Et voilà, l’Empire contre-attaque! Attention, pas celui-là, l’autre.
Depuis 2022 l’intelligence artificielle est entrée progressivement dans nos esprits et nos vies pour enfin s’installer confortablement dans nos portefeuilles titres en délogeant au passage de fidèles amis de longue date, jetés sans vergogne aux oubliettes par des investisseurs dont la principale qualité n’est manifestement pas la fidélité. Le 30 novembre 2022 Chat GPT 3.5 a été lancé gratuitement auprès du grand public, depuis lors l’indice SOX des semi-conducteurs a progressé de 323%, le Nasdaq100 (NDX) de 139% et Nvidia, le visage boursier de l’IA, de 1063%. Le conte de fées a duré sans anicroche ou presque jusqu’à mai-juin 2026, puis l’optimiste béat a fait place aux questions bien légitimes autour du retour attendu sur investissements massifs dans cette nouvelle révolution industrielle que constitue l’intelligence artificielle. Or, jusqu’au début de l’année 2025, les Etats-Unis semblaient bien seuls en la matière, accompagnés par quelques Sud-Coréens et Japonais mais pas vraiment par l’autre Empire. Pékin semblait larguée jusqu’à l’arrivée de DeepSeek, une IA pas chère et qui plus est open source, un premier coup de semonce pour les Etats-Unis.
Il semble bel et bien que la contre-attaque chinoise prenne de l’ampleur depuis quelques jours. CXMT, firme concurrente de SK Hynix, Samsung Electronics et Micron Tech, vient de se lancer en bourse, elle semble disposer de 8% de parts de marché des puces mémoire dans le monde, principalement active en Chine (Apple serait cliente) et en retard technologiquement par rapport à ses trois grandes sœurs, mais elle est là et cela inquiète manifestement les intervenants, tout comme l’annonce hier qu’une firme chinoise serait en train de rattraper son retard dans le développement de machines de productions de semi-conducteurs, faisant chuter lourdement ASML en fin de séance européenne. Ajoutez à cela l’émergence de Moonshot, une IA chinoise efficace, peu gourmande en ressources et open source elle aussi et vous avez fait le tour, Pékin semble sur tous les fronts, c’est la principale raison du repli marqué des actions de semi-conducteurs, producteurs de puces mémoires en tête, ce matin l’indice KOSPI est stoppé à Séoul, il chute de 10,84%.
La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que le marché ne semble pas vouloir jeter le bébé chip avec l’eau du bain. On observe un retour en grâce de certaines valeurs de logiciels (par exemple Microsoft MSFT +1,94% hier), phénomène plutôt logique, on les jetait à la poubelle avant-hier de crainte que l’IA ne les dévore tout crus, on les aime à nouveau hier, l’IA marquant le coup, c’est simple la bourse en fait…
Les thèmes du moment qui occupent le marché ne se limitent pas à ce sujet, les investisseurs doivent aussi faire avec le narratif de la guerre Iran – Etats-Unis. Ce dossier-ci est plus calme depuis trois jours, les belligérants ayant cessé de se tirer dessus (les mauvaise langues prétendent que c’est faute de munitions des deux côtés), ce qui permet une détente marquée du pétrole et des rendements obligataires, mais le dossier IA semble prendre plus de place dans les esprits boursiers, qui doivent aussi digérer les nombreux résultats trimestriels de sociétés qui tombent sans cesse sur les prompteurs, rien que cette semaine un tiers des firmes du S&P500 (SPX) passera par le confessionnal et notamment Microsoft et Meta demain soir, puis Apple et Amazon jeudi. La macro n’est pas en reste avec plusieurs banques centrales de sortie cette semaine. Demain nous aurons droit à l’annonce de la Fed sur ses taux, personne n’attend de mouvement, en revanche le discours de Kevin Warsh sera suivi de près, même si le nouveau grand patron de la finance mondiale semble vouloir ralentir la voilure de la communication autour de la politique monétaire de la Réserve Fédérale. Jeudi ce sera le tour de la Banque d’Angleterre, pas de mouvement attendu là non plus, puis viendra le tour de la Banque du Japon vendredi, là encore le statu quo est le scénario privilégié des économistes, avec la faiblesse du yen en toile de fonds, c’est à suivre de près.
On se plonge dans la séance de ce lundi avec l’indice SOX qui termine sa journée à 11'554 points, se rapprochant de son bas en séance du 17 juillet à 11'194 pts, notons que sa moyenne mobile à 100 jours se situe actuellement à 10'908 points et que l’indice n’est pas du tout survendu. Le podium du jour du SPX se compose des biens de consommation de base, des services de communication et des financières, la tech termine en repli une nouvelle fois, le breadth est positif sur les deux principaux indices et le SPW (S&P500 équipondéré) progresse de 0,75% soit nettement plus que le SPX, confirmant une nouvelle fois que le marché poursuit sa grande rotation vers des sujets un chouia moins artificiels. La volatilité des indices reste faible, le VIX à 18,67, en revanche celle des actions individuelles remonte à 48,40, un niveau élevé qui fait la joie des structureurs depuis quelques temps. Le Nasdaq100 (NDX) est comme le SOX, il n’est pas survendu et se rapproche de sa 100 jours, le hic c’est que les acheteurs sur faiblesse, les fameux adeptes du BTFD (que je ne traduirai pas n’insistez pas), semblent sur la retenue, voire absents, c’est un point majeur pour la suite, généralement un jour cela baisse puis rebondit le lendemain, or ce matin le future NDX recule d’un peu moins de 1%, impacté par la chute du KOSPI et le nouveau contexte induit par la montée en puissance de la Chine.
