Dans quelle direction regarder en ce début d’été? Même si la fin du conflit entre l’Iran et les États-Unis semble se profiler, portant les marchés vers le haut, de nombreuses interrogations persistent. Au rayon des inconnues s’affichent notamment l’évolution des flux énergétiques, l’inflation, les droits de douane, l’or ou la politique à venir de la Fed. Autant d’enjeux importants qui appellent à la prudence et commandent une grande sélectivité dans ce qui ressemble à une croisée des chemins.
Comme à la Coupe du monde de football, le jeu semble très ouvert et la moindre inattention peut en effet avoir certaines conséquences. Cette CIO Letter l’exprime à sa manière, en développant deux thématiques d’investissement très différentes: l’une traite de l’immobilier commercial – actif tangible s’il en est – et l’autre de l’intelligence artificielle, manifestation omniprésente du numérique dans l’environnement économique.
Les investisseurs se trouvent à la croisée des chemins, les marchés financiers ayant globalement retrouvé, voire dépassé, les niveaux enregistrés avant le début du conflit entre l’Iran et les États-Unis. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens. Les flux énergétiques en provenance de la région reviendront-ils à leurs niveaux antérieurs, et le cas échéant quand? L’inflation reviendra-t-elle à ses niveaux d’avant-guerre? Les banques centrales pourront-elles à nouveau adopter une politique accommodante?
En juin, les États-Unis et l’Iran ont convenu de négocier pendant 60 jours afin de trouver un accord permettant de mettre fin au conflit. Dans le cadre de cet accord, le détroit d’Ormuz a été partiellement rouvert, ce qui a entraîné une forte baisse du prix du pétrole. L’Iran semble avoir l’avantage dans les négociations jusqu’à présent, car il dispose des moyens de ralentir à tout moment le trafic dans le détroit d’Ormuz, tandis que Trump subit des pressions sur le plan intérieur pour mettre fin au conflit avant les élections de mi-mandat. La principale incertitude concerne la position d’Israël, qui ne souhaite pas que la guerre au Liban fasse partie de l’accord entre les États-Unis et l’Iran.
LE PÉTROLE AU CENTRE DU JEU
La chute brutale du cours du pétrole a soulagé les banques centrales. Certains signes indiquent que la hausse des prix de l’énergie s’est répercutée sur les statistiques de l’inflation sous-jacente, via l’augmentation du coût de certains services, les tarifs aériens en étant la composante la plus visible. La BCE a relevé son taux directeur en juin et a adressé un message «hawkish» laissant entrevoir de nouvelles hausses de taux. La chute rapide du prix du pétrole depuis le début des négociations entre les États-Unis et l’Iran donnera aux banques centrales davantage de temps pour analyser la situation. Lors de sa première conférence de presse, le nouveau président de la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh, a surpris les marchés en adoptant une position restrictive, soulignant que l’inflation n’avait pas encore retrouvé son objectif de 2% et que la maîtrise de l’inflation était sa priorité absolue. Par ailleurs, l’indice des prix PCE américain pour le mois de mai a atteint 4,1% en glissement annuel. Néanmoins, les investisseurs se concentreront sur les données d’inflation mensuelles de juin, qui devraient ralentir, la baisse des cours du pétrole devenant un facteur déflationniste (en glissement annuel, l’inflation liée à l’énergie restera positive pendant plusieurs trimestres).
Les dernières statistiques macroéconomiques laissent entrevoir un ralentissement de la croissance du PIB aux États-Unis et en Europe au deuxième trimestre, en raison des répercussions du conflit entre les États-Unis et l’Iran sur les entreprises et les consommateurs. Du côté positif, cela pourrait inciter les banques centrales à ne pas relever leurs taux trop rapidement. Les entreprises et les consommateurs ont besoin d’être rassurés sur le fait que le conflit entre les États-Unis et l’Iran ne reprendra pas. La saison de publication des résultats des entreprises au deuxième trimestre permettra de déterminer si celles-ci ont répercuté la hausse des prix de l’énergie sur leurs marges et si les consommateurs ont réduit leur consommation pour compenser la hausse de l’inflation.
DROITS DE DOUANE, LE RETOUR
Cet été, les investisseurs se concentreront également à nouveau sur les négociations commerciales entre les États-Unis et leurs principaux partenaires, alors que le droit de douane universel de 10% prévu par l’article 122 du Trade Act fait l’objet d’un recours devant les tribunaux. Ce droit de douane a remplacé les droits de douane réciproques initialement prévus par Trump en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), qui avaient été jugés illégaux. La Maison Blanche travaille actuellement sur plusieurs solutions alternatives qui seront probablement contestées devant les tribunaux. Les discussions concernant le cadre commercial de l’USMCA (Canada/Mexique) arriveront à échéance en juillet. Compte tenu de la manière dont le président Trump mène les négociations, les propositions initiales seront probablement agressives à l’égard de ses principaux partenaires commerciaux.
Sur les marchés boursiers, le secteur de l’intelligence artificielle (IA) reste le facteur dominant de la performance boursière depuis le début de l’année. Nous pensons que les investisseurs devront progressivement se montrer plus sélectifs. Les fournisseurs d’équipements et d’infrastructures constituent un placement plus sûr, car certaines inquiétudes émergent concernant les besoins en dépenses d’investissement des hyperscalers et leur financement. À un stade ultérieur, les investisseurs commenceront à se concentrer sur le coût réel de l’utilisation de l’IA dans l’environnement des entreprises. L’IA améliorera certes les processus métier et la productivité, mais son utilisation a un coût. La possibilité de guerres des prix entre les acteurs américains et chinois ne peut être exclue une fois que les contraintes de capacité auront été résolues.
Les métaux précieux ont affiché une faible performance en raison du raffermissement du dollar américain le mois dernier, dans un contexte de hausse des anticipations de hausse des taux de la Fed. L’or a également souffert de la nécessité pour certaines banques centrales de créer des liquidités pendant le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Les facteurs de soutien à long terme de l’or restent intacts (couverture contre la dépréciation monétaire, accumulation par les banques centrales, diversification).
La position étonnamment restrictive du nouveau président de la Fed a contribué au raffermissement du dollar américain face à la plupart des devises. Le dollar se rapproche de 1,12 face à l’euro, un niveau clé à surveiller pour déterminer si une période prolongée de vigueur du dollar peut s’amorcer. Le déficit budgétaire américain élevé et récurrent devrait toutefois limiter la vigueur du dollar ; les devises sont influencées par de multiples facteurs et peuvent défier les fondamentaux pendant un certain temps.
PRUDENCE ET SÉLECTIVITÉ
Au vu de la liste non exhaustive des enjeux importants soulignés ci-dessus, les investisseurs financiers sont confrontés à un risque asymétrique, les actions ayant rebondi et le cours du pétrole ayant fortement chuté dans l’espoir d’une issue positive des négociations entre les États-Unis et l’Iran. Le rebond de soulagement s’est concrétisé comme nous l’avions prévu. À partir de maintenant, nous pensons que les investisseurs doivent se montrer légèrement plus prudents et sélectifs, car la volatilité risque de revenir si les négociations ne progressent pas sans heurts.