée (toute ressemblance avec SpaceX est volontaire et assumée) se poursuit, le marché craint une contagion en provenance de Séoul, où cela balance nettement plus qu’à Paris ces jours, l’indice KOSPI est à nouveau à genoux ce matin, pénalisé par SK Hynix qui a multiplié son bénéfice par 13 mais le marché en voulait plus et paf le test de la moyenne mobile à 200 jours à la cloche, l’indice n’est même pas survendu, chaud devant… En parallèle les résultats trimestriels d’entreprises tombent sur le prompteurs, aujourd’hui nous aurons notamment droit à Microsoft et Meta, mais avant cela la Fed nous aura annoncé sa décision sur ses taux, qui fait quelque peu débat désormais, j’y reviens. Ajoutez à ce charmant cocktail de nouvelles tensions au Moyen-Orient et vous obtenez un paysage boursier présentant une forte ressemblance avec Le Cri de Munch.
Le NDX a désormais reculé ces 5 dernières séances, il a perdu près de 10% depuis son top du 3 juin mais reste en progression de 10% sur l’année. Côté semi-conducteurs, le SOX a lui abandonné 19% depuis le 3 juin, une paille si l’on considère qu’il avance encore de 55% en 2026. Pour le KOSPI c’est nettement plus sportif, il a lâché 40% depuis son record du 18 juin, avance encore de 34% sur l’année mais dépend littéralement de deux titres, SK Hynix et Samsung Electronics, or son évolution fait de plus en plus office de boussole pour le reste de la cote technologique. Rappelons ici que le marché demande actuellement des comptes au SOX et au KOSPI en tête, agacé de ne pas voir arriver ces fameux retours sur investissements colossaux, inquiet de l’apparente montée en puissance de la Chine (notamment Moonshot, CXMT), dubitatif face à une concurrence potentielle à ASML et carrément inquiet des investissements circulaires entre mastodontes de la tech, la récente annonce que Nvidia serait en discussion pour garantir environ 250 milliards de dollars de financement afin d’aider OpenAI à construire un immense centre de données dans l’Ohio a braqué de nombreux intervenants.
Petite incursion en Europe, où cela se passe nettement mieux d’un point de vue boursier que de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis le 3 juin le Stoxx Europe 600 (SXXP) progresse de près de 4% tandis que la star du moment est notre bon vieux SMI, qui avance pour sa part de 9,2%. C’est parfois chouette d’être démuni en valeurs de la tech.
Précisons au passage que les actions «value» surperforment nettement les valeurs de croissance en 2026, mais cette avance est en partie trompeuse. Le Russell 1000 Value gagne environ 20% depuis le début de l’année, contre une baisse de 1,6% pour le Russell 1000 Growth, principalement grâce au remaniement des indices de juin. Apple, Microsoft et Amazon ont été davantage intégrés à l’indice value, tandis que Micron, AMD et Western Digital ont rejoint l’indice growth juste avant la chute des semi-conducteurs. L’indice value a ainsi profité de la hausse des puces, puis de la reprise des mégacapitalisations technologiques. Cette évolution brouille la distinction traditionnelle entre croissance et value: les investisseurs recherchent surtout désormais des entreprises de qualité, bénéficiant de l’IA et se négociant à une décote par rapport à leur historique. Les secteurs classiques comme l’énergie, la santé et les matières premières restent néanmoins attractifs, tandis que les petites capitalisations value profitent aussi de l’élargissement de la hausse des bénéfices et du marché.
On se penche sur la séance de trading d’hier soir avec un marché des actions qui progresse dans son ensemble pendant que la correction du SOX se poursuit après avoir fortement touché la Corée du Sud. Corning recule de 12% malgré des résultats supérieurs aux attentes, pénalisé par des prévisions décevantes. ASML recule de 4,2% après des informations selon lesquelles une entreprise chinoise soutenue par l’État produit désormais en série un équipement jusqu’ici dominé par le groupe néerlandais. Cette nouvelle pèse sur SK Hynix, Sandisk, Marvell, Intel, AMD et Dell. À l’inverse, Sherwin Williams bondit de 8,3% après avoir relevé ses prévisions, PayPal gagne 4% grâce à de solides résultats et Boeing progresse de 4,8% malgré des résultats décevants, porté par un discours rassurant de sa direction. Coca Cola et Royal Caribbean avancent également d’environ 5%, tandis qu’UPS chute de 6,6% malgré de meilleurs résultats et des objectifs relevés. Apple gagne légèrement et redevient la première capitalisation mondiale devant Nvidia, tandis que Johnson & Johnson progresse modestement après avoir accepté de verser 5,5 milliards de dollars pour régler des litiges liés au talc.
L’indice S&P500 (SPX) semble désormais cappé par sa moyenne mobile à 50 jours. Il termine sa séance à 7428 points contre la 50 dma actuellement à 7470 pts. Son podium du jour se compose de la santé, des biens de consommation de base et des materials. En queue de peloton on retrouve sans surprise l’énergie et la tech. Le breadth est nettement positif sur le SPX et même légèrement dans le vert sur le NDX, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) surperforme à nouveau nettement le SPX, n’en jetez plus, sans certains des mastodontes de la tech et les semis, la clôture eût été nettement plus jolie, un point pour les taureaux, le marché ne jette pas tout à la poubelle sans discernement, il réaligne son exposition, dans des volumes de trading en reprise c’est à noter. La volatilité des indices reste faible, le VIX à 18,21, celle des actions individuelles élevée mais en léger retrait, le VIXEQ à 47,80. Côté marché obligataire la courbe des taux US se détend légèrement, le 10 ans traite à 4,61%, dans l’attente du FOMC de ce soir. Le dollar reste fort mais la paire eur/usd revient proche de 1,1400, c’est à suivre, tandis que l’or se stabilise à 4045 dollars mais reste sous le bas de son canal haussier entamé début 2024. Côté or noir, cela rebondit quelque peu ce matin après l’annonce de nouvelles tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, le baril de WTI Light Crude cote 82,22 dollars, sa 50 jours se situe en ce moment à 93,13 dollars.
