Gonet: l'actualité des marchés au 29 avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,05%, S&P 500 -0,49%, Nasdaq -0,90%, Russell -1,15%, SOX -1%, Eurostoxx -0,41%, SMI -0,13%.

 

Aux Etats-Unis, le joyeux royaume des actions semble en forme olympique et cela se voit. En avril il a gravi une montagne technologique, hier il observe une pause bien méritée car le mur de la vérité est en vue, cette gigantesque barrière surveillée par la Garde de Nuit. De service ce soir Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft, mais auparavant les intervenants auront droit au pot de départ (ou pas) du Tyrion Lannister de service, Jerome Powell, le patron de la Fed donne son dernier discours en tant que banquier le plus puissant au monde, peu après 20 heures CET, moment où la Réserve Fédérale annoncera sa décision sur ses taux. Le suspense est intolérable, ce matin les Fed Funds prédisent précisément zéro pourcent de probabilités d’un mouvement.

C’est un mardi plutôt tranquille que vivent les intervenants en cette veille de Fed, les volumes d’échanges ralentissent, la volatilité perd quelques plumes supplémentaires au passage, le breadth est légèrement négatif sur le S&P500 (SPX) et clairement mauvais sur le Nasdaq100 (NDX), la faute à un article de l’infâme empêcheur de monter en rond WSJ, qui nous dit que OpenAI (la maman de Chat GPT) n’atteindrait pas ses objectifs en termes d’utilisateurs et de revenus. C’est ballot, la mère de toutes les IA est au centre de toutes les attentions, Open AI va se lancer en bourse cette année, les attentes autour de cette IPO sont gigantesques. On tape donc sur la tech sur les parquets de trading hier, on rachète de l’énergie, ce sacré détroit parait de plus en plus étroit.

Au chapitre technique, le SPX et le NDX gravitent très près de leurs records historiques, ils flirtent en parallèle avec le territoire suracheté, leurs moyennes mobiles évoluent légèrement en-dessous d’eux, les death cross qui menaçaient il y a encore une petite quinzaine ne sont plus d’actualité, tout cela va plutôt pas mal de ce point de vue-ci. On va garder un œil attentif sur le secteur des semi-conducteurs (SOX), qui prend un petit coup derrière la tête hier et revient se poser légèrement au-dessus des 10'000 points, tout en manquant de justesse de sortir de son territoire suracheté. 

Si les résultats des géants technologiques captent l’attention cette semaine, les marchés pourraient sous-estimer un autre risque majeur: celui des taux d’intérêt et du retour des tensions inflationnistes. Avec le baril de Brent Crude autour de 110 dollars en raison des tensions dans le détroit d’Ormuz, des rendements obligataires élevés, notamment le 10 ans US ce matin à 4,35%, et des anticipations d’inflation qui remontent, les banques centrales se retrouvent sous pression. Le message principal est que les marchés actions, focalisés sur l’IA et les résultats d’entreprises, semblent ignorer une partie du danger. Le dilemme pour les banques centrales, notamment la Fed et la BCE, est de combattre une inflation ravivée par la hausse de l’énergie sans casser la croissance. 

Allez on descend à la cave rendre visite aux indicateurs internes de marché, je sais que vous adorez cela, ce d’autant qu’ils ont pas mal de choses à nous apprendre, ce matin nous nous concentrons sur le ratio put / call des actions, le positionnement et on revient sur la volatilité du marché. On le sait, les économistes ont revu leur copie et ne prévoient plus guère de coupes de taux par la Fed dans un future proche, tandis que la BCE est même vue en position de relever ses taux. Pourtant, les actions, surtout tirées par les valeurs technologiques, restent proches de leurs records, ce qui alimente l’idée d’une certaine complaisance. Cette vulnérabilité potentielle est renforcée par le positionnement très optimiste des investisseurs, massivement exposés à la hausse, notamment via le thème de l’intelligence artificielle. En résumé, le message est que l’euphorie actuelle sur les actions pourrait sous-évaluer un cocktail potentiellement explosif: pétrole élevé, inflation persistante, taux durablement hauts et marchés excessivement confiant.

