Le point sur la croissance économique au début 2022

Bruno Cavalier, ODDO BHF AM

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La guerre en Ukraine pèse sur l’Europe, mais devrait surtout se faire sentir au deuxième trimestre.


©Keystone

Le World Economic Outlook du FMI publié le 19 avril donne un avant-goût des conséquences de la guerre en Ukraine sur l’activité économique. En zone euro, la révision par rapport au début d’année a été de -1,1 point. L’impact varie selon les pays en fonction de leur dépendance énergétique à la Russie. A cette aune, l’Allemagne est le pays le plus exposé des grands pays occidentaux. Le FMI a coupé sa croissance pour 2022 de 1,7 point, contre -0,6 pt pour la France et -0,3 pt pour les Etats-Unis.

Bientôt, ces pays publieront leurs comptes nationaux préliminaires du premier trimestre. Celui-ci a été marquée par deux phénomènes majeurs: la vague Omicron, très forte en janvier, puis diminuant rapidement, et la guerre en Ukraine à partir de mars. Les restrictions sanitaires ont bridé les dépenses de services, mais leur levée graduelle a amélioré la demande en cours de trimestre.

Une croissance positive est tout de même attendue pour la zone euro.

A l’opposé, la guerre a provoqué une soudaine envolée des prix de l’énergie, s’ajoutant à des tensions inflationnistes déjà fortes. L’effet sur le pouvoir d’achat est évidement négatif, mais il est probable qu’on en verra la trace sur les données du deuxième trimestre et non du premier. Une croissance positive est tout de même attendue, au total, pour la zone euro (+0,3% t/t).

Les PMI européens résistent mais le ciel s’assombrit

En Allemagne, les enquêtes PMI du mois d’avril ont montré une divergence entre les services bénéficiant de la levée des restrictions sanitaires et l’industrie de plus en plus inquiète des perturbations logistiques et des hausses de prix d’input. Avec l’incertitude qui se prolonge, il y a tout lieu d’attendre un nouveau repli en avril. L’inflation, quant à elle, reste à un niveau record malgré une baisse des prix de l’énergie. On peut se demander si la stabilisation des prix du brut et la baisse des taxes sur l’essence, qui ont fait descendre le prix du sans-plomb de 10% par rapport au pic de la mi-mars, seront suffisant pour peser sur le taux annuel d’inflation.

Les contraintes sanitaires, encore fortes au début du premier trimestre, auront freiné la croissance.

Même si la guerre en Ukraine a immédiatement pesé sur le sentiment dans les pays européens, il est peu probable que cela ait affecté l’activité dès le mois de mars. Cependant, les contraintes sanitaires, encore fortes au début du premier trimestre, auront freiné la croissance. Les écarts entre pays au premier trimestre viennent avant tout de là, ainsi que des répercussions du choc d’inflation. Les PMI européens ont déjoué les pronostics en avril car la faiblesse industrielle a été plus que compensée, à l’exception de l’Allemagne, par un rebond dans les services. Si les conditions d’activité résistent encore ainsi à l’impact de la guerre, les perspectives sont désormais fortement dégradées.

La demande intérieure américaine surprend par son dynamisme

Aux Etats-Unis, la forte hausse des taux d’emprunt est censée peser sur la demande de logements et sur les prix. Comme l’offre des maisons est toutefois contrainte, cela maintient la progression des prix à un très haut niveau, près de 20% sur un an. Les prix à la pompe, eux, ont reculé depuis leur pic de mars tandis que le marché du travail reste extrêmement tendu. Des évolutions qui sont, d’ordinaire, vues de manière positive par les ménages.

La contraction du PIB réel américain vient d’une forte contribution négative des stocks et du commerce extérieur. La demande intérieure finale a été beaucoup plus dynamique au premier trimestre 2022. Enfin, le coût du travail représente un indicateur crucial pour la Fed qui s’en sert pour jauger l’état des pressions inflationnistes sous-jacentes. A 1% de croissance par trimestre dernièrement, c’est un niveau plus élevé qu’avant la crise mais qui ne s’écarte pas trop des gains de productivité. Pas de quoi en tout cas relâcher la vigilance de la Fed face à la poussée inflationniste.

 

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