Gonet: l'actualité des marchés au 27 juillet

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,46%%, S&P 500 +0,05%, Nasdaq -0,64%, Russell -0,35%, SOX -4,25%, Eurostoxx +1,14%, SMI +0,79%.

 

Le joyeux royaume des actions, bien qu’évoluant proche de ses sommets historiques, n’y arrive manifestement plus et réalise sa seconde semaine consécutive de repli la semaine passée, on n’avait plus vu ça depuis mars. Les tensions persistantes entre les Etats-Unis et l’Iran portent le pétrole et impactent le marché obligataire avec en ligne de mire la Fed, que le marché craint nettement plus faucon que colombe ces temps. En parallèle les résultats trimestriels de sociétés sont solides mais le marché en veut manifestement toujours plus et s’inquiète, probablement à raison, de l’accélération des dépenses d’investissements dans le domaine de l’intelligence artificielle, j’y reviens. Rien que la semaine passée, les sept un chouia moins magnifiques abandonnent 890 milliards de dollars de capitalisation boursière, Tesla est particulièrement attaquée, qui chute de 18% et réalise sa pire performance hebdomadaire depuis 2022. Son bénéfice manque les attentes, ses dépenses augmente fortement, le marché sanctionne avant tout la forte dégradation de ses marges automobiles, l’explosion des investissements dans l’IA et un cash-flow disponible désormais négatif d’environ 1,1 milliard de dollars. En parallèle la firme d’Elon Musk annonce qu’elle dépensera 25 milliards de dollars cette année. En bref, le marché s’inquiète plus du coût élevé de la transformation de la firme de constructeur automobile à entreprise IA et de robotique que du niveau de ses ventes. Tesla est un excellent exemple de l’état d’esprit actuel des intervenants qui sont désormais massivement en mode «show me the money» (ndlr: et fissa svp). On notera en parallèle les replis de plus de 6% d’Amazon, Alphabet et Meta sur la semaine.

Ceci dit, tout ne recule pas à Wall Street la semaine passée, les semi-conducteurs retrouvent quelques couleurs, tout comme l’énergie, l’industrie, les matériaux et l’immobilier, la grande rotation suit donc son cours, un phénomène plutôt rassurant, malgré le bond réalisé par les rendements obligataires US, la forte hausse des cours de l’or noir et les efforts répétés du billet vert pour casser le niveau de 1,1400 contre l’euro.

Les mastodontes de la tech déjà levé plus de 200 milliards de dollars cette année par emprunts et annoncé 115 milliards supplémentaires d’augmentations de capital. Les récentes émissions obligataires surprises de 25 milliards de dollars par Nvidia et Amazon ont fait chuter le prix de la dette du secteur, les investisseurs craignant une arrivée massive de nouveaux emprunts. Alphabet est également sous pression, son action a perdu 15% depuis l’annonce, le 1er juin d’une levée de fonds d’au moins 80 milliards de dollars, puis 7,8% sur la seule semaine passée après avoir relevé de 15 milliards ses prévisions d’investissements pour 2026, désormais comprises entre 195 et 205 milliards. Le message du marché est clair: les dépenses liées à l’IA continuent d’augmenter et les investisseurs s’inquiètent de plus en plus de leur financement et de leur rentabilité future. Et ce n’est pas l’annonce de ce matin qui devrait calmer les esprits à ce sujet. Dans la série «copains copines on se prêtre l’usine», Nvidia discute avec OpenAI d’une garantie financière pouvant atteindre 250 milliards de dollars afin de faciliter le financement d’un immense centre de données développé par SB Energy, filiale de SoftBank, dans l’Ohio. Il ne s’agirait pas d’un versement direct, mais d’un engagement à couvrir les prêteurs si OpenAI ne pouvait plus payer, ce qui permettrait de réduire le coût du financement. Le projet atteindrait 10 gigawatts et coûterait plus de 500 milliards de dollars, puces comprises, avec une première tranche attendue en 2028. Nvidia pourrait aussi garantir jusqu’à 350 milliards de dollars pour l’achat de ses propres processeurs: l’opération renforcerait donc ses ventes et la capacité informatique d’OpenAI, mais créerait un financement très circulaire et exposerait Nvidia à des pertes considérables si les revenus d’OpenAI ne suffisaient pas. «Un financement très circulaire», tout est dit et cela laisse songeur…

