C’est un calme de façade qui prévaut sur les parquets de trading hier, les intervenants sont prêts à traverser le money time de ce printemps, dans des volumes de trading plutôt faibles et avec l’aimable soutien du secteur de l’énergie, qui décolle et permet aux principaux indices de terminer leur séance autour de l’équilibre. La première étape de ce jour chargé en flux de nouvelles intervient à 20 heures, lorsque la Fed annonce maintenir ses taux directeurs inchangés, c’était attendu. En revanche ça se gâte un chouia dans les chaumières financières lorsqu’on constate que c’est le bazar au sein du FOMC avec quatre voix dissonantes, on n’avait plus vu cela depuis 1992. Résultat des courses, un billet vert qui n’en demandait pas tant et qui relève la tête pendant que les Fed Funds ajustent leur copie et deviennent faucons, prédisant désormais une légère probabilité de hausse de taux cette année encore, voilà qui va bien savonner la planche de Kevin Warsh, qui devrait sauf surprise succéder à Jerome Powell le mois prochain. En parlant de l’actuel patron de la Fed, on apprend qu’il restera au conseil des gouverneurs pour une durée indéterminée, un facteur supplémentaire de ravissement pour son successeur, même si Uncle Jay assure qu’il fera profil bas, à Washington DC on doit apprécier cela à sa juste valeur.
Le marché a deux petites heures pour intégrer la nouvelle donne monétaire, il fait comme d’habitude, les actions ne semblent guère s’en inquiéter, pendant que le marché obligataire, toujours plus mature, envoie le rendement du 30 ans US au-dessus de 5%, une première depuis l’été passé. Côté 10 ans ce n’est pas mieux, ce matin il est de retour à 4,42%, il peut viser son top en séance du 27 mars à 4,48%. Ceci dit, soyons honnêtes et n’attribuons pas ce mouvement qu’à la Fed. Le pétrole est en mode Space-X en ce jeudi matin, le baril de Brent cote 123 dollars, son top de mars 2022 à 139,13 dollars ne semble plus si inatteignable que cela désormais. L’or noir se dirige vers un neuvième jour consécutif de hausse, la plus longue série depuis mai 2022. La matière première s’envole de plus de 100% depuis le début de l’année. La hausse se prolonge après qu’Axios a rapporté que le président Trump doit recevoir un briefing sur de nouvelles options militaires concernant l’Iran, ce qui signale un risque d’escalade supplémentaire au Moyen-Orient.
C’est dans cette ambiance de joie et bonne humeur générale que les intervenants prennent connaissance des résultats trimestriels d’Alphabet, Microsoft, Amazon et Meta peu après 22 heures hier. Les retours sur ces quatre mastodontes sont globalement positifs, avec comme point clé la hausse des investissements annoncée par Microsoft et Meta, liée notamment à l’augmentation des coûts de la mémoire, sans pour autant déstabiliser les marchés. Dans le détail, Alphabet suscite peu d’inquiétudes, l’attention se portant sur le cloud et les futurs investissements, Amazon déçoit légèrement sur AWS mais rassure grâce à un carnet de commandes solide, Meta reçoit un accueil mitigé avec des attentes plus élevées sur les revenus malgré un discours jugé encourageant, et Microsoft publie des résultats conformes avec un focus désormais sur la pérennité de la croissance de ses outils d’IA et de productivité. Alphabet est recherchée dans les échanges après-bourse, les trois autres sont mises en vente, surtout Meta qui abandonne 7%.
Résumons: la Fed n’est plus colombe et semble divisée en son sein, le conflit pourrait repartir de plus belle au Moyen Orient et le marché semble quelque peu dubitatif après les trimestriels de quatre des sept magnifiques, pendant que les indicateurs internes de marché appellent à la prudence (notamment positionnement, volatilité, ratio put/call).
Côté macro-économique, les indicateurs publiés hier sont globalement solides: les commandes de biens durables progressent légèrement au-dessus des attentes et surtout les investissements des entreprises surprennent nettement à la hausse. Le marché immobilier montre aussi des signes de vigueur avec des mises en chantier supérieures aux prévisions, même si les permis de construire sont un peu plus faibles.
La journée qui débute est particulièrement riche en indicateurs économiques majeurs de part et d’autre de l’Atlantique: en Europe, la matinée sera dominée par les chiffres de croissance, d’inflation et de chômage en Allemagne, en Italie et dans l’ensemble de la zone euro, ainsi que par les indicateurs avancés en Suisse, avant les décisions cruciales de politique monétaire de la Banque d’Angleterre et de la Banque centrale européenne, suivies de la conférence de presse de la BCE. L’après-midi se concentrera sur les États-Unis avec une série de statistiques clés incluant le PIB, l’inflation PCE, les revenus et dépenses des ménages ainsi que les inscriptions au chômage, sans oublier des indicateurs d’activité comme le PMI de Chicago, tandis que le Canada publie également sa croissance. L’ensemble constitue une journée déterminante pour évaluer la santé économique globale et les orientations futures des banques centrales.
Les actualités d’entreprises sont globalement contrastées: plusieurs groupes financiers européens comme BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole publient des résultats solides, même si BNP reste prudente en provisionnant davantage ses risques, tandis que Schneider Electric anticipe une forte croissance de sa rentabilité. Dans l’industrie, Prysmian progresse nettement alors que Porsche déçoit avec des résultats en recul, et Schindler se veut rassurant face aux évolutions du secteur. Côté tech et médias, Samsung affiche des profits records, Apple prépare de nouvelles avancées en intelligence artificielle, et Universal Music ajuste sa stratégie financière autour de Spotify. Enfin, l’actualité inclut aussi des mouvements stratégiques importants, avec KKR qui envisage une cession majeure et SoftBank qui prépare une introduction en Bourse dans l’IA et la robotique.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Shanghai qui grappille 0,16%. Tokyo perd 1,06%, Hong Kong 1,11%, Séoul abandonne 1,38% et le Nifty50 recule de 1,14%. Le future SPX traite légèrement en repli pendant que l’Europe recule de 1% dans les premiers échanges. À 1,1676 la paire eur/usd est en train de jouer avec sa moyenne mobile à 200 jours, c’est à suivre.
L’or parvient à gagner près de 50 dollars à 4594 dollars l’once malgré la force du dollar et la remontée des taux d’intérêts, un signe que le marché tente de se couvrir?