Le détroit d'Ormuz au cœur des tensions

Erik Fruytier, Gonet & Cie

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Le conflit avec l’Iran a complètement bouleversé les perspectives d’investissement pour 2026. À ce stade, il est difficile de prédire si le conflit avec l’Iran va s’intensifier, se normaliser ou devenir un «conflit contrôlé».

Le conflit avec l’Iran a complètement bouleversé les perspectives d’investissement pour 2026. Jusqu’à la fin février, le scénario central tablait sur une reprise économique soutenue par des mesures de relance budgétaire aux États-Unis, au Japon, en Europe et, dans une
certaine mesure, en Chine. À ce stade, il est difficile de prédire si le conflit avec l’Iran va s’intensifier, se normaliser ou devenir un «conflit contrôlé». Ces trois scénarios entraînent des conséquences différentes sur l’approvisionnement énergétique de la région et entraîneront des niveaux très différents pour les prix de l’énergie et des actifs. Nous ne pouvons exclure aucun scénario à ce stade. Cependant, il est clairement dans l’intérêt de Trump de sortir rapidement de la situation actuelle, car il est sous pression à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Compte tenu du niveau de méfiance entre les États-Unis, Israël et l’Iran, nous doutons que la situation se normalise complètement.

LE DÉTROIT D’ORMUZ AU CŒUR DES TENSIONS

Les dégâts considérables subis par les infrastructures énergétiques de la région entraîneront une hausse structurelle des prix du pétrole (et du gaz) pendant au moins plusieurs mois. L’ampleur des dégâts causés aux installations de production n’est pas encore clairement établie; toutefois, l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, en tant que goulot d’étranglement clé, est désormais incontestable et sera au cœur de toute solution à la crise énergétique actuelle. Les importateurs d’énergie, tels que l’Europe et certains marchés émergents, verront leur inflation augmenter, le pouvoir d’achat des consommateurs diminuer et les bénéfices des entreprises baisser. L’économie américaine est plus à l’abri, car elle est un exportateur net d’énergie; néanmoins, la structure des marchés de l’énergie en termes de capacité de raffinage et d’autres facteurs logistiques implique que certaines parties de l’économie américaine seront également touchées par la hausse des prix.

La situation actuelle présente certaines similitudes avec celle de l’année 2022. À l’époque, le choc énergétique et l’inflation qui en a résulté avaient été déclenchés par le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Malgré ces similitudes, nous estimons qu’il existe des différences fondamentales. En 2022, le monde était encore aux prises avec les conséquences du Covid. Les consommateurs étaient impatients de dépenser l’épargne qu’ils avaient accumulée pendant les confinements. Cependant, du côté de l’offre, la production était limitée, la Chine ayant été touchée plus longtemps par des confinements stricts. La chaîne logistique peinait également à revenir à la normale après la pandémie. Aujourd’hui, l’économie mondiale est mieux équilibrée, nous nous attendons donc à une remontée moins forte de l’inflation. Les marchés de l’emploi aux États-Unis et en Europe sont également plus atones, nous ne pensons donc pas que les prix de l’énergie entraîneront les mêmes effets de second tour marqués sur les salaires.

LE SPECTRE DE L’INFLATION

Malheureusement, les banques centrales seront confrontées à un dilemme, car les anticipations d’inflation augmentent alors que la reprise économique reste fragile. La mission principale de la plupart des banques centrales étant de contrôler l’inflation, les investisseurs financiers s’attendent désormais à plusieurs hausses de taux au cours des prochains mois. Les marchés financiers ne tablent plus sur une baisse des taux de la part de la Fed. Ces hausses n’entraîneront pas nécessairement une récession, mais la croissance en 2026 sera probablement inférieure aux prévisions du début de l’année. La BCE a déclaré qu’elle était prête à relever ses taux pour lutter contre l’inflation. La Fed adopte une position plus neutre à ce stade, car elle doit également veiller au respect de son mandat de plein emploi.

Certains gouvernements ont déjà commencé à apporter une aide financière à divers secteurs de l’économie afin d’aider à absorber le choc énergétique. Malheureusement, la plupart des gouvernements sont déjà confrontés à d’importants déficits budgétaires; ces dépenses supplémentaires ne sont donc pas très productives, car elles ne génèrent pas la même valeur que les investissements à long terme dans les infrastructures et l’innovation. Les anticipations d’inflation plus élevées et les déficits budgétaires plus importants se traduisent actuellement par une hausse des rendements des obligations d’État à long terme.

LA MAISON BLANCHE SOUS PRESSION

Aux États-Unis, la cote de popularité du président Trump et des républicains est en baisse à l’approche des élections législatives de mi-mandat de novembre. La Maison Blanche subit des pressions pour s’attaquer à la question du pouvoir d’achat, qui est devenue
centrale dans la perspective des élections. Le président Trump sera enclin à renforcer encore les mesures de relance budgétaire. Les marchés financiers commencent à s’inquiéter à ce sujet, l’administration actuelle ayant perdu un procès devant la Cour suprême concernant les droits de douane. Ces derniers étaient essentiels pour dégager les fonds nécessaires au financement des baisses d’impôts promises. Le jugement de la Cour a également laissé ouverte la possibilité que tous les droits de douane perçus précédemment puissent être remboursés, ce qui aggraverait encore le déficit budgétaire. Le président Trump a rapidement mis en place une nouvelle série de droits de douane, mais leur maintien au-delà de 150 jours nécessitera l’approbation du Congrès. Néanmoins, l’économie américaine continue de bénéficier des énormes dépenses d’infrastructure liées à l’IA, qui soutiendront la croissance en 2026.

À L’AFFÛT D’UN REBOND

Une fois que la situation au Moyen-Orient se sera stabilisée, les investisseurs se concentreront à nouveau sur divers enjeux, tels que les nouveaux droits de douane imposés par les États-Unis, les tensions qui apparaissent dans le segment du crédit privé et les implications (positives et négatives) du déploiement de l’intelligence artificielle. À court terme, les actifs risqués restent très sensibles à l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Nous ne pouvons exclure une hausse de la volatilité si aucun accord n’est conclu dans les semaines à venir. Néanmoins, tout accord, quel qu’il soit, offrira aux investisseurs l’occasion de profiter du rebond du marché pour se repositionner en vue d’un scénario 2026 qui reste constructif, car tant les États-Unis que l’Europe continueront à soutenir l’économie; toutefois, ce scénario devra intégrer des hypothèses d’inflation plus élevée et de croissance plus faible.

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