L’Empire du Milieu est de retour

Erik Fruytier, Gonet & Cie

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En effet, le marché boursier chinois a enregistré des performances exceptionnelles cette année.

Après avoir passé la majeure partie de l’année 2025 à se concentrer sur les nouveaux droits de douane américains et leurs conséquences éventuelles, les investisseurs se sont tournés vers le marché de l’emploi américain à la suite de chiffres plus faibles que prévu en août et d’une révision négative significative des emplois créés (-911'000) pour l’année se terminant en mars 2025.

Le marché de l’emploi américain est affecté par plusieurs facteurs contradictoires: d’une part, le gouvernement supprime des emplois dans l’administration fédérale dans de nombreux départements; d’autre part, les politiques d’immigration strictes réduisent l’offre de main-d’œuvre pour l’économie américaine.

Parallèlement, les entreprises ont ralenti leurs embauches afin d’évaluer les effets des droits de douane. Dans l’ensemble, le taux de chômage n’a pratiquement pas augmenté malgré la réduction significative du nombre de nouveaux emplois créés. Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) a qualifié le marché du travail comme étant dans un «équilibre curieux». Néanmoins, la Fed a réagi en abaissant ses taux pour la première fois depuis décembre 2024, malgré une inflation américaine qui reste proche de 3%. La Fed a justifié sa décision en soulignant que le risque s’était déplacé de l’inflation vers le marché de l’emploi.

LA FED SOUS PRESSION

Malgré les pressions intenses exercées par la Maison Blanche en faveur de réductions plus importantes, la Fed n’a réduit le taux cible des fonds fédéraux que de 25 points de base, par une décision prise à onze voix contre une. Cette décision n’est pas neutre, car elle signifie que seul Stephen Miran, nouveau membre de la Fed et ancien président du Conseil des conseillers économiques du président Trump, s’y est opposé.

Donald Trump continue de faire pression sur la Fed et ses membres pour qu’ils abaissent rapidement et de manière significative les taux d’intérêt. Une autre surprise est venue de la grande dispersion du «Dot Plot», le graphique qui représente les projections individuelles de chaque membre concernant le taux des fonds fédéraux à court et à long terme. Avec un écart de 125 points de base entre l’estimation basse et l’estimation haute pour 2026, le message est que les membres de la Fed ne savent pas vraiment, ou ne s’accordent pas, sur la manière dont l’économie réagira aux politiques économiques et d’immigration de Trump. Les investisseurs doivent se préparer à une volatilité accrue des actifs dans les mois à venir, car les données économiques futures conduiront à un resserrement des estimations pour 2026 et, par conséquent, à une réévaluation des anticipations de taux d’intérêt.

La forte hausse du prix de l’or cette année indique que les investisseurs restent prudents face à la situation géopolitique et cherchent à se protéger contre l’augmentation constante de la dette publique. Les nouvelles baisses des taux d’intérêt par la Fed rendent également l’or plus attractif, car les dépôts en espèces seront moins rémunérés. Le dollar américain et les obligations d’État américaines étaient autrefois considérés comme des valeurs refuges en période d’incertitude géopolitique.

Cependant, l’administration américaine actuelle étant devenue plus imprévisible tant pour ses adversaires que pour ses alliés, l’or est devenu un actif de réserve de plus en plus important pour les gouvernements étrangers. Malgré sa récente faiblesse, nous pensons que le dollar américain conservera son statut de principale monnaie de réserve, car il offre stabilité, liquidité et soutien solide des bons du Trésor américain.

Il est intéressant de noter que les investisseurs étrangers ont renforcé la couverture de leur exposition au dollar américain. En conséquence, les flux positifs vers les actions américaines ne génèrent pas la pression haussière habituelle sur le dollar américain, car les investisseurs couvrent (vendent) leurs dollars afin de réduire leur exposition à cette devise. Après la chute significative du dollar par rapport à l’euro et au franc suisse en 2025, nous pensons que la devise commence à se stabiliser autour de ces niveaux.

LA CHINE DE RETOUR

Le marché boursier chinois a enregistré des performances exceptionnelles cette année. De nombreux observateurs pensaient qu’il serait le principal perdant de la guerre commerciale, mais l’administration Trump s’est montrée plutôt prudente dans ses relations avec la Chine au cours des derniers mois, car elle a pris conscience que la Chine contrôlait presque totalement les terres rares, qui sont essentielles à de nombreux processus de fabrication en Occident. La Chine est toujours aux prises avec les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière. Les autorités prennent régulièrement des mesures pour soutenir l’économie, mais cela prendra du temps. Nous avons augmenté notre exposition aux marchés boursiers chinois, car il est désormais clair que les entreprises technologiques chinoises gagnent en puissance dans le domaine de l’intelligence artificielle et restent attractives en termes de valorisation. Les autorités chinoises ont fortement soutenu le développement d’un secteur technologique national compétitif afin de compenser les restrictions à l’exportation imposées aux fournisseurs de technologies américains et européens. Le principal risque pour les investisseurs étrangers reste une éventuelle action hostile de l’armée chinoise à l’égard de Taïwan. Il est impossible d’évaluer le moment et la probabilité d’une telle action, mais cela restera un facteur qui nécessite une décote sur les actifs chinois.

L’EUROPE ET LA SUISSE AU MILIEU DU GUÉ

Les marchés européens affichent des valorisations attractives, mais ont besoin d’un déclencheur. L’Allemagne a lancé un programme d’investissement massif visant à moderniser ses infrastructures et son armée. La plupart des autres pays européens suivront son exemple et augmenteront leurs dépenses de défense afin d’atteindre progressivement l’objectif de 5% fixé par l’OTAN. À court terme, ces investissements soutiendront l’économie, mais à moyen terme, il serait préférable qu’ils soient consacrés à la modernisation des infrastructures. Les marchés européens ont pris du retard par rapport aux États-Unis et à la Chine, le sentiment ayant été affecté par le regain d’incertitude politique en France. La situation politique reste complexe en France, aucun parti politique ne semblant disposé à trouver une solution consensuelle dans l’intérêt de l’économie française. La Suisse a été stupéfaite par les droits de douane de 39% imposés par l’administration Trump sur les exportations suisses vers les États-Unis. À ce stade, il est difficile d’estimer les conséquences pour l’économie suisse. Le gouvernement suisse va mettre en place des mesures de soutien pour certaines industries tout en continuant à rechercher un meilleur accord commercial. La Banque nationale suisse a maintenu son taux à 0% et a indiqué qu’elle n’était pas favorable à un retour aux taux négatifs malgré les difficultés commerciales. Une évolution positive de la guerre entre l’Ukraine et la Russie est essentielle pour la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs en Europe.

UN ÉQUILIBRE POSITIF MAIS FRAGILE

Les nouvelles baisses de taux de la Fed dans un environnement macroéconomique plutôt résilient (faible chômage et dépenses de consommation soutenues) ont fait naître l’espoir du fameux scénario Goldilocks (période de croissance économique modérée et stable, avec un équilibre entre la croissance et l’inflation). Pour que ce scénario se concrétise, il faudrait observer des signes de stabilisation du marché de l’emploi aux États-Unis et des effets secondaires limités des droits de douane. Nous pensons que les marchés actions se trouvent dans un équilibre positif mais fragile: ils peuvent continuer à progresser, mais sont de plus en plus sensibles à un large éventail de facteurs macroéconomiques et politiques.

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