Baisses de taux à l’horizon: l’impératif de diversifier avec des obligations

Seema Shah, Principal Asset Management

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Si son potentiel est indéniable, l’univers obligataire actuel se révèle aussi plus complexe, nécessitant une navigation plus fine.

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Les obligations se sont hissées au premier plan des débats sur la diversification de portefeuille cette année. Après plus de dix ans de taux ultra-bas ayant poussé les investisseurs à chercher du rendement ailleurs, les obligations reviennent sous les projecteurs. Les moteurs de ce retour sont clairs : ralentissement de la croissance, révision des anticipations de politique monétaire et rendements encore historiquement élevés. Mais si le potentiel est indéniable, l’univers obligataire actuel se révèle aussi plus complexe, nécessitant une navigation plus fine.

Conjoncture: une volatilité riche d’enseignements

Au deuxième semestre 2025, les marchés composent avec une équation difficile : croissance américaine en perte de vitesse, inflation persistante et incertitude sur la politique économique. La Fed a maintenu ses taux, mais le discours de Powell au colloque de Jackson Hole a pratiquement entériné une baisse en septembre. L’argument macroéconomique en faveur d’un assouplissement marqué reste toutefois sujet à débat.

Alors que les deux volets du mandat de la Fed – emploi maximum et stabilité des prix – s’éloignent de leurs cibles et que les pressions politiques s’accentuent, l’ampleur de la décision de ce mois-ci pourrait s’avérer déterminante pour l’économie comme pour le moral des investisseurs et la valorisation des actifs. Le rapport sur l’emploi d’août a conforté les signaux d’un marché du travail qui se détend; les investisseurs restent peu préoccupés par les contraintes d’offre ou les premiers effets des droits de douane sur les prix. Ils privilégient désormais la perspective d’un assouplissement imminent.

L’environnement macroéconomique en devient singulier: il faut arbitrer entre le risque de poussées inflationnistes ponctuelles et la menace d’un ralentissement plus marqué, tandis que les flux vers les valeurs refuges se diversifient au-delà des titres de créance du Département du Trésor des Etats-Unis. Les Bunds allemands et d’autres actifs européens, soutenus par des politiques proactives, affichent une résilience notable. Dans ce contexte, établir des prévisions de rendement n’est pas chose aisée; les investisseurs doivent faire preuve de sélectivité et de flexibilité.
Opportunités: qualité et diversification

Les signaux récents d’inflation n’offrent guère de répit. Si l’inflation globale reste modérée, les indicateurs sous-jacents pointent vers des pressions croissantes liées aux droits de douane. Les enquêtes d’entreprises révèlent une dynamique de coûts accrue, et les prix à la production laissent entrevoir un regain de tensions dans les mois à venir.

Les secteurs les plus exposés aux barrières commerciales s’essoufflent, tandis que d’autres demeurent solides. Dans cet environnement, le choix rigoureux des émetteurs et la discipline de crédit deviennent essentiels.

Plusieurs segments obligataires continuent d’offrir de la valeur et des points d’entrée attractifs. Le crédit «investment grade» reste bien orienté, soutenu par des fondamentaux d’entreprise solides, une croissance modérée et une offre nette en repli par rapport à l’an passé. Des rendements proches de 5% génèrent un revenu appréciable, et la gestion active conserve un rôle clé pour dénicher de la valeur relative malgré des spreads comprimés. Les obligations municipales se distinguent également. La hausse des rendements du Trésor et l’augmentation de l’offre ont accentué la pente de la courbe, ouvrant des opportunités sur les maturités longues et renforçant le rendement net d’impôt. Pour qui recherche de la diversification, les obligations municipales restent un complément efficace aux poches cœur de portefeuille.

Le crédit privé demeure, lui aussi, en pleine dynamique. Après une pause temporaire, les opérations de LBO et de M&A repartent, portées par des capitaux disponibles abondants et des conditions de financement favorables. Le financement direct du segment mid-market continue d’offrir des rendements attractifs et de solides protections, à un moment où le crédit coté se négocie à des niveaux historiquement serrés. Les marchés émergents offrent également des motifs d’optimisme prudent. Leur croissance devrait surpasser celle des marchés développés, avec des politiques monétaires plus souples et des bilans d’entreprise résilients. L’affaiblissement du dollar renforce encore l’attrait de la dette émergente pour diversifier les portefeuilles mondiaux.

D’autres segments exigent en revanche plus de prudence. Le haut rendement a fortement rebondi depuis le printemps: les spreads sont revenus sous leurs niveaux d’avril et des rendements supérieurs à 7% offrent un portage séduisant. Mais les fondamentaux s’érodent, surtout chez les émetteurs cycliques et sensibles aux droits de douane. Les défauts restent limités, mais les améliorations le sont aussi: d’où la nécessité de privilégier les bilans solides, la génération de flux de trésorerie libre et la résilience sectorielle.

Perspectives

Le marché obligataire continuera d’offrir des sources de rendement et de résilience, mais le marché ne récompensera pas la prise de risque aveugle. Le message est clair: viser la qualité, rester sélectif et agile. La volatilité persistera; mais pour les investisseurs capables d’agir avec discipline et rapidité, elle peut se transformer en véritable opportunité. 

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