En 1687 Isaac Newton achève la quête de sa vie et découvre la gravité. Avant cette date les gens prenaient tout à la rigolade (et moi je sors). Chez Apple c’est un peu pareil, on l’attend au tournant tous les trois mois, elle va bien finir par tomber de l’arbre non? Et puis paf les trimestriels et la firme de Cupertino met tout le monde d’accord, j’y reviens.
Au menu de ce vendredi ensoleillé 1er mai, des traders européens au chômage technique avec la quasi-totalité des bourses du vieux continent déjà en weekend, en revanche Londres et New York traitent normalement. Le pataquès Etats-Unien au Moyen-Orient semble chaque jour moins lisible pour les intervenants, le pétrole tente de comprendre quoi faire, seule certitude il reste cher, le dollar aussi a quelques états d’âme, la saison des résultats de sociétés au premier trimestre bat son plein, mais la nouvelle du jour, de la semaine et peut-être de l’année est à chercher chez nous, en Helvétie, avec Fribourg Gottéron enfin champion suisse de hockey sur glace et de quelle manière pardon! (Si vous ne connaissez pas Gottéron, sortez immédiatement de cette chronique).
On redescend sur terre pour atterrir à Wall Street où les taureaux sirotent des cocktails, servis par des ours reconvertis en serveurs de luxe, les étoiles semblent à nouveau alignées comme rarement pour les principaux indices d’actions américains, malgré les avertissements incessants envoyés par les indicateurs internes de marchés. Constatons tout d’abord que la hausse d’hier, porteuse et soutenue, permet au S&P500 (SPX), au Nasdaq100 (NDX) et même au Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) d’atteindre de nouveaux records historiques à la cloche, dans des volumes d’échange en forte hausse, c’est là que cela devient très intéressant, il semble que le FOMO (Fear Of Missing Out) prennent un peu plus de place encore dans les esprits boursiers, merveilleuse et étrange psyché de l’investisseur, qui parvient à totalement occulter le côté obscur pour se focaliser sur le positif.
Imaginez un peu, en avril le SPX et le NDX réalisent leur meilleur mois depuis novembre 2020, lorsque la planète prenait conscience qu’un vaccin contre le covid devenait potentiellement réalité. Et ce n’est pas tout, hier le SPW (l’indice S&P500 équipondéré) progresse de 1,46% soit nettement plus que le SPX, ceci, combiné avec le breadth, nous indique que c’est toute l’armée qui gravit la colline hier soir, accompagnant la plupart des généraux (Marck Zuckerberg boude, il est de garde en plaine). Les shorts sont couverts, les taureaux ne font pas de prisonniers, ce d’autant que le podium du jour du SPX se compose des services de communication, des industrielles et des utilities, le seul secteur à reculer hier étant… la tech! On croit rêver, le marché parvient à réaliser une superbe séance sans ses locomotives habituelles, Alphabet mise à part qui se met en mode Space-X.
Cerise sur le gâteau, cela se détend à tous les étages financiers avec la volatilité du SPX (VIX) qui perd 10% supplémentaires pour clôturer à 16,89, c’est vraiment très bas comme niveau et ça me rappelle l’adage «when the VIX is high it is time to buy, when the VIX is low it is time go go». A ce sujet, les structureurs boudent ce matin, en revanche les adeptes de couvertures de positions en actions doivent avoir le sourire. Au chapitre obligataire cela se calme aussi, le rendement du 10 ans recule légèrement, ce matin il cote 4,39%. Le dollar rend pas mal de terrain, il perd près de 1% hier contre un panier de plusieurs monnaies, sa pire séance depuis un an, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1738, elle tente de casser sa moyenne mobile à 100 jours (@1,1710). L’or semble perdu dans la traduction de taux relativement élevés mais d’un billet vert en repli, l’once évolue juste en-dessous de 4600 dollars.
Apple publie des résultats solides, portés surtout par la forte demande d’iPhone, notamment en Chine où les ventes rebondissent nettement grâce à une stratégie de prix stable malgré la hausse des coûts, ainsi que par la croissance des services, mais que les investisseurs restent très attentifs à plusieurs enjeux clés: la hausse rapide du coût des mémoires liée à l’essor de l’intelligence artificielle, qui pèse sur les marges, les perspectives d’innovation en matière d’IA (avec des annonces attendues surtout plus tard), et la capacité du groupe à maintenir sa dynamique face à la concurrence; au total, Apple apparaît en bonne forme opérationnelle, mais le marché s’interroge encore sur l’impact des coûts et sur la crédibilité de sa stratégie dans l’IA pour soutenir la croissance future.
On revient sur les trimestriels des mastodontes de la tech publiés mercredi soir. Parmi les grandes valeurs technologiques, Alphabet est perçue comme la meilleure publication, portée par une croissance de 63% de Google Cloud, un quasi-doublement de son carnet de commandes, une hausse de 19% de la recherche et un fort dépassement des attentes sur le résultat opérationnel; Amazon fait face à des attentes élevées sur AWS, mais les retours restent globalement positifs avec un cinquième trimestre consécutif d’accélération, une amélioration des marges, une forte croissance de la publicité et des perspectives de résultat opérationnel pour le deuxième trimestre meilleures que redouté; Microsoft recule malgré une bonne croissance d’Azure et des prévisions solides, insuffisantes toutefois pour changer la perception du marché dans un contexte de hausse continue des investissements; enfin, Meta est en retrait, pénalisée par des prévisions de revenus décevantes pour le deuxième trimestre et une hausse attendue des dépenses d’investissement sur l’année.
