Gonet: l'actualité des marchés au 17 avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,24%, S&P 500 +0,26%, Nasdaq +0,36%, Russell +0,22%, SOX +0,97%, Eurostoxx -0,12%, SMI -0,35%.

 

Le joyeux royaume des actions ne s’arrête plus, faisant fi de statistiques macro-économiques qui questionnent l’état de santé de la première économie du monde, d’un détroit d’Ormuz toujours largement fermé, du cours de l’or noir qui repart à la hausse, d’un cessez-le-feu au Moyen-Orient manifestement fragile, de l’Europe qui questionne de plus en plus quant à sa capacité à tenir le choc énergétique, du marché du crédit privé qui constitue une bombe à retardement potentielle et d’une saison 1 de résultats de sociétés globalement correcte mais sans réel enthousiasme. À ce sujet ô combien important, si beaucoup d’entreprises dépassent encore légèrement les attentes, les perspectives deviennent plus prudentes en raison de la hausse des coûts (énergie, financement) et des incertitudes économiques. Les prévisions sont souvent revues à la baisse et les marchés réagissent surtout aux guidances, avec une forte sélectivité selon les secteurs: la consommation et le luxe (comme LVMH ou Hermès) montrent des signes de faiblesse, tandis que la technologie reste solide mais sous pression d’attentes élevées (ex: ASML). En résumé, les entreprises résistent encore, mais le contexte se détériore.

Ça c’est pour la vraie vie…

Sur la planète Wall Street tout se passe à merveille. Les oiseaux gazouillent et les indices s’offrent de nouveaux records historiques à la cloche, avec un Nasdaq100 (NDX) intenable qui poste sa douzième séance consécutive dans le vert, on n’avait plus vu cela depuis 2009. Le NDX entre en territoire suracheté dans l’indifférence générale, sa death cross est même remise en cause, la 50 jours se retournant à la hausse. Les volumes d’échanges augmentent, le breadth est positif, le S&P500 équipondéré (SPW) fait mieux que son original le SPX, tout cela concourt à confirmer que la confiance gagne progressivement les investisseurs, les petits porteurs notamment, la fameuse «wrong way crowd». Même les petites capitalisations sont de la fête, le Russell2000 (RTY) se paie lui aussi un plus haut de tous les temps. Dans les salles de marchés on se raccroche aux annonces du président des Etats-Unis, qui déclare qu’Israël et le Liban ont conclu un accord de cessez-le-feu de 10 jours et que les États-Unis pourraient engager des discussions avec l’Iran ce week-end.

L’indice des semi-conducteurs SOX, qui inclut des vedettes de l’IA telles que Nvidia, Advanced Micro Devices et Broadcom, progresse également pour une 12e séance consécutive, avec un gain d’environ 1%. Récemment, l’attention s’est déplacée vers les valeurs technologiques. Le secteur effectue un retour en force alors que les investisseurs semblent passés au-delà des inquiétudes précédentes concernant les implications économiques potentielles des avancées de l’intelligence artificielle. Les actions d’Intel, Sandisk et Micron Technology ont décollé respectivement de 66%, 61% et 42% depuis le 30 mars, date à laquelle le SPX a clôturé à son plus bas niveau de l’année. Intel, qui a connu des difficultés ces dernières années, s’est récemment associée à SpaceX et Tesla pour concevoir des puces spécialement adaptées. Micron, le plus grand fabricant américain de mémoire, indique que son chiffre d’affaires trimestriel a presque triplé, la demande liée à l’IA pour la mémoire dépassant l’offre. De même, le fabricant de mémoire flash Sandisk déclare que l’IA génère une demande supérieure à sa capacité de production. Le regain d’intérêt pour la technologie s’explique en partie par la baisse récente des valorisations, qui rend le secteur plus attractif alors même que la croissance des bénéfices reste solide, ce qui soutient la confiance des investisseurs et favorise un rebond. Toutefois, une partie de la hausse, notamment dans les logiciels, pourrait être technique et liée à des rachats de positions vendeuses (short covering), qui amplifient temporairement la montée des cours.

Selon un sondage de l’agence Bloomberg, les actions européennes devraient rester globalement sous pression jusqu’à la fin de l’année 2026. L’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) est attendu en hausse très limitée (environ +1%), autour de 623 points. Après avoir rebondi suite aux pertes liées au conflit avec l’Iran, ce mouvement semble fragile: la hausse des coûts de l’énergie n’a pas encore pleinement impacté l’économie. Les analystes anticipent des révisions à la baisse des bénéfices, notamment dans les secteurs industriels et de consommation discrétionnaire, et estiment que le marché a rebondi trop vite par rapport aux fondamentaux. Le maintien de tensions, comme la fermeture du détroit d’Ormuz, reste un risque majeur. Plus largement, le choc énergétique (pétrole encore élevé) commence à peser sur l’inflation, la croissance et les profits des entreprises, tandis que la perspective de hausses de taux par la BCE constitue un facteur supplémentaire de fragilité. Certains stratégistes, notamment chez Citigroup, préfèrent désormais les actions américaines et britanniques à celles de la zone euro, jugées plus exposées. Le conflit est perçu comme défavorable à l’Europe, ce qui pousse les investisseurs à réduire leur exposition, même si une partie reste optimiste à moyen terme. Les publications de résultats sont déjà décevantes, notamment dans le luxe et les boissons (comme LVMH, Hermès ou Pernod Ricard), et même des leaders comme ASML ont déçu. Enfin, les analystes n’ont pas encore pleinement intégré l’impact du conflit dans leurs prévisions : les attentes restent élevées, surtout pour la seconde moitié de l’année, alors que les pressions sur les coûts, les taux et les chaînes d’approvisionnement devraient progressivement peser (source: Bloomberg).

