Depuis l’éclatement de la guerre en Iran, après une forte hausse du pétrole et surtout du gaz, ainsi que de l’incertitude sur les chaînes d’approvisionnement, non seulement les actions suisses, européennes et américaines ont baissé, mais aussi les obligations. Le facteur de diversification n’a pas fonctionné.
La relation entre les marchés de taux et les actions est depuis fort longtemps analysée par les économistes. Irving Fischer, dans Theory of Interest (1930) avait révélé que la valeur d’une action correspondait à la somme des revenus futurs. Théoriquement, une action est en effet un actif à long terme dont la valeur est fonction du taux d’escompte utilisé. Fischer avait par ailleurs souligné la nécessité de prendre en compte l’inflation, à travers les taux réels, dans ce processus d’évaluation. Les valeurs de croissance, dont les profits sont attendus à plus longue échéance que la moyenne, sont les plus dépendantes des taux. L’évaluation est naturellement également fonction d’autres facteurs. Quel est l’exact lien entre les taux et la bourse?
Sur le plan empirique, il n’y a pas de relation claire entre les taux et la bourse, selon les travaux des économistes. Depuis 1990, au sein des économies du G7, il n’y a pas de lien entre le rendement des actions d’un pays et celui des taux longs de ce pays, selon l’étude récente «Interest Rates and Equity Valuations», de Niels Joachim Gormsen et Eben Lazarus (WP 34814, NBER, février 2026). La corrélation entre les actions et les obligations est faible et parfois négative. Les raisons d’une baisse des taux d’intérêt peuvent en effet être multiples et impacter différemment les actions. La nouvelle étude publiée par le NBER prend en compte ces différents aspects pour déterminer la corrélation précise entre taux et actions.
Le taux d’escompte est le facteur clé
Gormsen et Lazarus décomposent le changement de taux d’intérêt réels en trois facteurs: un changement des attentes de croissance économique, une modification du taux d’incertitude et la variation du taux d’escompte («pure discounting») c’est-à-dire de la préférence temporelle, à savoir la préférence qu’un individu peut avoir pour obtenir des biens immédiats plutôt qu’ultérieurs – sachant que généralement le présent est préféré au futur.
La variation du taux d’escompte se transmet à 100% aux actions, à l’inverse des deux autres facteurs. Une variation de l’incertitude crée un effet inverse sur les taux et les actions.
Il ressort de l’étude des pays du G7 sur 35 ans effectuée par Gormsen et Lazarus que 80% des modifications de l’évaluation des actions peuvent être attribués à la variation du taux d’escompte. Aux Etats-Unis, le modèle attribue 35% de la variation des taux d’intérêt réels à l’effet d’escompte. Seule une fraction des mouvements de taux produit donc ses effets sur les actions.
Le modèle employé par cette étude et l’importance de l’effet d’escompte sont intéressants parce que ce modèle permet non seulement de revisiter les facteurs qui déterminent le cours des actions et la prime des actions – c’est-à-dire l’attrait des actions par rapport aux obligations – mais aussi de débattre des canaux de transmission de la politique monétaire et de l’impact des taux sur les inégalités de richesses.