On se penche sur la macro de ce jeudi: les premières estimations du PIB du premier trimestre montrent une croissance de 2,0% en rythme annualisé aux Etats-Unis, inférieure aux attentes (2,3%) mais supérieure au trimestre précédent (+0,5%), avec un effet de rattrapage lié à la fin du shutdown gouvernemental; en mars, les revenus des ménages progressent de 0,6% (après 0% en février) et les dépenses de 0,9%, en ligne avec les prévisions et en hausse par rapport au mois précédent révisé à 0,6%, tandis que l’inflation sous-jacente (core PCE) ressort à 0,3%, légèrement en ralentissement; le marché du travail reste très solide avec des inscriptions hebdomadaires au chômage à 189’000, un plus bas depuis ma naissance et des demandes continues à 1,785 million, toutes deux sous les attentes; parallèlement, le coût de l’emploi augmente de 0,9% au premier trimestre, conforme aux prévisions mais au-dessus du trimestre précédent, alors que l’activité manufacturière montre des signes de faiblesse avec un PMI de Chicago en baisse à 49,2, sous les attentes, tandis que l’indice ISM manufacturier attendu en fin de semaine est anticipé en légère hausse.
Goldman Sachs anticipe un marché qui pourrait marquer une pause à court terme, avec des flux moins favorables (ventes de fonds de pension, ralentissement des achats des particuliers), même si les rachats d’actions apportent encore un soutien modéré; malgré cela, les résultats des entreprises restent solides, particulièrement aux États-Unis où les bénéfices du SPX progressent fortement, et en Europe où ils dépassent aussi les attentes, mais les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, font peser un risque durable sur l’énergie et l’inflation, avec des impacts plus marqués en Europe et en Asie; historiquement, après un mois d’avril solide, les marchés ont tendance à ralentir, d’autant que les incertitudes persistent sur le pétrole, la politique monétaire américaine plus restrictive et l’absence de baisse de taux attendue, ce qui pourrait, à terme, raviver la volatilité et pousser les marchés à tester à nouveau leurs points bas.
Les esprits chagrins ne manqueront pas de ressortir du placard le vieil adage «Sell in May and go away». Mais dites-moi, ça marche ce truc? Après vérification il apparait que sur les dix dernières années cela ne se vérifie pas de manière fiable. Il a même souvent échoué récemment, puisque la stratégie consistant à sortir du marché en mai a généralement sous-performé le fait de rester investi. Sur cette période, les marchés ont fréquemment progressé durant les mois d’été, avec une majorité d’années positives entre mai et octobre. Plus largement, même si les mois d’hiver restent en moyenne plus favorables sur le long terme, la période estivale demeure souvent positive et ne justifie pas une sortie systématique du marché. En résumé, cet effet saisonnier s’est nettement affaibli ces dernières années et apparaît aujourd’hui davantage comme une tendance historique que comme une règle d’investissement efficace. J’ajoute que c’est bien beau de dire de vendre en mai mais quel jour? Le premier? Le 15? Le 31? Et puis dès lors que l’on investit, soit que l’on adopte une approche à moyen/long terme, tenter de «timer» le marché coûte toujours plus que de laisser vivre son portefeuille.
L’actualité des entreprises est contrastée: dans la santé, AstraZeneca obtient un soutien des experts américains pour son traitement du cancer de la prostate mais essuie aussi un avis négatif sur un autre médicament, tandis qu’UCB poursuit sa stratégie avec une acquisition ciblée et qu’une biotech soutenue par Novo Nordisk prépare une importante introduction en Bourse; dans la finance et l’industrie, NatWest publie des résultats supérieurs aux attentes alors que plusieurs groupes (Rotork, Pearson, Aalberts) affichent des performances globalement conformes ou légèrement en retrait; dans la technologie et l’énergie, OpenAI évoque une demande très forte pour ses produits et Octopus Energy annonce un investissement massif dans la capture de carbone; côté transports et services, British Airways fait face à un rejet d’accord salarial par ses pilotes, Airbus nomme un nouveau responsable stratégie et United Utilities réalise une levée de fonds; enfin, certaines entreprises déçoivent (Apple recule malgré des ventes d’iPhone correctes, TF1 et Douglas sous-performent), tandis que d’autres annoncent des ajustements ou perspectives (Umicore vise une forte amélioration d’ici 2026, Telecom Italia réduit son capital, TotalEnergies prolonge le plafonnement des prix en France).
Au menu macro-économique, les indicateurs du jour se concentrent sur l’industrie américaine avec la publication attendue des indices PMI S&P Global et ISM pour avril, tous deux anticipés en légère amélioration ou stables, ce qui permet de prendre le pouls de l’activité manufacturière; en parallèle, l’attention se porte aussi sur les banques centrales avec des interventions prévues du chef économiste de la Banque d’Angleterre et d’un représentant de la Réserve fédérale, susceptibles d’apporter des indications sur les perspectives économiques et l’orientation future des politiques monétaires.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices sont fermés, hormis Tokyo qui grappille 0,38% à la cloche. Le future SPX progresse légèrement, la bourse de Londres ouvre en repli de 0,3% et l’Europe fait la grasse matinée.
Bon 1er mai à toutes et tous!