Marché de l’emploi US: des contraintes liées à l’offre susceptibles d’amplifier l’atonie de la demande

Seema Shah, Principal Asset Management

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Les investisseurs devraient éviter de considérer des créations nettes d’emploi inférieures à 70’000 comme un signal imminent de récession.

Après la publication, la semaine dernière, de chiffres de l’emploi inférieurs aux attentes, il est probable que la Fed procède à une baisse de ses taux directeurs lors de la prochaine réunion du Comité fédéral des marchés ouverts (FOMC) en septembre. Si les inquiétudes relatives à un ralentissement de la demande de main-d’œuvre se sont accrues au sein du Comité, les contraintes liées à l’offre de main-d’œuvre laissent penser qu’un repli des embauches n’est pas nécessairement alarmant, surtout dans un contexte où les licenciements restent rares. A moyen terme, un durcissement des politiques migratoires, limitant le vivier de main-d’œuvre, pourrait établir une nouvelle norme en matière de croissance de l’emploi. Dans ce contexte, les investisseurs doivent se garder d’interpréter des statistiques décevantes sur l’emploi comme des signaux automatiques de récession.

Les signes récents d’un essoufflement du marché du travail ont relancé le débat sur l’état de santé de l’économie des Etats-Unis et sur la trajectoire de la politique monétaire. Le rapport de juillet, en deçà des attentes, a ravivé les craintes et alimenté la volatilité des marchés, déjà exacerbée par les annonces de droits de douane. Les anticipations d’un assouplissement monétaire en septembre se sont nettement renforcées, sur fond de questionnement quant à savoir si la Fed n’a pas déjà pris du retard dans son action.

La déception liée aux créations nettes d’emplois en juillet n’était cependant pas le seul motif d’inquiétude. Les révisions significatives à la baisse pour mai et juin ont ramené la moyenne mobile sur trois mois à seulement 35’000 - un seuil historiquement corrélé à une hausse du chômage et à un risque accru de récession. La réalité du marché du travail demeure toutefois plus nuancée.

La légère remontée, en juillet, d’un taux de chômage demeuré bas a mis en lumière un problème structurel d’offre de main-d’œuvre. Pour la première fois depuis la pandémie, la population active née à l’étranger a reculé par rapport à la même période un an plus tôt. Ce basculement pourrait signaler un rétrécissement durable du vivier de main-d’œuvre, contribuant à l’atonie de la demande. Ainsi, la faiblesse des créations d’emplois ne traduit pas forcément une dégradation intrinsèque du marché du travail, mais aussi une situation où l’économie n’a pas besoin de créer autant de postes pour maintenir la stabilité de l’emploi.

A terme, un renforcement des restrictions migratoires pourrait accentuer la contraction de l’offre de main-d’œuvre et peser davantage sur la croissance de l’emploi. Les investisseurs devraient donc éviter de considérer des créations nettes d’emploi inférieures à 70’000 comme un signal imminent de récession, compte tenu de la coexistence d’une demande modérée et de contraintes liées à l’offre de main-d’œuvre.

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