IA: bientôt la retraite pour les conseillers financiers?

Julien Serbit, Prime Partners

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Ce qui a changé récemment et qui va encore probablement évoluer c’est ce qu’on peut demander à la machine et surtout sa capacité à raisonner ou anticiper nos questions.

 

Comme quelques fois par année, je vais laisser la foule d’éminents spécialistes à disposition décrire l’environnement économique et financier actuel pour explorer un sujet un peu différent mais probablement tout aussi important dès lors que l’on gère de l’argent, qu’il s’agisse du sien ou de celui des autres.

Trois ans après l’arrivée de l’intelligence artificielle dans nos vies, tout le monde est désormais à peu près d’accord pour dire qu’il s’agit d’un évènement technologique majeur dont les conséquences transformantes ne font guère plus de doute.

Dans le petit monde des marchés financiers, l’IA est omniprésente et de toutes les conversations. L’une des questions qui revient le plus régulièrement est «a-t-on encore besoin d’un gérant de portefeuille?» De manière générale, beaucoup d’observateurs (éclairés ou illuminés, la frontière peut être mince) se questionnent ou même affirment que l’IA peut se charger de l’allocation d’actif d’un portefeuille ou de la gestion active de la poche action ou obligataire. En d’autres mots, l’IA pousserait vers une reconversion (ou vers la retraite) bon nombre de «chief investment officer» ou de gérants de fonds traditionnels ou alternatifs.

Sans verser dans des prophéties hasardeuses, il convient de mesurer l’état actuel de la situation et surtout de se rappeler ce que, pour le moment, les IA que nous utilisons au quotidien, font dans le cadre d’une activité liée à l’investissement.

Les lignes de code ne remplacent pas les ressentis et en finance, même si cela déplait souvent, du ressenti il y en a.

Premièrement, gardons à l’esprit que même si les mots intelligence artificielle nous sont désormais servis à toutes les sauces, dans de nombreux cas en finance il n’y a rien de vraiment nouveau. La technologie n’a pas débarqué dans notre industrie il y a seulement trois ans et cela fait bien longtemps qu’une foule de données est en permanence analysée et compilée pour alimenter les réflexions (bien humaines elles) des professionnels de la finance.

Qu’il s’agisse d’analyses économiques ou de sélection de lignes individuelles, le côté quantitatif repose depuis longtemps sur la technologie. Nul besoin ici de parler d’intelligence artificielle, ou alors simplement pour paraitre dans le coup. En revanche, ce qui a changé depuis quelques années et qui va encore probablement changer c’est ce qu’on peut demander à la machine et surtout sa capacité à raisonner ou anticiper nos questions.

Secondement, qu’obtient-on concrètement si l’on demande de suggérer une allocation d’actifs balancée à l’IA? Pour celles et ceux qui n’ont pas encore fait le test vous verrez que le résultat est tout à fait bon. Je dirai même qu’il est tout à fait montrable dans un cadre professionnel. De même, si vous demandez une note d’une demi-page sur une action du S&P 500 vous obtenez là encore quelque chose de montrable la plupart du temps.

Si l’on réfléchit bien, cela n’a rien de très étonnant. Il y a largement assez de matière financière disponible en ligne pour permettre à l’IA d’élaborer quelque chose de solide. Maintenant si l’on va un peu plus loin: puis je demander à l’IA d’implémenter cette allocation d’actifs concrètement dans un portefeuille en sélectionnant des véhicules ou des lignes directes? Surtout puis je lui demander ensuite de le gérer au quotidien comme le ferait un invesment advisor? En admettant que la réponse soit oui, quels sont les résultats obtenus? Mieux ou moins bien?

Là encore il n’y a rien dans complètement nouveau en finance. De très nombreux fonds quantitatifs utilisent des algorithmes de gestion pour s’exposer aux marchés. Leurs performances découlent directement des décisions prises par les machines mais ces dernières dépendent elles de ce qu’un humain, en général le gérant du fonds, a décidé de programmer. Dans ce cas précis la question devient donc l’IA peut-elle remplacer le gérant du fonds et programmer elle-même des algorithmes générant des achats et des ventes sur les marchés financiers?

Ne nous illusionnons pas, l’IA va être capable de faire tout cela prochainement mais rien ne dit qu’elle va être capable de faire mieux que le cerveau humain. Les lignes de code ne remplacent pas les ressentis et en finance, même si cela déplait souvent, du ressenti il y en a. Régulièrement mal vu car perçu comme hasardeux le «talent» des bons allocataires ou des bons gestionnaires de fonds actifs ne tient pourtant pas à une exploitation parfaite des données à disposition mais plutôt à un savant mélange de compétences techniques et d’intuition ou d’instinct. Ce dernier élément prend différentes formes et n’est de loin pas systématique mais il constitue souvent une caractéristique différenciante majeure entre des gérants aux résultats exceptionnels dans la durée et leurs paires.

Pour les fans de la série Suits, il est amusant de voir en Harvey Specter, l’avocat star et ultrabrillant, l’incarnation de l’instinct et de l’intuition. A l’inverse, son compère Mike Ross est lui une véritable IA grâce à sa mémoire hors du commun. C’est bien la combinaison des deux compétences qui rend le duo génial.

Mon intuition me dit qu’actuellement nous en sommes là avec l’IA chez les financiers. Elle est notre super-assistant et elle permet à celles et ceux qui ont du talent pour l’investissement de l’exprimer encore plus. Reste à savoir si un jour l’IA se dotera elle aussi d’intuition, de ressenti ou d’instinct après avoir étudié les nôtres.

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