Se positionner dans l’optique de l’inflation, mais pas d’une récession

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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Il y aura une récession un jour, c’est sûr à 100%. Mais pas dans l’immédiat. Par conséquent, il n’est pas encore temps de se positionner dans cette optique. Il faut donc tenir compte de l’inflation.


© Keystone

Les incertitudes géopolitiques et économiques n’ont pas l’air de se dissiper. La guerre entre la Russie et l’Ukraine se poursuit avec un lourd bilan humain et des signes d’escalade. La Chine est toujours aux prises avec le Covid-19. Résultat: ces facteurs accentuent la crainte d’un ralentissement économique.

Toutefois, lorsque les investisseurs sont en mesure de se focaliser sur autre chose que la guerre ou la pandémie, c’est pour se poser la question de savoir si la Réserve fédérale américaine (Fed) peut faire ce qu’elle dit qu’elle va faire. C’est-à-dire: orchestrer un atterrissage en douceur qui verrait l’inflation et la croissance renouer avec leur niveau tendanciel sans engendrer de récession. Eléments de réponse.

Les tendances préoccupantes

L’inflation est indéniablement forte. En mars, l’indice global des prix à la consommation aux Etats-Unis est ressorti en hausse de 8,5% en glissement annuel, sa plus forte progression depuis 1981. Les hausses de prix semblent faire tache d’huile. Le baromètre de l’inflation à moyenne tronquée de la Réserve fédérale de Cleveland, qui fait abstraction des variations de prix aux deux extrémités, a franchi le seuil des 6% pour la première fois depuis le début de cette série statistique, il y a près de quarante ans.

En outre, on observe certaines tendances préoccupantes, notamment l’accélération de l’inflation dans le secteur des services, l’évolution incertaine des cours du pétrole et le niveau quasiment historique des postes à pourvoir sur un marché du travail déjà tendu.

Résultat: la Fed ne mâche pas ses mots. En effet, elle ne croit plus au caractère transitoire de l’inflation. Et elle s’est engagée à la ramener vers son objectif, ce qui pèsera probablement sur la croissance.

La consommation des ménages et l’investissement des entreprises, qui sont les principaux moteurs de l’économie, sont encore en expansion.
Les signaux encourageants

Néanmoins, il y a aussi des signaux encourageants sur le front de l’inflation. Les distorsions de prix induites par la pandémie commencent à s’atténuer et les prix de certains biens sont même en train de fléchir. L’inflation devrait également ralentir en raison des effets de base. Enfin, les difficultés d’approvisionnement s’atténuent quelque peu et, jusqu’ici, les augmentations de salaires substantielles s’accompagnent de gains de productivité, ce qui tempère l’impact inflationniste des salaires plus généreux.

Selon la Recherche d’UBS, l’inflation aux Etats-Unis a peut-être atteint son point culminant. Elle devrait enregistrer une décrue mais elle restera, cette année, probablement supérieure à son niveau antérieur à la pandémie. Cela conférera davantage de marge de manœuvre à la Fed et amènera les participants au marché à tabler sur un relèvement moins marqué des taux directeurs.

La bonne santé de l’économie américaine

On observe également de nombreux signes de bonne santé de l’économie et des entreprises américaines, malgré la contraction du PIB au premier trimestre. Cette dernière est davantage révélatrice de la volatilité des données que de la véritable santé de l’économie. La consommation des ménages et l’investissement des entreprises, qui sont les principaux moteurs de l’économie, sont encore en expansion.

L’économie crée toujours des emplois et l’augmentation de la population active, avec le retour de certains individus sur le marché du travail, devrait entretenir une croissance supérieure à la tendance. Les salaires augmentent et la situation financière des ménages est saine. A en juger par la saison des résultats aux Etats-Unis, les marges bénéficiaires demeurent substantielles malgré l’inflation.

Ralentissement de la croissance mais pas de récession

Dans l’ensemble, même si on peut tabler sur un ralentissement de la croissance à mesure que la Fed resserrera sa politique, l’économie ne devrait pas tomber en récession dans les douze prochains mois. Dans cet environnement de modération de la croissance et de l’inflation, les marchés d’actions devraient globalement terminer l’année à un niveau plus élevé qu’aujourd’hui.

Depuis un an, il est recommandé de privilégier les valeurs décotées et les matières premières susceptibles de surperformer dans un environnement inflationniste. Selon la Recherche d’UBS, il s’agit toujours de la bonne stratégie. En effet, son scénario de base envisage, en fin d’année, une inflation toujours supérieure aux objectifs des banques centrales et l’on ne peut exclure qu’elle s’avère plus persistante.

Les pans du marché à privilégier

Par conséquent, les investisseurs seraient bien avisés de s’intéresser aux pans du marché susceptibles de bien se comporter dans un environnement d’inflation élevée, de hausse des taux d’intérêt et de volatilité marquée.

Tout d’abord, les matières premières sont attrayantes. Elles constituent un moyen efficace pour se couvrir contre le risque géopolitique et le risque d’inflation. Ensuite, parmi les actions, on apprécie les valeurs décotées, les titres du secteur de l’énergie et d’autres secteurs plus défensifs comme la santé.

Finalement, en ce qui concerne les obligations, la hausse des rendements est en train de faire apparaître des opportunités. Les obligations investment grade et high grade (dette publique et parapublique et obligations notées AA- a minima) ne font plus l’objet d’un avis Least Preferred. La préférence pour les prêts américains de premier rang (senior loans), qui se sont bien comportés pendant la forte hausse des rendements obligataires, n’est plus d’actualité.

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