Gonet: l'actualité des marchés au 15 juillet

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,02%%, S&P 500 +0,38%, Nasdaq +0,90%, Russell +0,39%, SOX +2,54%, Eurostoxx +0,15%, SMI -0,17%.

 

Wall Street nous livre hier un cas d’école de rebond en trompe l’œil dont elle a le secret. Les indices récupèrent une partie des pertes de lundi, encouragés par d’excellents résultats trimestriels des grandes banques américaines, mais surtout par un indice des prix à la consommation (US CPI) nettement moins élevé que prévu en juin, qui renvoie les attentes de hausse de taux par la Fed dès le 29 juillet aux oubliettes. C’est la première baisse mensuelle du CPI depuis un peu plus de six ans, un rapport tout sauf anecdotique donc. Un tel message de la macro implique une Fed potentiellement plus expansionniste, or dès que l’idée d’une réouverture du sacro-saint robinet de liquidités de la Réserve Fédérale refait surface, le joyeux royaume des actions se met d’habitude en mode SpaceX (note to myself: penser à ne plus trop utiliser cette expression, le titre est sur le point de traverser son prix de lancement à la baisse). Alors certes les principaux indices terminent la journée en hausse hier, mais si l’on gratte la surface de cette séance on découvre rapidement que la pression acheteuse y est quasiment absente, en réalité ce marché n’a manifestement pas de jambes.

La tiédeur de l’ardeur des taureaux observée hier peut être attribuée à trois facteurs, Kevin Warsh, la posture des Etats-Unis dans le conflit avec l’Iran et les indicateurs internes de marché.

Kevin Warsh réaffirme devant le Congrès la détermination de la Réserve fédérale à ramener l’inflation vers son objectif de 2%, déclarant que l’institution n’a «aucune tolérance» pour une inflation durablement trop élevée. S’il reconnaît que le ralentissement des prix en juin constitue une évolution encourageante, il prévient qu’un seul bon chiffre ne permet pas de conclure que la mission de la Fed est accomplie et refuse donc de crier victoire trop tôt. Il ne donne aucune indication précise sur la trajectoire des taux à deux semaines de la prochaine réunion, estimant que des orientations prématurées pourraient fausser les décisions. Warsh défend également l’indépendance de la banque centrale face aux pressions politiques et insiste sur sa responsabilité dans la maîtrise des prix, alors que l’inflation reste supérieure à l’objectif depuis plusieurs années. En résumé, le nouveau shérif monétaire de la planète redit sa volonté farouche d’indépendance et que la lutte contre le renchérissement des prix est sa priorité, tout cela n’est pas très colombe convenons-en.

Autre dossier problématique pour les taureaux, les États-Unis frappent des dizaines de cibles militaires à proximité du détroit d’Ormuz et le long des côtes iraniennes, alors que les tensions restent vives autour de cette voie maritime stratégique. Selon Axios, Donald Trump envisage un élargissement des frappes contre l’Iran et déclare sur Fox News que Washington viserait dès la semaine prochaine des centrales électriques et des ponts si Téhéran ne revenait pas à la table des négociations. Les marchés redoutent que cette escalade prolonge les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, maintienne les prix du pétrole à un niveau élevé et ravive les pressions inflationnistes, ce qui compliquerait la tâche de la Fed, renforcerait les anticipations de taux durablement élevés et pèserait sur les obligations comme sur les actifs risqués. À ce stade, les colombes ressemblent de plus en plus à une vue de l’esprit.

On fait maintenant un point sur les indicateurs internes de marché, si souvent dédaignés alors que ô combien importants. Le tableau qui s’offre à nous semble constructif à moyen terme, mais plus fragile à court terme pour Wall Street. L’amélioration des indicateurs avancés, l’expansion persistante de l’ISM manufacturier, la solidité des bénéfices et des marges, ainsi que le regain de momentum de la value, des petites capitalisations et des indices équipondérés montrent que l’économie et les résultats des entreprises continuent de soutenir le marché. La faible prime de valorisation des sept magnifiques par rapport au S&P500 (SPX) les rend également plus attractifs en relatif, à condition que leurs bénéfices continuent de progresser. En revanche, les valorisations absolues restent élevées, avec un ratio de Shiller supérieur à 40, tandis que le breadth demeure irrégulier. Lisez: les indices progressent parfois malgré la baisse d’une majorité de leurs composantes, les nouveaux plus hauts se font plus rares, les nouveaux plus bas plus fréquents et les signaux de High-Low Logic comme certaines divergences de Dow Theory révèlent un marché fragmenté.

Le faible niveau du VIX (volatilité du SPX) masque par ailleurs une volatilité individuelle très élevée, illustrée par le VIXEQ, ce qui traduit une forte dispersion et crée un risque de correction brutale si les corrélations entre actions remontent. Le ratio put/call et les signaux de FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de manquer le train de la hausse) témoignent d’un optimisme déjà bien installé, donc d’une vulnérabilité accrue aux mauvaises nouvelles. Les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle restent des moteurs structurels, mais leur forte progression passée, la correction du SMH et les difficultés d’IBM montrent que le marché devient plus sélectif et distingue davantage les véritables bénéficiaires de l’IA.

