Vers la fin de la réduction de l’extrême pauvreté

Emmanuel Garessus

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Le ralentissement de la réduction de l’extrême pauvreté fait débat, tandis que les dépenses sociales continuent d’augmenter et accroissent le taux de dépendance.

 

Un système économique n’est performant qu’à condition d’améliorer le sort des plus faibles. En dépit des critiques, le système actuel y parvient assez bien si l’on en croit la Banque Mondiale puisque la pauvreté extrême a nettement diminué ces dernières décennies. Pourtant le débat sur ce sujet est plus animé que jamais.

Entre 1990 et 2025, le nombre de personnes vivant avec au plus 3 dollars par jour a diminué de 2,3 milliards en 1990 à 831 millions en 2025. Cette heureuse évolution s’accompagne de commentaires souvent erronés. Il est temps de s’attaquer à certaines contre-vérités.

Mais la pauvreté extrême diminue de moins en moins vite et, surtout, elle se concentre de plus en plus sur des régions très précises, selon le blog de la Banque Mondiale. 

En à peine une décennie, la part des pays définis comme à bas revenu a doublé à 44%, contre 23% précédemment. L’Afrique sub-saharienne est particulièrement visée puisqu’on y trouve 70% de l’extrême pauvreté, contre 40% en 2013. La Banque Mondiale ajoute que l’extrême pauvreté est avant tout présente dans les régions rurales et que les enfants paient un terrible tribut puisqu’ils représentent la moitié des personnes extrêmement pauvres.

«La fin des progrès contre l’extrême pauvreté» est même annoncée par Max Roser, pour le blog Our World in Data. Le ralentissement de la diminution de l’extrême pauvreté devrait se poursuivre, à son avis, avant que la tendance ne s’inverse et que l’extrême pauvreté ne reparte à la hausse. Ce changement devrait intervenir en 2030, selon le blog de David Oks, cité par «marginal revolution». 

La raison tient au fait que les plus pauvres vivent dans des pays à faible croissance, comme indiqué plus haut, en Afrique sub-saharienne (1,6% par an), où les conflits aggravent encore la situation. Le site de Tyler Cowen, marginal revolution, note que le revenu médian dans des pays tels que la Zambie, le Malawi et et le Kenya, a diminué depuis les années 1980 et 1990.

«La pauvreté extrême diminue de moins en moins vite et, surtout, elle se concentre de plus en plus sur des régions très précises, selon le blog de la Banque Mondiale.»

Au moment où beaucoup de commentateurs critiquent le modèle d’économie de marché et exigent davantage d’interventions et de taxes, les observations récentes montrent que c’est plutôt un retour au modèle libéral, plaçant la responsabilité individuelle et la défense de la propriété privée au centre du jeu, qui pourrait améliorer le sort des plus démunis et faire repartir à la baisse le nombre des plus pauvres.

Une question de définition

La pauvreté peine à diminuer dans les pays industrialisés également, et cela pour différentes raisons. La première tient souvent à la définition de la pauvreté. En effet, si la pauvreté relative (ndlr par rapport au revenu médian) ne diminue que modestement, la pauvreté en termes absolus, définie comme le revenu permettant de couvrir les besoins fondamentaux – un terme qui tend à s’élargir fortement chaque décennie –, a chuté fortement. Elle est passée aux Etats-Unis de 19% à 1,6% depuis 1963, selon une étude publiée par le Journal of Political Economy («Evaluating the Success of the War on Poverty since 1963 using an Absolute Full-Income Poverty Measure», Richard V. Burkhauser, Kevin Corinth, James Elwell, Jeff Larrimore, 2024).

Mais des associations présentent un tableau encore plus noir de la situation. Michael Green, un stratégiste de Wall Street, a même défendu récemment l’idée selon laquelle la limite de pauvreté d’une famille américaine de 4 personnes se situait à 140'000 dollars par an et non à la limite officielle de 31'200 dollars. Les réactions n’ont pas manqué. L’institut Cato a récemment souligné les problèmes méthodologiques de l’étude de Michael Green. Ce dernier utilise notamment un revenu médian très inférieur -80'000 dollars, alors qu’en réalité la médiane, pour une famille avec deux enfants, est de 132'959 dollars. Il oublie aussi que les familles sont souvent propriétaires d’une maison et susceptible de considérer cette propriété comme une épargne. Enfin, il emploie un lieu de résidence qui arrange sa thèse.

Si le recul en termes absolus est indiscutable, il s’accompagne d’une plus grande dépendance à l’égard de l’Etat. «Le succès obtenu dans la réduction des difficultés matérielles s'est fait au prix d'une augmentation de la part de la population dépendant du gouvernement pour au moins la moitié de ses revenus», selon les auteurs. Or initialement la lutte contre la pauvreté cherchait à accroître l’indépendance des personnes touchées.

Ne pas oublier le covid

La forte augmentation des dépenses sociales depuis un demi-siècle a accru le degré de dépendance, accru la charge fiscale et freiné la croissance économique, regrette également Dan Mitchell, sur le blog International Liberty. Dan Mitchell observe que le Washington Post s’est fait l’écho de critiques du rapporteur spécial auprès des Nations Unies sur l’extrême pauvreté, pour qui le récent ralentissement de la réduction de la pauvreté proviendrait d’une diminution des dépenses sociales social. Pour les Nations Unies, ces économies sur l’Etat social augmenteraient le mécontentement et feraient le jeu de l’extrême droite. 

Sur ce point, les Nations Unies émettent clairement des contre-vérités, selon Dan Mitchell. En effet, les dépenses sociales ont explosé ces dernières décennies pour représenter entre le cinquième du PIB (Etats-Unis) et le tiers du PIB (France) et elles continuent d’augmenter et non de diminuer. Ces dépenses sociales ne sont d’ailleurs que très mal maîtrisées puisque l’endettement de nombreux pays menace de se transformer en crise de la dette. Un recul s’est effectivement produit après le covid, mais qui aurait pu croire que le «quoiqu’il en coûte» pouvait se poursuivre sans risque systémique. Le rapporteur des Nations Unies omet d’indiquer ce point important. Plutôt qu’une hausse des transferts sociaux, mieux vaudrait les réformer et encourager une croissance fondée sur des bases plus saines, avance Dan Mitchell.  

A ce propos, une étude du célèbre économiste de Stanford Erik Brynjolfsson, auteur du «Deuxième âge de la machine», souligne les risques d’une hausse du salaire minimum. Dans «Minimum Wages and the Rise of the Robots», Brynjolfsson, J.Frank Li, Javier Miranda, Robert Seamans et Andrew Lang (SSRN, février 2026) observent qu’une augmentation de 10% du salaire minimum accroît de 8% en moyenne l’adoption de robots dans l’industrie. Certaines idées visant à défendre les bas salaires finissent par leur causer du mal.

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