Un (dés)ordre mondial en mutation: risques et opportunités

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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L'ordre (ou le désordre) mondial est en train de changer, sous l'effet d'une multitude de causes souvent interdépendantes.

 

Les nouvelles regorgent chaque jour de gros titres de crise: la guerre au Moyen-Orient, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine, les menaces de sanctions douanières, les crises de la dette ou de l'Etat, la pression concurrentielle croissante de la Chine, et même la Coupe du monde de football est accusée d'être influencée par des forces politiques.

Les sujets changent, mais le sentiment d'incertitude demeure. Le monde semble être en transition, et en raison de la complexité et de l'interconnexion de ces développements, il devient de plus en plus difficile de les évaluer. Cela affecte souvent également les décisions d'investissement.

S’engager de manière systématique

Une stratégie efficace pour les investisseurs est, sans doute, de ne pas accorder trop d'importance à de tels gros titres. Cependant, celles et ceux qui souhaitent tout de même s'engager avec ces sujets seraient bien avisés de le faire de manière systématique.

Le rapport annuel «Global Risks Report» du Forum économique mondial (WEF) est l'une des nombreuses sources de ce type d'analyse, évaluant la pertinence des développements, recherchant des causes et mettant en évidence les interdépendances. Cela pourrait permettre aux investisseurs non seulement d'évaluer mieux les risques, mais aussi de reconnaître les opportunités qui en découlent.

Un ordre mondial en mutation

Fondamentalement, le point est que l'ordre mondial est en effet en train de changer, et les causes sont variées. Le WEF distingue entre les moteurs géopolitiques, économiques, sociétaux, technologiques et environnementaux.

Cette diversité ne devrait guère changer dans les années à venir. Des questions telles que l'utilisation ciblée de droits de douane, de sanctions, de contrôles à l'exportation ou de subventions, la confrontation géopolitique, les conflits armés, la désinformation délibérée et la polarisation sociale croissante continueront probablement de préoccuper les investisseurs dans les années à venir. Les événements météorologiques extrêmes tels que les inondations, les vagues de chaleur ou les tempêtes figureront probablement également sur cette liste, avec des conséquences potentiellement négatives pour les personnes, pour les infrastructures et pour l'économie.

La technologie et l'innovation jouent également un rôle décisif. Les développements de l'intelligence artificielle (IA) et de diverses autres technologies clés, telles que l'informatique quantique et la course à la domination dans l'espace, créeront de nouveaux leaders tout en laissant d’autres de côté. Cela aura des implications pour les pays, pour les secteurs et pour les entreprises individuelles.

Des racines interconnectées

Les racines de ce changement ne sont pas seulement diverses ; elles sont également interconnectées. Une guerre ou des sanctions ne sont souvent que la partie émergée de l'iceberg. Derrière elle se cachent des développements plus profonds, souvent complexes et à long terme qui sont favorisés et renforcés par les changements de pouvoir et par le multilatéralisme.

D'une part, le monde s'éloigne d'un ordre clair dominé par les Etats-Unis vers une structure multipolaire et fragmentée. Cela permet aux acteurs régionaux de définir de nouvelles règles, tandis que les normes établies pour la coopération et pour le commerce peuvent également changer. Cela s'accompagne de l'efficacité décroissante des institutions internationales, ce qui peut rendre plus difficile la recherche de solutions communes à des problèmes mondiaux tels que le climat, la dette ou la sécurité.

Dans le même temps, les inégalités croissantes intensifient les tensions sociales, affaiblissent la confiance dans la politique et les institutions et augmentent la vulnérabilité au populisme et à la polarisation. A cela s'ajoute l'influence potentielle de l'IA, des risques cybernétiques et des nouvelles technologies sur les marchés du travail, les flux d'information et les structures de sécurité.

La Chine modifie l’ordre mondial

L'ascension fulgurante de la Chine au rang de puissance mondiale a également modifié l'ordre mondial. En particulier sur le plan économique, la Chine met de nombreux autres pays sous pression, car elle est déjà passée du statut de challenger à celui de référence dans de nombreux secteurs. En matière de recherche, de brevets, d'IA, de cleantech, de défense et d'espace, elle a parfois rattrapé, voire dépassé les Etats-Unis. L'Europe, qui est le principal partenaire commercial de la Suisse, est désormais à la traîne dans de nombreux domaines et devrait encore reculer dans les années à venir.

Le Belfer Center du Massachusetts publie chaque année un indice qui mesure la position concurrentielle de 25 pays dans cinq technologies clés: l'IA, la biotechnologie, les semi-conducteurs, l'informatique quantique et l'espace. Les Etats-Unis sont toujours en tête de ce classement avec 84 points, mais la Chine est déjà en deuxième position avec 65 points, loin devant l'Europe et le Japon, qui occupent respectivement la troisième et la quatrième place avec 42 et 24 points.

De nouveaux domaines de croissance

L'ordre (ou le désordre) mondial est en train de changer, sous l'effet d'une multitude de causes souvent interdépendantes. Il est compréhensible que, compte tenu de cette diversité et de cette complexité, l'appétit et la capacité de risque des investisseurs puissent en souffrir.

En même temps, ces changements créent également de nouveaux domaines de croissance qui peuvent transformer les risques en opportunités. Les investisseurs ont donc tout intérêt à comprendre non seulement le «quoi» d'une crise, mais aussi le «pourquoi».

La Recherche d’UBS est d’avis que celles et ceux qui s'intéressent systématiquement aux liens entre la géopolitique, l'économie, la société, la technologie et l'environnement seront plus enclins à positionner leurs portefeuilles de manière à atténuer les risques, tout en tenant compte du potentiel offert par les opportunités structurelles.

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