En conclusion, le marché haussier de fond n’est pas remis en cause, mais Wall Street apparaît chère, complaisante et techniquement vulnérable, ce qui plaide davantage pour une phase de consolidation, de forte dispersion et de corrections ponctuelles que pour une hausse linéaire. Une amélioration durable nécessiterait une participation plus large, la confirmation des sommets par les indices équipondérés, les transports et les petites capitalisations, ainsi qu’une progression des bénéfices suffisante pour justifier les valorisations actuelles. Tiens, en parlant de consolidation, elle déjà débuté, voyez ce que font les principaux indices américains depuis le 1er juin. Le SPX égare 0,6% sur la période, le NDX en perd près de 3%, tandis que papy Dow Jones gagne 3% (rotation de la tech, semis en tête vers la value). D’ailleurs le SOX (semis) recule de 2,27% alors que sur le vieux continent l’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) progresse de 3,58%. Et notre bon vieux SMI? Et bien il décolle de 7% pour sa part, joie passagère d’être fort dépourvu en valeurs de la tech.

Le Nasdaq100 (NDX) clôture hier soir à 29'586 points, sa 50 jours évolue actuellement à 29'473 pts, c’est à suivre de près. Même phénomène avec le SOX, qui s’endort hier pile sur sa propre 50 jours. Le podium du jour du SPX se compose de la tech, des services de communication et de l’énergie, les volumes d’échanges reculent chaque jour un peu plus, le breadth est négatif, le SPW (le S&P500 équipondéré) remplace le + par un – devant le 0,38% de performance du jour. Ces deux indicateurs confirment que le plus grand nombre se replie hier malgré les clôtures d’indices positives.

Le marché obligataire se détend à peine après le CPI d’hier, les propos du patron de la Fed sont probablement passés par là. Le 2 ans US passe de 4,26% à 4,20% ce matin, un niveau qui reste élevé. Côté monnaies c’est un peu le même topo, le dollar rend un chouia de terrain mais reste en embuscade face à l’euro, cours actuel 1,1423, la zone de support 1,1411 – 1,1400 est proche. Quant au pétrole il ne baisse pas la garde, le baril de WTI Light Crude cote 80,39 dollars ce matin, il a cassé sa 200 jours (@74,66 dollars) lundi, techniquement il a un gap à combler à 83,20 dollars.

L’or n’y arrive pas. L’once baisse hier malgré une inflation américaine plus faible que prévu. Ce matin la relique barbare évolue à 4022 dollars l’once, elle est repassée sous la barre de son canal haussier entamé début 2024, le support de 4000 dollars est proche, la tendance à court terme baissière, le refus du dollar et des rendements obligataires de mettre un genou à terre constitue un vent contraire puissant pour le métal jaune.

L’inflation américaine ralentit nettement en juin, à 3,5% sur un an contre 4,2% en mai et 3,8% attendu, grâce notamment à une forte baisse des prix de l’essence. Même hors alimentation et énergie, les prix restent globalement stables sur le mois, ce qui confirme une amélioration plus générale des pressions inflationnistes. Cette embellie pourrait toutefois être de courte durée : le rebond du pétrole après l’effondrement du cessez-le-feu avec l’Iran risque de provoquer une remontée de l’inflation dès juillet.

Les cinq grandes banques américaines (PMorgan, Goldman Sachs, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo) engrangent ensemble plus de 49 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre, soit une hausse de 39% sur un an et un résultat supérieur aux attentes. Leurs revenus cumulés progressent de plus de 20%, portés par l’effervescence de Wall Street, avec de nombreuses introductions en bourse, une forte volatilité favorable au trading et une demande soutenue de financements, notamment dans l’intelligence artificielle. Après la forte progression de ses bénéfices, Jamie Dimon estime que les conditions pour JPMorgan sont désormais proches de ce que l’activité bancaire peut offrir de mieux.

Au menu macro-économique de ce mercredi, la balance commerciale britannique à 10h30, puis plusieurs publications américaines à 14h30, avec l’indice manufacturier Empire State de juillet et les prix à la production de juin, particulièrement suivis pour évaluer les pressions inflationnistes et la trajectoire des taux de la Fed. À 16h30, les investisseurs prendront connaissance des stocks hebdomadaires de pétrole, d’essence et de distillats publiés par l’EIA, avant le discours de la gouverneure de la Fed Lisa D. Cook à 19h00.

ASML rehausse ses objectifs pour 2026, tandis que Compagnie Financière Richemont enregistre une accélération de son activité au deuxième trimestre. Siemens Energy prévoit de changer de nom pour devenir Omterra dans le courant de l’année. Aux États-Unis, plusieurs éditeurs, parmi lesquels Louis Hachette, engagent une procédure judiciaire contre Google, qu’ils accusent d’avoir utilisé sans autorisation des œuvres protégées pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle. Delivery Hero confirme par ailleurs être en discussions avancées avec Uber au sujet d’une possible offre de rachat. Selon Bloomberg, le premier produit grand public d’OpenAI prendrait la forme d’une enceinte dotée d’intelligence artificielle et dépourvue d’écran. Enfin, les ADR de SK Hynix bondissent de 27% et affichent désormais une prime de 51% par rapport aux actions cotées en Corée, alors que Samsung Electronics dément envisager une cotation aux États-Unis.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Shanghai qui égare 0,29% après la publication d’un PIB en recul et sous les attentes. Tokyo gagne 1,49% à la cloche, Hong Kong avance de 1,38%, Séoul prend 6,24% et le Nifty50 grappille 0,4%. Le future SPX traite autour de l’équilibre, son compère du NDX progresse de 0,5% et l’Europe égare 0,1% dans les premiers échanges.

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