Le contexte reste porteur pour les actions

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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Les données économiques publiées il y a dix jours ne sont pas de nature à rassurer ceux qui s'inquiètent du regain d'inflation.


© Keystone

Aux Etats-Unis, le nombre d'entreprises tertiaires sondées par l'ISM (l’association des directeurs d'achats américains) qui font état d'une hausse des prix de leurs fournitures est au plus haut depuis près de seize ans.

Les chiffres de l'emploi publiés début juin suggèrent également que les entreprises se démènent pour recruter du personnel avec le déconfinement. Le nombre de postes à pourvoir (8,1 millions) est historiquement élevé. Pendant ce temps, l'inflation dans la zone euro a atteint 2% en glissement annuel, dépassant ainsi l'objectif de la Banque centrale européenne pour la première fois depuis 2018.

Les actions au beau fixe

Jusqu'ici, la plupart des investisseurs continuent de faire abstraction de cette peur de l'inflation. Cela a permis aux actions mondiales d'achever la semaine dernière à un sommet historique et à l'indice S&P 500 de clôturer à seulement 0,2% de son sommet.

 Le Japon pourrait être le grand bénéficiaire de la reprise économique mondiale avec une croissance des bénéfices des entreprises japonaises de 40% lors de l'exercice 2021.

Cette confiance semble justifiée par l'environnement économique favorable, par les belles perspectives bénéficiaires et par le soutien sans faille des gouvernements et des banques centrales. Tour d’horizon.

  1. Accélération de la croissance et regain d'inflation éphémère
    Les récentes données confortent dans l'idée que la hausse des prix reste circonscrite à une poignée de fournitures clés, notamment l'énergie et les autres matières premières. L'accélération de l'inflation dans la zone euro au mois de mai découle essentiellement de la hausse des prix de l'énergie, de 13,1% en glissement annuel. L'inflation sous-jacente, qui exclut généralement les composantes volatiles que sont l'alimentation et l'énergie, n'a enregistré qu'un frémissement à +0,9%, contre +0,8% en avril.
    Même si certains médias se font l'écho de difficultés d'approvisionnement pour certaines fournitures, la bonne tenue de la consommation des ménages montre que les chaînes d'approvisionnement sont fluides pour la plupart des biens.
    La Recherche d’UBS considère, à l'instar des responsables de la Réserve Fédérale (Fed), que ces difficultés d'approvisionnement disparaîtront à mesure que les entreprises s'adapteront au déconfinement et que les effets de base défavorables liés à une année 2020 particulièrement mauvaise s'estomperont. Les indicateurs de la croissance économique restent encourageants, notamment les 559'000 emplois créés aux Etats-Unis en mai, contre 278 000 le mois précédent, même si ce chiffre est légèrement inférieur à l'estimation du consensus.
     
  2. Rebond des bénéfices à l’échelle mondiale bien entamé
    La saison des résultats du premier trimestre a été la meilleure depuis une décennie, avec à la clé une nette révision à la hausse des prévisions de bénéfices du consensus. La Recherche d’UBS est d’avis que ce n'est pas fini et table sur une croissance des bénéfices de 38% cette année (contre 31% précédemment) à l’échelle mondiale. Ses prévisions de bénéfices en 2021 aux Etats-Unis et dans la zone euro ont également été portées à respectivement 40% et 50%.
    Même si les actions ont déjà enregistré une belle performance l'an dernier, ce rebond des bénéfices plus rapide que prévu suggère que les marchés ont encore une marge de progression. Le Japon pourrait être le grand bénéficiaire de la reprise économique mondiale avec une croissance des bénéfices des entreprises japonaises de 40% lors de l'exercice 2021 (qui s'achèvera en mars 2022).
     
  3. Hausse de l’inflation probablement tolérable
    Les gouvernements et les banques centrales semblent disposés à tolérer une légère surchauffe de l'économie, comme en témoignent les déclarations de Lael Brainard, qui siège au Conseil des gouverneurs. Cette dernière a rappelé aux investisseurs que la Fed cible désormais une moyenne d'inflation. «Il convient de se souvenir que l'inflation était inférieure à 2% par an en moyenne sur le dernier quart de siècle et que les mesures statistiques de l'inflation tendancielle étaient constamment inférieures à 2% depuis des décennies avant la pandémie», a-t-elle déclaré.
    La politique budgétaire a évité les faillites d'entreprises et fait augmenter l'épargne privée, permettant ainsi aux économies de rebondir rapidement et fortement. L'Union européenne injectera pas moins de 800 milliards d'euros lors des cinq prochaines années et plusieurs pays membres, comme la France et l'Italie, prennent des mesures de relance supplémentaires.
    Aux Etats-Unis, le président Joe Biden poursuit les négociations avec les républicains sur un plan d'investissement dans les infrastructures de 1700 milliards de dollars. En outre, selon les médias, il serait disposé, en échange, à se contenter d'un relèvement du taux de l'impôt sur les sociétés plus mesuré qu’initialement prévu.
Privilégier les valeurs cycliques

Par conséquent, même s’il est conseillé de rester attentif aux risques, y compris à celui d'un regain d'inflation plus durable, le contexte économique et politique semble favorable aux actions. Les valeurs cycliques, notamment celles issues des secteurs de la finance et de l'énergie, sont probablement celles qui présentent le potentiel de hausse le plus notable.

D'un point de vue géographique, la Recherche d’UBS a récemment relevé la note du Japon à Most Preferred dans sa stratégie mondiale. Cette année, les actions japonaises sont à la traîne en raison d'une recrudescence des cas de Covid-19 dans le pays mais la situation sanitaire s'est dernièrement améliorée. D’autant plus que la sensibilité à la croissance de ces actions jouent également en leur faveur.

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