Les marchés financiers abordent 2026 avec une confiance qui frôle parfois l’insouciance. Selon les dernières prévisions de Schroders, la dynamique des bénéfices et l’essor continu des technologies devraient suffire à soutenir une nouvelle année de performances solides. Cependant, un certain vertige se fait déjà sentir, car l’équilibre repose sur un socle qui n’est pas totalement homogène.
Un cycle haussier qui défie la gravité
Les performances des deux dernières années donnent effectivement le tournis. En 2024, les actions mondiales ont progressé de 18% en dollars. En 2025, elles ont enregistré plus de 20% de progression supplémentaire avant même la fin de l’année. Schroders attribue cette ascension à une économie mondialement résiliente, à des entreprises affichant des marges impressionnantes et à une vague d’investissements sans précédent dans les technologies de pointe.
Les prévisions bénéficiaires pour 2026 prolongent cette dynamique. Aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, les analystes tablent sur une croissance des profits comprise entre 12% et 15%. Le moteur américain reste surpuissant, alimenté par des dépenses publiques généreuses, des entreprises technologiques qui continuent d'investir massivement et un contexte énergétique relativement favorable. A première vue, tout semble en place pour un nouveau cycle haussier.
La dépendance extrême à la technologie
Mais cette lecture a son point aveugle. En effet, la progression fébrile des marchés repose sur une concentration que peu assument ouvertement: l’hégémonie de la technologie. Les dix plus grands groupes technologiques pèsent désormais 40% de l'indice S&P 500; il suffirait qu'un seul d'entre eux vacille pour que l'ensemble du marché perde son équilibre. Et même si les investissements dans l’intelligence artificielle ne représentent qu’une faible part des flux de trésorerie de ces géants, ils en sont le moteur narratif de la croissance future.
Le cas d'OpenAI illustre bien cette tension. Avec 20 milliards de dollars de revenus prévus pour 2025, la société est devenue le symbole de cette nouvelle ère. Schroders imagine déjà un chiffre d’affaires dix fois supérieur à l’horizon 2030. Cette hypothèse n’est pas farfelue, mais elle souligne à quel point les marchés croient fermement en l’expansion infinie de l’IA. L’histoire récente a pourtant prouvé qu’aucune technologie, aussi révolutionnaire soit-elle, ne progresse en ligne droite.
Plus les marchés grimpent, plus la probabilité d'une correction significative augmente mécaniquement. Inflation persistante, endettement public difficilement maîtrisable, fragilités sur les marchés obligataires: les signaux d'alerte ne manquent pas. Pour l’instant, ils sont ignorés. Mais personne ne peut garantir qu’ils resteront bénins.
Les émergents en quête de confirmation
Dans l'ombre de cette euphorie technologique, les marchés émergents composent leur propre partition. Après avoir surperformé en 2025, ils sont bien placés pour poursuivre leur dynamique. Un dollar américain plus faible assouplit les conditions financières et améliore mécaniquement les performances lorsque les résultats sont convertis en monnaie forte.
Cependant, il serait naïf de considérer les marchés émergents comme un bloc homogène. Le MSCI Emerging Markets est dominé par quatre économies: la Chine, l'Inde, Taïwan et la Corée du Sud. Chacune de ces économies suit une trajectoire différente. La Chine reste engluée dans ses contradictions: une dette élevée, une consommation hésitante, mais un dynamisme technologique toujours bien réel. L’Inde a connu un répit nécessaire après plusieurs années d’appréciation spectaculaire. Taïwan et la Corée continuent de profiter de la demande mondiale en matériel lié à l'intelligence artificielle. Parmi les marchés plus modestes, le Brésil retient tout particulièrement l'attention de Schroders, grâce à des valorisations attrayantes et à la possibilité d'un changement politique qui pourrait renforcer la discipline budgétaire.
Cependant, l'ensemble du tableau reste fragile. Wilson identifie plusieurs risques majeurs: une possible baisse des investissements dans l'intelligence artificielle, un environnement géopolitique toujours instable et des incertitudes politiques difficiles à prévoir. Les valorisations, déjà supérieures à leurs moyennes historiques dans de nombreux pays, exigent une justification macroéconomique solide. Cette justification pourrait provenir d'une baisse des taux d'intérêt et d'une reprise en Europe ou en Chine. Mais rien n'est encore acquis.