Vendredi soir l’indice S&P500 équipondéré (SPW) progresse de 0,77% contre seulement +0,05% au SPX, en parallèle le breadth est nettement positif sur le SPX et légèrement négatif sur le NDX, ce sont donc bien les valeurs de la tech qui pourrissent l’ambiance, Apple mise à part qui progresse de 3,53% sur la séance, probablement munie de son totem d’immunité car considérée comme une sorte de tocarde de l’IA, ça peut parfois aider, blague à part la firme à la pomme bénéficie d’un relèvement de recommandation de Morgan Stanley, d’une annonce de collaboration avec Ford et clairement de la perception générale qu’elle est moins exposée à l’inflation de dépenses dans les infrastructures IA. Le podium du jour du SPX se compose de l’immobilier, des materials et des biens de consommation de base, seul secteur en repli vendredi la tech. Je note que le SPX semble tenu en respect par sa moyenne mobile à 50 jours depuis quelques séances. Clôture à 7411 points contre la 50 dma actuellement à 7472 pts.

Tiens! Le Nasdaq100 (NDX) a comblé son gap à 28'065 points en séance vendredi, le gap était ouvert depuis le 6 mai.

Les volumes de trading de cette fin de semaine sont stables, la volatilité faible (le VIX à 18,58), tandis que celle des actions individuelles (VIXEQ) recule quelque peu à 47,82. Côté marché obligataire, la courbe des taux se détend quelque peu ce matin, cela fait deux jours que les armes se sont tues au Moyen-Orient, permettant au sentiment de souffler un bon coup. Le 2 ans US recule à 4,29%, le 10 ans cote 4,64%. Côté monnaies le dollar se replie également, la paire EUR/USD évolue à 1,1402, pile dans sa zone de support de 1,1411 – 1,1400. Ce combat de rue dure depuis le 23 juin, malheur au vaincu (je mettrais bien une pièce sur le greenback moi, juste une idée, pas une reco). Le baril de WTI Light Crude chute de 93 dollars vendredi à 84,26 dollars ce matin, on regardera sa 50 jours (@84,05 dollars) puis éventuellement sa 200 jours (@75,60 dollars). Quant à l’or, lui aussi se débat, en l’occurrence contre le bas de son canal haussier entamé début 2024, cours actuel 4094 dollars l’once soit légèrement au-dessus. Ceci dit sa 50 jours est en chute libre et lui fonce dessus, retour techniquement probable à 4000 dollars dans les cartes, puis nouveau test crucial à ce niveau.

C’est une semaine chargée qui débute pour le marché avec pas moins d’un tiers des membres du SPX qui passeront par le confessionnal, parmi eux on retrouvera notamment Microsoft, Meta, Apple et Amazon. En parallèle plusieurs banques centrales seront de sortie et pas des moindres. La Fed nous annonce sa décision sur ses taux mercredi soir, le marché n’attend pas de mouvement à cette occasion mais tentera d’en savoir plus sur ce que Kevin Warsh et ses collègues ont en tête. En l’état les Fed Funds prédisent 64% de probabilités d’une hausse de 25 points de base le 16 septembre et un total de deux relèvements cette année. Statu quo attendu à la Banque d’Angleterre jeudi et à la Banque du Japon vendredi. En fil rouge de la semaine, le conflit Etats-Unis / Iran qui peut à tout moment influencer le cours de l’or noir et, par ricochet le sentiment général du marché.

