Quelles différences entre les programmes de Trump et de Biden?

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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Même si le débat ne changera peut-être pas la donne du scrutin, il aura tout de même servi à mettre en évidence plusieurs enjeux politiques.


© Keystone

Il y a quelques jours, le président Donald Trump et son adversaire démocrate Joe Biden se sont retrouvés pour le dernier débat de la campagne présidentielle. A défaut de surprises, ce débat aura été de meilleure tenue que le premier, avec des discussions de fond sur les programmes politiques et des prestations convaincantes de la part des deux candidats.

Plus mesuré, Donald Trump s'est abstenu d'interrompre sans cesse son adversaire comme lors du premier débat. Il s'est plutôt évertué à attaquer Joe Biden sur le bilan de son action politique depuis plusieurs décennies. Quant à Joe Biden, il a critiqué les choix du président face à la pandémie et a défendu son programme de revitalisation de l'économie américaine.

Les études montrent que les débats présidentiels peuvent faire pencher les électeurs indécis dans un sens donné. En revanche, il est plus rare que les électeurs décidés choisissent finalement d'accorder leur vote à l'autre candidat. Alors que près de 60 millions d'électeurs ont déjà voté par anticipation (décompte arrêté au 25 octobre), il sera peut-être encore plus difficile d'amener la population à changer d'avis dans cette élection.

Même si le débat ne changera peut-être pas la donne du scrutin, il aura tout de même servi à mettre en évidence plusieurs enjeux politiques importants pour les investisseurs.

La croissance économique

Les deux candidats ont confronté leurs points de vue concernant la pandémie et ses répercussions économiques potentielles (et avérées). Donald Trump a plaidé pour une levée plus générale des restrictions sous peine de nouvelles destructions d'emplois, tandis que Joe Biden a promis de mettre sous cloche le virus, et non l'économie.

Une victoire écrasante du Parti démocrate se traduirait probablement
par des hausses d'impôts et un durcissement de la réglementation à moyen terme.

Toutefois, la trajectoire future des marchés est désormais plus dépendante de l'issue des négociations budgétaires et de l'homologation d'un vaccin qu'il faudra ensuite distribuer. La Recherche d’UBS pense qu'un vaccin sera commercialisé à grande échelle au deuxième trimestre 2021 et qu'un compromis sera trouvé sur de nouvelles mesures budgétaires après l'élection présidentielle.

Ces derniers temps, les marchés réévaluent l'impact potentiel de cette élection. Premièrement, la confortable avance de l'ancien vice-président Joe Biden dans les sondages a quelque peu éloigné le spectre d'un résultat contesté. Deuxièmement, la Chambre des représentants contrôlée par le Parti démocrate a déjà adopté un plan de relance de 2200 milliards de dollars, ce qui donne une idée du cap que le gouvernement américain suivrait en cas d'alternance politique.

Une victoire écrasante du Parti démocrate, l'issue la plus plausible si l'on en croit de récents sondages, se traduirait probablement par des hausses d'impôts et un durcissement de la réglementation à moyen terme. Mais, dans l'immédiat, les mesures de relance budgétaire proposées laissent entrevoir une croissance et une inflation plus fortes.

Ces deux facteurs ont probablement contribué à la récente hausse, conjuguée à une rotation, des marchés d'actions et à l'augmentation du rendement des bons du Trésor à dix ans. Depuis le premier débat du 29 septembre, à la suite duquel Joe Biden a creusé l'écart dans les sondages, l'indice Russell Value est en hausse de 5,2%, tandis que la progression de l'indice Russell Growth se limite à 3,5%. Sur la même période, le rendement des bons du Trésor américain à dix ans a grimpé de 0,65% à 0,86%.

Les investissements durables

Joe Biden a déclaré que le changement climatique et le réchauffement de la planète étaient des menaces existentielles. Il a affirmé que son plan pour le climat de 2000 milliards de dollars créerait 18,6 millions d'emplois et favoriserait l'essor de secteurs comme l'industrie automobile au travers de la voiture électrique. Donald Trump a défendu le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris pour des raisons économiques, le but étant de préserver l'emploi dans le secteur de l'énergie et de garantir l'indépendance énergétique du pays.

La Recherche d’UBS estime qu'une administration Biden se focaliserait aussi sur les énergies renouvelables, par exemple en prolongeant les crédits d'impôts en faveur de l'énergie solaire. Cette dernière réduirait aussi certainement les droits de douane sur les modules solaires chinois afin d’accélérer leur adoption par les ménages.

S'il est réélu, Donald Trump ne prendra sans doute pas de telles mesures en faveur de l'écologie, mais cela n'a pas empêché les indices de l'investissement durable de signer une belle performance sous son premier mandat. En outre, les lois adoptées par les Etats fédérés ont également une influence sur la réglementation environnementale.

Les tensions sino-américaines

Les deux candidats ont pointé les limites de la stratégie de leur adversaire face à la Chine et se sont efforcés d'apparaître comme celui qui se montrerait le plus ferme face à Pékin. Une administration Biden mènerait certainement une politique plus prévisible et moins ouvertement hostile à l'égard de la Chine, ce qui profiterait aux secteurs davantage tournés vers l'export en Asie.

L'incertitude électorale (et budgétaire) pourrait continuer
d'accentuer la volatilité d'ici au scrutin du 3 novembre.

Néanmoins, la politique de fermeté à l'égard de Pékin fait l'objet d'un consensus grandissant à Washington, ce qui pourrait empêcher des changements majeurs. Le président chinois Xi Jinping a également adopté une posture moins conciliante. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine devraient perdurer après la présidentielle américaine notamment dans le domaine technologique, où on peut entrevoir une bipolarisation du monde.

Les actions à la hausse

Il s'agit d'aspects importants pour les investisseurs et la Recherche d’UBS a élaboré des paniers d'actifs pour les aider à composer avec des résultats différents. Le bureau d'UBS chargé du suivi des politiques publiques aux Etats-Unis estime que le résultat le plus probable (55%) est celui d'une «vague bleue».

Le scénario d'une réélection de Donald Trump avec un Congrès divisé, autrement dit le statu quo, est crédité d'une probabilité de 28%. L'incertitude électorale (et budgétaire) pourrait continuer d'accentuer la volatilité d'ici au scrutin du 3 novembre, créant ainsi des points d'entrée intéressants pour constituer des positions à long terme.

Dans un avenir plus lointain, alors que dix candidats vaccins font l'objet d'essais cliniques de phase 3 au niveau mondial, avec des résultats préliminaires encourageants, il y a toujours bon espoir qu'un vaccin soit commercialisé à grande échelle au deuxième trimestre 2021.

La dissipation de l'incertitude politique aux Etats-Unis, conjuguée à l'adoption de nouvelles mesures de relance budgétaire et à l'amélioration durable de la mobilité des individus grâce aux progrès de la recherche de vaccins contre le Covid-19, permettra probablement aux actions de reprendre leur progression à moyen terme.

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