Le contexte technique de certains indices devient préoccupant. Le NDX se voit désormais forcé de défendre sa 100 jours, il y parvient hier mais traite un moment en-dessous en séance. Même phénomène sur le SOX alors que le KOSPI ne parvient pas à défendre sa 200 jours.
Résumons: les marchés évoluent ce matin dans un climat d’aversion au risque dominé par deux facteurs principaux: l’aggravation de la chute des actions asiatiques, avec une deuxième séance consécutive de lourdes pertes pour les fabricants sud-coréens de semi-conducteurs et la forte incertitude entourant la décision de la Réserve fédérale attendue ce soir. Le marché des swaps estime à environ une chance sur trois la probabilité d’une hausse des taux de 0,25 point, un niveau d’incertitude inhabituellement élevé le jour d’une décision de la Fed. À cela s’ajoute une nouvelle montée des tensions géopolitiques après le tir de missiles balistiques iraniens contre des forces américaines au Moyen Orient pendant la nuit, ce qui renforce la prime de risque sur l’ensemble des marchés. Et au milieu de cette rivière de tranquillité coulent des résultats de sociétés, susceptibles d’apporter leur lot de volatilité à ce tableau perturbé.
Aujourd’hui est donc jour de Fed. Le statu quo reste le scénario privilégié du marché, soutenu par le recul des prix à la consommation en juin, l’absence de hausse mensuelle de l’inflation sous-jacente et la résistance de l’activité comme de l’emploi. Le marché attribue néanmoins désormais près de 30% à 35% de probabilité à une hausse de 0,25 point. Cette incertitude s’explique surtout par le risque d’une nouvelle flambée du pétrole liée au conflit avec l’Iran et par la possibilité d’une correction des marchés actions si les investissements massifs dans l’intelligence artificielle déçoivent. Ces deux chocs pourraient peser sur la consommation, aussi bien chez les ménages modestes, sensibles au coût de l’énergie, que chez les plus aisés, exposés à l’évolution de la Bourse. La Fed pourrait donc choisir d’attendre jusqu’en septembre afin de mieux mesurer ces risques. Citadel Securities anticipe toutefois une hausse immédiate, qui permettrait à Kevin Warsh d’afficher sa fermeté contre l’inflation et de limiter le risque d’un resserrement plus brutal par la suite. Le niveau record des positions ouvertes sur les contrats à terme sur les Fed funds confirme que les investisseurs se couvrent massivement face à une décision inhabituellement incertaine.
Au menu macro-économique de ce mercredi, aux États-Unis les investisseurs suivront à 16h30 l’évolution des stocks hebdomadaires de pétrole brut publiée par l’EIA, avant le principal rendez-vous de la journée à 20h00 avec la décision de la Fed sur les taux d’intérêt, puis la conférence de presse à 20h30, qui sera déterminante pour comprendre ses intentions concernant la suite de la politique monétaire.
Kering renoue avec la croissance organique au premier semestre grâce à Gucci, dont le recul est nettement moins marqué que prévu, ce qui fait bondir le titre de 15% hors séance sur OTC Markets. EssilorLuxottica affiche une croissance de 9,7% à taux constants et un résultat net ajusté de 1,921 milliard d’euros, soutenu par des remboursements de droits de douane, tandis que le titre progresse de 2,7% hors séance. GTT confirme ses objectifs 2026 et annonce un acompte sur dividende de 4,30 euros par action. Deutsche Bank enregistre une hausse de son bénéfice net et de son chiffre d’affaires au premier semestre, Rio Tinto voit son bénéfice bondir de 47% grâce à une progression de 15% de ses revenus, RWE relève ses prévisions annuelles après un semestre solide et sa montée au capital d’Amprion, et Logitech publie également une hausse de son bénéfice net et de son chiffre d’affaires au premier trimestre fiscal. Netflix et Walt Disney pourraient profiter de l’abandon par le Canada de sa taxe sur le streaming, AT&T finalise l’acquisition de fréquences auprès d’EchoStar pour 23 milliards de dollars, et Moody’s envisage de relever la note de Delivery Hero à la suite de sa fusion avec Uber Technologies. Waste Management déçoit légèrement au deuxième trimestre, avec un chiffre d’affaires de 6,68 milliards de dollars contre 6,71 milliards attendus, et abaisse ses prévisions de revenus pour 2026 après son retrait du marché résidentiel. Enfin, SK Hynix publie un bénéfice multiplié par treize au deuxième trimestre, mais inférieur aux attentes.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 1,49% à la cloche, Hong Kong monte de 1,76%, Shanghai prend 0,4%, Séoul chute de 5,98% supplémentaires et le Nifty50 gagne 1%. Le future SPX monte de 0,2%, son alter ego du NDX évolue autour de l’équilibre.