L’USD/JPY évolue autour de 163,44, en léger recul ce matin grâce à l’apaisement des tensions avec l’Iran et à la diminution des craintes inflationnistes liées au pétrole. Le yen reste toutefois proche de son plus bas niveau depuis quarante ans, la paire ayant atteint 163,99 la semaine dernière. La devise japonaise continue d’être pénalisée par les inquiétudes concernant l’expansion budgétaire du gouvernement et par la crainte que les pressions politiques ne conduisent la Banque du Japon à retarder ses prochaines hausses de taux. La décision de la BoJ cette semaine sera donc déterminante pour l’évolution de la paire.

On se penche sur la firme Sud-Coréenne SK Hynix, qui s’est récemment cotée à la bourse de New York. les ADR (American Deposit Receipt) de SK Hynix se négocient nettement plus cher que les actions équivalentes cotées à Séoul. Depuis leur introduction, la prime a varié entre 16% et 51%, et atteint actuellement environ 29%. Une petite différence de prix peut se justifier par des coûts de transaction plus faibles, une fiscalité plus favorable ou la simplicité d’un titre libellé en dollars. Mais un écart aussi important montre surtout que les investisseurs américains sont prêts à surpayer leur exposition aux semi-conducteurs. Cette prime pourrait disparaître si l’action coréenne rattrape son retard, si les ADR baissent ou si SK Hynix en émet davantage. Ce n’est pas forcément le signe d’un krach imminent, mais c’est ici un nouvel avertissement sur les excès spéculatifs liés à l’IA et aux fabricants de puces.

SentimenTrader adopte une posture prudente à court et moyen terme sur les actions, malgré plusieurs indicateurs de fond encore positifs. À horizon de 1 à 4 semaines, les principaux risques viennent de la remise en question des valorisations de la Big Tech, de la hausse du pétrole et des taux longs, ainsi que des tensions géopolitiques. Le signal de crédit est particulièrement préoccupant: l’indice CDX est repassé au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours après 66 séances de calme, un régime historiquement associé à des performances plus faibles et à des baisses plus importantes du SPX. À plus long terme, sur 6 à 12 mois, la tendance reste toutefois haussière grâce au cycle structurel de l’IA, surtout pour les fournisseurs d’infrastructures et d’équipements. Plusieurs signaux spécifiques ressortent : le platine, le dollar australien, les actions allemandes et britanniques ainsi que les biotechnologies entrent dans des périodes saisonnières historiquement défavorables, tandis que le pessimisme extrême sur le lithium constitue curieusement un signal favorable au lithium, mais surtout à l’or et, dans une moindre mesure, au SPX. L’or, mesuré par le GLD, a chuté de 28% depuis janvier 2026 et reste en tendance baissière, mais les indicateurs de sentiment suggèrent qu’une zone de retournement pourrait se former tant que le support des 360 dollars tient. En résumé, les indicateurs de fond restent constructifs, mais la détérioration du crédit, la hausse des taux, le choc pétrolier et l’excès d’optimisme justifient probablement actuellement une allocation plus défensive.

SAP SE engage la deuxième phase de son vaste programme de rachat d’actions, doté de 10 milliards d’euros. En Suisse, la Finma examine les dispositifs de contrôle ainsi que la gestion des frais appliqués dans les activités de prévoyance de Zurich Insurance. SpaceX réalise de son côté le treizième vol d’essai de Starship et procède pour la première fois au déploiement de satellites Starlink de nouvelle génération. Qualcomm anticipe par ailleurs une augmentation à deux chiffres du prix de ses puces destinées aux smartphones. Dans les semi-conducteurs, SK Hynix et Samsung Electronics se préparent à conclure avec plusieurs groupes technologiques américains, dont Nvidia et Broadcom, d’importants contrats évalués à environ 950 milliards de dollars. Enfin, le fabricant chinois de puces CXMT bondit de plus de 450% lors de son introduction en Bourse en Chine.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 0,5% à  la cloche, Hong Kong avance de 1,02%, Shanghai prend 1,15%, Séoul gagne 0,97% (seulement?) et le Nifty50 monte de 0,82%. Le future SPX est en progression de 0,8%, son compère du NDX récupère 1,4% et l’Europe prend 1% dans les premiers échanges.

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