On se penche sur la macro de ce jeudi qui envoie des signaux contrastés. Les nouvelles demandes d’allocations chômage sont plus faibles que prévu (207’000), ce qui montre un marché du travail toujours solide, mais les demandes continues remontent légèrement. L’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie dépasse nettement les attentes, signalant une activité robuste, mais avec des signes de faiblesse sur l’emploi et une forte hausse des prix. En revanche, la production industrielle recule en mars (-0,5%), ce qui déçoit malgré une révision à la hausse du mois précédent. Du côté de la Fed, le discours reste partagé: certains responsables soulignent que la guerre en Iran accroît l’incertitude, alimente l’inflation et pèse sur la croissance, tandis que d’autres estiment que plusieurs baisses de taux (3 à 4 cette année) restent appropriées. À court terme, peu de statistiques sont attendues, mais la semaine suivante sera importante avec des indicateurs clés (ventes au détail, PMI, confiance des consommateurs) et surtout l’audition de Kevin Warsh pour le poste de président de la Fed, un événement majeur pour les marchés.

Donald Trump déclare que les États-Unis et l’Iran pourraient parvenir à un cessez-le-feu permanent «assez rapidement» et que des discussions pourraient reprendre ce week-end. Le président prévoit également d’inviter Israël et le Liban à la Maison-Blanche pour des discussions alors que leur trêve de 10 jours entre en vigueur aujourd’hui. Le Royaume-Uni et la France organiseront un sommet réunissant une quarantaine de pays afin de discuter de la mise en place d’une force navale destinée à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.

Retour sur les parquets de trading avec le marché obligataire, nettement plus lucide que son ado de petit frère, qui se tend quelque peu et fait remonter le rendement du 10 ans US de 4,27% hier à 4,31% ce matin. Même constat sur la volatilité des actions, le VIX ne baisse quasiment pas, au contraire il a tendance à monter en première partie de séance hier, des intervenants commencent manifestement à acheter de la protection (pas chère). Côté monnaies, cela sent le calme plat avant la tempête, la paire EUR/USD se stabilise à 1,1779, le niveau de 1,1800 confirme qu’il ne se laissera pas franchir facilement, c’est à suivre de près. Le baril de WTI Light Crude reprend la direction du nord, il cote ce matin à 93,52 dollars.

Au menu macro-économique de ce vendredi, la journée débute à 11h00 avec la balance commerciale de la zone euro, qui donnera une vision plus globale de la santé du commerce extérieur européen. Dans l’après-midi, à 14h15, les investisseurs suivront les mises en chantier au Canada, un indicateur clé du secteur immobilier et de la vigueur économique. Enfin, la journée sera marquée par deux prises de parole de la Réserve fédérale américaine: à 18h15, celle de Barkin, puis à 20h00 celle de Waller, dont les commentaires seront scrutés pour tout signal concernant l’évolution de la politique monétaire aux États-Unis.

Eiffage remporte en groupement les travaux d’extension du port de Callao Muelle Norte au Pérou, pour un montant de plus de 100 millions d’euros.  Alstom réduit ses objectifs annuels à cause de retards de livraison. GTT reçoit une commande de HD KSOE pour la conception des cuves de quatre nouveaux méthaniers. Ericsson publie un résultat net et un chiffre d'affaires en baisse au premier trimestre. Volkswagen anticipe une charge allant jusqu'à 600 millions de dollars au premier trimestre suite à une dépréciation d'actifs aux Etats-Unis. Pirelli relève ses prix pour amortir les effets de la crise au Moyen-Orient. Julius Baer boucle un placement obligataire senior de 500 millions de francs en deux tranches. Le nouveau traitement de Novo Nordisk contre l'obésité préserverait mieux la masse maigre que celui de Eli Lilly, selon une étude. Netflix décroche de 9,8% hors séance après ses trimestriels et l'annonce du départ de son cofondateur. OpenAI s'apprête à investir plus de 20 milliards de dollars dans les puces Cerebras et à prendre une participation au capital, selon The Information. Ford va renforcer ses partenariats avec les constructeurs automobiles chinois, selon le WSJ. Intel recrute un vétéran de la production de puces chez Samsung pour soutenir son activité de fonderie. Meta relève les prix des casques Quest aux États-Unis sur fond de tensions sur les composants.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis le Nifty50 qui grappille 0,32%. Tokyo perd 1,75% à la cloche, Hong Kong abandonne 1,15%, Shanghai perd 0,1% et Séoul recule de 0,55%. Le future SPX traite autour de l’équilibre et l’Europe ouvre inchangée.

 

L’actualité des marchés s’absente quelques jours.

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