Les talents les plus fortunés quittent la Californie

Emmanuel Garessus

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Dans un Etat dont le PIB en ferait le 4e plus grand au monde, le désir de taxer encore davantage provoque les départs de géants de la tech.

La Californie a dépassé son zénith. Cet Etat américain dont le PIB en ferait le 4e pays au monde, devant le Japon, est celui qui perd le plus d’entreprises sur une période de 10 ans, devant New York, alors que le Texas et la Floride sont les Etats les plus florissants, selon le Mercatus Center dans une étude publiée par le Financial Times. En une décennie, la Californie a perdu plus de 100 milliards de revenus à la suite des migrations entre Etats. Et les milliardaires de la tech accélèrent le mouvement.

«La Californie va-t-elle commettre un suicide économique?» se demande en titre l’économiste Dan Mitchell sur son blog International Liberty. Il poursuit: «Tôt ou tard, lorsqu'il y aura trop de personnes dans le wagon et trop peu pour le tirer, cela provoquera une crise économique». La réponse à la question est assez claire si l’on s’intéresse aux projets fiscaux de cet Etat. Le New York Times montre que des milliardaires comme le capital-risqueur Peter Thiel, qui préfère Miami, et le co-fondateur de Google Larry Page, également attiré par la Floride, entendent réduire ou couper leurs liens avec la Californie. La raison de la colère? Une votation est attendue cette année sur une initiative proposant un impôt de 5% sur les contribuables à partir d’un milliard de dollars, avec effet rétroactif au premier janvier 2026. Même Gavin Newsom, le gouverneur démocrate de la Californie s’oppose à ce projet.

Une tendance de fond

Un conseiller fiscal pour les grandes fortunes est cité affirmant que ses clients prennent leurs dispositions. Environ 20 milliardaires auraient quitté la Californie avant le premier janvier à cause de la rétroactivité de cette taxe. A l’inverse Jensen Huang (Nvidia) a publiquement souligné son attachement à la Californie.

«Le Top 1% des revenus assure en moyenne 45% des recettes de l’impôt sur le revenu des 20 dernières années (jusqu’en 2023).»

La tendance à l’émigration des grandes fortunes n’est pas nouvelle en Californie. Elon Musk a déjà déplacé le siège de ses sociétés pour lui préférer le Texas. Et il a fermé en 2024 le siège historique de X de San Francisco. Les sièges de SpaceX et de Neuralink sont partis sous des cieux plus cléments en 2024.

Le poids du Top 1%

La Californie dépend extraordinairement des recettes de l’impôt sur le revenu et surtout de ses plus hauts revenus, selon Lanhee Chen, chercheur à la Hoover Institution, l’Institution de Kevin Warsh, le futur président de la Fed, dans une analyse pour le Los Angeles Times. Le Top 1% des revenus assure en moyenne des 20 dernières années (jusqu’en 2023) assure 45% des recettes de l’impôt sur le revenu. Dans le budget 2026/27, l’impôt sur le revenu devrait rapporter 70% des recettes de l’Etat alors qu’en moyenne nationale il assure 38% des recettes fiscales.

La volatilité du solde budgétaire est considérable du fait de celle de la bourse et du poids de l’impôts sur les plus-values. Une année favorable aux actions technologiques se ressent immédiatement sur les comptes de l’Etat.

Le côté «dépenses» du budget est également fragile: «La Californie ne dispose d'aucun moyen systématique pour rendre compte et évaluer si ses dépenses produisent les résultats escomptés», écrit Chen. Il ajoute que «le contrôleur de l'Etat, responsable financier élu chargé devant les électeurs de la surveillance financière des dépenses de l'Etat, n'a pas produit l'audit financier annuel de la Californie dans les délais depuis 2017.»

De piètres investissements

L’utilisation des fonds est souvent critiqué. L’Institut Hoover produit d’ailleurs un rapport très noir de la gouvernance de la Californie. Quelques exemples pour illustrer son propos:
Les prix de l'essence en Californie sont environ 50% plus élevés que la moyenne nationale. La Californie utilise des essences spécialement formulées qui produisent moins d'émissions de carbone. «La quasi-totalité de cette essence plus coûteuse est raffinée en Californie, mais l'Etat a perdu environ 35% de sa capacité de raffinage depuis le début des années 1980», selon le rapport. Une réduction de l’offre augmente les prix, d’autant que les taxes sur l’essence sont très élevées dans cet Etat.

Les piètres investissements sont nombreux. Il ne suffit pas de promettre des infrastructures. L’exécution est importante. Le rapport cite un investissement de 1 milliard de dollars pour une piste cyclable de 5 mètres de large sur 13 km. Le projet, approuvé par la population il y a 9 ans, devait être terminé en 2025, mais il n’a pas encore débuté dans l’attente d’un rapport environnemental. L’exemple du projet pour un train à grande vitesse est maintenant connu au-delà du pays. On parle de décennies de retard et d’un besoin de 100 milliards.

La Californie, avec New York et l’Illinois représentent les trois pires exemples de pertes fiscales liées à l’émigration de ses citoyens sur 10 ans, selon une étude d’Unleash Prosperity, publiée par le Washington Post et citée par International Liberty. La conclusion est limpide. Aux Etats-Unis, les gagnants de la migration intra-américaine sont les Etats au bénéfice d’une Flat Tax ou de l’absence d’impôt sur le revenu.

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