Le pétrole britannique est à l’agonie, victime de la taxe sur les superprofits

Emmanuel Garessus

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Le nombre de projets pétroliers britanniques décline rapidement pour des raisons financières, après la taxe sur les superprofits. Les conséquences sont considérables.

 

L’industrie pétrolière britannique disparaît lentement mais sûrement, selon une étude de Kathryn Porter, une consultante indépendante dans une étude pour l’Institute for Economic Affairs: «Just Stop Oil?» (Discussion Paper 145, 115 p, 2026).

La première raison est fiscale. La volonté politique d’arrêter de produire du pétrole britannique, alimentée par divers groupes environnementaux, tels que «Just Stop Oil», freine l’octroi de licences d’exploration et  la taxe sur les superprofits (Windfall tax), pouvant atteindre jusqu’à 68%, et qui a été introduite en 2022, provoque une chute de la rentabilité des investissements. Le pétrole britannique devient-il ininvestissable?

Le produit de cette taxe sur les profits s’est élevé à 5 milliards de livres la première année, puis 3,3 milliards, puis 2,6 milliards. L'OBR prévoit désormais que les recettes fiscales provenant de la mer du Nord passeront à 1,5 milliard de livres sterling d'ici 2029/30, en raison de la baisse de la production et des bénéfices imposables. Plus l’impôt est élevé et plus la production diminue.

Les grands groupes sont épargnés

Cette taxe sur les profits frappe durement les producteurs indépendants et égratigne à peine les grands groupes tels que Shell et BP, parce que ces derniers ne tirent qu’une très faible part de leurs bénéfices de la Mer du Nord, ainsi que le souligne l’étude de l’IEA.

Le premier groupe indépendant, Harbour Energy, a payé 4 fois plus d’impôts au gouvernement britannique que Shell en 2022, même si ses revenus sont 60 fois plus modestes. Cette société, qui fournit 15% de la production pétrolière et gazière britannique, a vu son bénéfice chuter massivement à cause de cet impôt. Ceci malgré une hausse des prix du pétrole et une augmentation de 20% de sa production. Les conséquences sont logiques. En avril 2023, le groupe a supprimé 350 de ses 1200 emplois onshore à cause de cette taxe et décidé de transférer une partie des activités vers d’autres régions du monde.

Le récent Black-out lié à un dysfonctionnement lié à l’énergie solaire en Espagne a également souligné certains risques.

Le marché du travail réagit. L’emploi britannique dans cette industrie est tombée de 120'000 en 2023 à 115'000 en 2024 et il devrait passer entre 57'000 et 71'000 en 2030, selon Robert Gordon University. En moyenne, 1000 emplois devraient être perdus chaque mois.

Comme l’industrie réduit ses projets, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui est touchée. Citée par l’IEA, selon Rystad Energy, les dépenses de services de l’industrie pétrolière devraient diminuer de 20% de 2025 à 2030. Les désinvestissements s’accumulent. Hunting Energy Services, qui fabrique des équipements pour les champs pétrolifères, transfère toutes ses activités de fabrication d’Aberdeen vers Dubaï.

Le boom des importations

On assiste à un effondrement des forages d’exploration. L’année 2025 est en passe d'être la première année depuis 1964 sans nouveau forage exploratoire de pétrole et de gaz. Cela ne fera qu'accroître la dépendance du Royaume-Uni vis-à-vis des importations d'énergie. Selon les estimations, l’industrie britannique fournira un quart de la demande de pétrole et de gaz d'ici 2050, alors qu’elle a le potentiel de produire la moitié de cette demande.

Mais le déclin est bien entamé. En 2022, 48 puits de développement ont été forés (début du forage), contre 62 en 2021 et 73 en 2020.  La NSTA estime que l'accès au capital pourrait limiter les activités de forage, les petits opérateurs ayant plus de difficultés à lever les fonds nécessaires. En 2022, seuls huit puits d'exploration et quatre puits d'évaluation ont été forés en mer du Nord britannique, contre 32 puits d'exploration forés sur le plateau continental norvégien en 2022, dont 28 étaient des puits sauvages, qui ont abouti à 11 découvertes. L’an dernier, la Norvège a fait des découvertes très prometteuses dans la Mer du Nord. Le problème de la fiscalité des investissements norvégiens ne se pose pas.

L’industrie pétrolière britannique ne peut pas combattre à armes égales en raison de son régime fiscal particulièrement hostile.

Pour continuer d’apporter des recettes fiscales significatives, des emplois, la souveraineté énergétique et que le pétrole britannique ne soit pas remplacer par des importations dont les standards environnementaux sont moins satisfaisants, l’IEA propose de supprimer la taxe sur les superprofits afin d’empêcher la disparition du pétrole britannique.

Le pétrole et le gaz représenteraient encore 15% de la demande d’énergie en 2050, selon le CCC. Mais la production domestique risque d’être trop faible si bien que les trois quarts de la demande viendront des importations, selon la North Sea Transition Authority. Or la production domestique comporte de nombreux avantages par rapport aux importations. Ses standards environnementaux sont notamment plus stricts.

Le Royaume-Uni importe son pétrole en premier lieu des Etats-Unis (13,1%), d’Allemagne (9,4%), de Chine (7,6%) et des Pays-Bas (6,6%). Et si plusieurs des pays qui fournissent ce pétrole ont un objectif de Net Zero, tel n’est pas le cas de pays qui représentent 7% des importations britanniques: Pologne, Turquie, Inde.

La forte progression des énergies renouvelables n’y change rien, d’autant qu’il s’agit d’énergies intermittentes. Le récent Black-out lié à un dysfonctionnement lié à l’énergie solaire en Espagne a également souligné certains risques.

Les défenseurs des énergies renouvelables affirment qu’elles sont meilleur marché, mais elles continuent d’exiger des subventions, lesquelles sont d’ailleurs en hausse dans l’éolien britannique. Si les renouvelables étaient bon marché et matures, elles n’auraient plus besoin de subventions, selon l’IEA. En réalité, elles ne sont donc pas meilleur marché. D’ailleurs, malgré les taxes sur le carbone et sur les impôts exceptionnels, la demande augmente pour les énergies fossiles. C’est particulièrement évident dans des pays qui privilégient l’énergie bon marché comme la Chine.

L’industrie pétrolière britannique ne peut pas combattre à armes égales en raison de son régime fiscal particulièrement hostile. En 2025 et pour la première fois depuis 1960, aucun puit d’exploration n’a été ouvert au Royaume-Uni.

L’espoir demeure. Un rééquilibrage est en train de se produire dans les milieux financiers, mais pas encore au niveau politique et fiscal. Les plus grandes banques mondiales ont augmenté leur financement des énergies fossiles de 162,5 milliards de dollars en 2024 par rapport à 2023. Des grands gestionnaires d'actifs tels que BlackRock adoptent une position plus neutre sur le plan technologique.

Le pétrole souffre d’un effet de perception mis en lumière par l’économiste Eugen von Böhm Bawerk à la fin du 19e siècle, indique Kristian Niemetz, en introduction de l’étude. Chaque individu croit pouvoir se passer du pétrole. Il est pourtant omniprésent dans la vie quotidienne, comme le montre l’IEA. On le trouve non seulement dans l’agriculture mais aussi dans presque tous les services et traitements hospitaliers, des lits aux diagnostics, selon Kristian Niemetz. D’ailleurs, les énergies fossiles continuent de représenter 80% de l’énergie consommée dans le monde.

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