La courbe des taux US se détend légèrement, le 2 ans évolue à 4,29%, le 10 ans à 4,61% et le 30 ans à 5,11%, une réaction à la détente apparente au Moyen-Orient. Le pétrole fait de même, le baril de WTI Light Crude est de retour à 81,33 dollars contre 93,50 dollars vendredi. Le marché semble privilégier à nouveau un scénario de détente dans ce conflit.
La bagarre de rue qui oppose le dollar et l’euro depuis le 23 juin (autour des 1,1400) est en train de tourner à l’avantage du billet vert. La paire casse 1,1400 et cote 1,1367 ce matin, prochain support à 1,1325, c’est le bas en séance du 24 juin. On reste dans le Forex avec l’euro suisse qui tente de s’extirper au-delà du niveau de 0,9300. Pour mémoire le 9 mars on était à 0,8981. Si la cassure de 0,9300 est confirmée, techniquement la paire peut aller à 0,9450, puis 0,9690, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour un frontalier ça veut dire beaucoup.
Les quatre métaux sont sous pression ce matin. L’or se maintient au-dessus du seuil psychologique important de 4000 dollars mais repasse en-dessous de son canal haussier entamé en 2024, soutenu mollement par la persistance des risques géopolitiques et les incertitudes avant la réunion du FOMC. La force du dollar constitue un important vent contraire pour la relique barbare. L’argent faible, en baisse de 1,5% à 57,45 dollars, reflétant sa double sensibilité aux conditions monétaires et à la demande industrielle, cette dernière étant pénalisée par la baisse mondiale des valeurs technologiques. Le platine et le palladium reculent tous deux d’environ 1,2% à 1,5%, dans le sillage du mouvement général d’aversion au risque qui touche les métaux industriels.
On se plonge dans la macro d’hier. Les commandes globales de biens durables de juin déçoivent, mais les commandes et livraisons de biens d’équipement, plus représentatives de l’investissement des entreprises, dépassent les attentes. L’indice manufacturier de la Fed de Dallas reste sous le consensus, mais s’améliore par rapport à juin. La semaine sera marquée par la confiance des consommateurs mardi, puis jeudi par l’inflation PCE sous-jacente, le PIB du deuxième trimestre et les inscriptions au chômage. Le principal rendez-vous reste la Fed mercredi: malgré une probabilité de hausse des taux d’environ 34% intégrée par le marché, le consensus prévoit un statu quo, probablement accompagné d’un ton ferme et d’au moins une voix dissidente.
Au menu macro-économique de ce mardi, aux États-Unis, l’attention se portera à 14h30 sur les stocks de détail hors automobiles, la balance commerciale des biens et les stocks de gros, puis à 15h00 sur l’indice S&P Case-Shiller des prix immobiliers et à 16h00 sur la confiance des consommateurs du Conference Board.
En France, LVMH retrouve une croissance organique dans la mode et la maroquinerie, tandis que Michelin confirme ses objectifs annuels, Rexel relève ses ambitions 2026, Orange améliore légèrement ses prévisions et Safran rehausse également ses objectifs. Air Liquide publie des résultats légèrement inférieurs aux attentes mais confirme ses perspectives et présente ses ambitions pour 2027. Renault devra défendre son innocence dans l’affaire du dieselgate. Orange et Morrison créent une coentreprise dédiée aux centres de données en France, Saint-Gobain poursuit son expansion en Asie-Pacifique, GTT remporte une commande majeure dans le stockage d’éthane, Forvia accélère sa diversification dans la défense, Exosens augmente fortement ses capacités de production et Bull s’allie à Kalray dans les infrastructures IA et HPC. En Europe, Mercedes réduit légèrement sa prévision de chiffre d’affaires, Philips dépasse les attentes, Saipem abaisse son objectif d’Ebitda et Sika publie des résultats en recul. Monte dei Paschi et Banco BPM étudient une fusion, Volkswagen envisage de céder le contrôle de son usine espagnole de batteries, tandis que Canal+ s’engage à investir 980 millions d’euros dans le cinéma français et européen. En Amérique du Nord, Cadence relève ses prévisions grâce à la demande liée à l’IA, Welltower publie de solides résultats, Johnson & Johnson règle un litige sur le talc pour 5,5 milliards de dollars et Apple préparerait des lunettes connectées.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo chute de 3,95% à la cloche, Hong Kong grappille 0,39%, Shanghai perd 1,16%, Séoul s’effondre de 10,84% et le Nifty50 monte de 0,03%. Le future SPX recule de 0,2%, son alter ego du NDX perd 0,9% et l’Europe ouvre autour de l’équilibre.