On se penche du coup sur le ratio put/call des actions qui compare le volume d’options de vente (puts), souvent utilisées pour se protéger ou parier sur une baisse, au volume d’options d’achat (calls), davantage associées à l’optimisme. À 0,50, son niveau actuel, cela signifie qu’il y a deux fois plus de calls que de puts, ce qui traduit un sentiment plutôt confiant sur le marché, on y revient. Comme ce ratio est souvent lu de manière contrariante, un niveau bas peut aussi signaler une certaine complaisance, lisez un excès d’optimisme qui peut rendre les marchés vulnérables à une correction. Le niveau de 0,50 se situe vers le bas de la fourchette historique, sans être à un extrême alarmant, et le RSI autour de 46 suggère qu’il n’y a ni excès majeur de peur ni euphorie. En résumé, ce ratio indique actuellement un marché plutôt haussier, avec un peu de complaisance, mais pas encore un signal extrême.

En bref, le positionnement du marché en actions est clairement long, les intervenants se sont chargés en calls comme rarement et la volatilité du marché (VIX) est nettement plus faible que celle des actions individuelles. Ce constat n’implique absolument pas un repli à venir inéluctable des actions, on a souvent vu cette classe d’actifs poursuivre des hausses effrénées contre toute logique, en revanche il est probablement judicieux de rester attentif et ne pas baisser la garde, on sait ce qui se produit sinon.

Les indicateurs macroéconomiques de ce mardi dressent un tableau globalement solide mais nuancé de l’économie américaine : la confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board progresse plus qu’attendu et atteint son plus haut niveau depuis décembre, soutenue par une amélioration à la fois des conditions actuelles et des anticipations, tandis que les attentes d’inflation à un an se détendent légèrement et que la perception du marché du travail s’améliore, davantage de ménages jugeant les emplois abondants. En parallèle, les créations d’emplois privées selon ADP ralentissent un peu après plusieurs semaines de hausse, signalant une possible modération sans rupture. Côté immobilier, les prix des logements donnent des signes de faiblesse avec un recul inattendu de l’indice Case-Shiller et un léger tassement de l’indice FHFA. L’activité manufacturière de la région de Richmond s’améliore modestement, portée notamment par les nouvelles commandes, même si le chiffre reste un peu sous les attentes. 

La séance macro de ce mercredi sera rythmée par plusieurs indicateurs économiques importants, avec un accent particulier sur l’inflation et les banques centrales. En Europe, les investisseurs surveilleront d’abord le sentiment économique en zone euro, puis les chiffres de l’inflation en Allemagne, qui pourraient donner des indications sur la trajectoire des taux en Europe. Aux États-Unis, l’après-midi sera dense avec les permis de construire, les mises en chantier, les commandes de biens durables et les stocks de gros, autant de données permettant de jauger la vigueur de l’économie américaine. S’ajoutera la publication des stocks hebdomadaires de pétrole, toujours suivie pour ses implications sur l’énergie et l’inflation.

Mais l’attention se concentrera surtout sur les banques centrales. La Banque du Canada annoncera sa décision sur les taux en milieu d’après-midi, avant le grand rendez-vous du soir avec la Réserve fédérale américaine. La décision de la Fed sur ses taux, suivie de la conférence de presse de Jerome Powell, constitue le point culminant de la journée: les marchés chercheront surtout à savoir si le ton reste prudent face à l’inflation ou s’il ouvre davantage la porte à un assouplissement monétaire dans les mois à venir.

Airbus fait état d’un recul de ses résultats au premier trimestre, tandis que les discussions sur le programme d’avion de combat européen restent complexes, même si elles progressent selon la direction. Pernod Ricard annonce que les négociations en vue d’un rachat de Brown-Forman, propriétaire de Jack Daniel's, n’aboutissent pas. Dans la finance, UBS dépasse les attentes de bénéfices grâce à la volatilité des marchés, tandis que Banco Santander publie un bénéfice net de 5,46 milliards d’euros et que Deutsche Bank surprend positivement malgré le poids du coût du risque. Dans l’industrie, Mercedes-Benz voit son chiffre d’affaires et son bénéfice reculer, alors que Sandoz affiche une hausse de ses ventes nettes et confirme ses perspectives pour 2026. Enfin, Adidas publie un résultat opérationnel supérieur aux prévisions au premier trimestre.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo est fermée, Hong Kong monte de 1,41%, Shanghai de 0,71%, Séoul prend 0,75% et le Nifty50 s’adjuge 1,35%. Le future SPX traite en légère hausse, l’Europe ouvre en repli de 0,3%, l’or égare quelques miettes, la paire EUR/USD continue de se battre autour du niveau de 1,1700 et le baril de WTI Light Crude se maintient à un niveau élevé de 100 dollars.

Tout le monde sur le pont à 20h CET pour l’annonce de la Fed, puis peu après 22h pour les résultats des géants de la tech.

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