
Alors qu'un grand nombre d'entreprises s'apprêtent à publier leurs résultats à fin juin ces prochaines semaines, quels sont les marchés d'actions – aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon – qui offrent les meilleures opportunités actuellement? Le point avec Piera Elisa Grassi, gestionnaire de portefeuille d'un fonds dédié aux actions internationales chez J.P. Morgan Asset Management, qui explique pourquoi il est actuellement important de diversifier ses placements en dehors des Etats-Unis, y compris pour les investisseurs basés outre-Atlantique.
Durant le premier semestre, beaucoup d'attention a été portée à l'évolution des prix du pétrole, au rebond de l'inflation dans de nombreux pays à partir de mars, ainsi qu'aux fortes variations des taux des obligations du Trésor américain à 10 ans, passés de moins de 3,95% fin février à plus de 4,65% à la mi-mai (ndlr: 4,58% à la mi-juillet). Ces différents aspects ont-ils une influence sur le choix des actions qui entrent dans la composition du fonds J.P.Morgan International Research Enhanced Equity ETF investi dans les actions mondiales hors Etats-Unis?
De manière générale, nous construisons notre exposition sur la base d'une approche d'investissement allant du bas vers le haut («bottom-up»). Nous n'allons donc pas modifier notre allocation d'actifs de fond en comble uniquement parce que l'inflation est remontée ou parce que les taux d'intérêt se situent à tel ou tel niveau. Si l'on se remémore la période au cours des 12 à 18 derniers mois, il y a eu constamment des événements marquants, souvent de nature très différente, qui ont successivement affecté les marchés. On peut penser à l'arrivée de l'IA chinoise de DeepSeek en janvier 2025, puis les annonces de Donald Trump concernant les droits de douane en avril de la même année, l'intervention américaine au Vénézuela en janvier 2026, l'intervention en Iran à partir de fin février. Dans ce contexte, la ré-accélération de l'inflation aux Etats-Unis observée à partir du mois mars dernier (ndlr: passée de 2,4% en février, à 3,3% en mars, 4,2% en mai, puis 3,5% en juin en rythme annuel) a certes constitué un facteur de volatilité supplémentaire qui a eu un impact sur certains de nos choix d'investissement.
Pour autant, cela n'a pas remis en question notre scénario de base qui estimait que la situation économique était globalement sous contrôle. A court terme, il faut certes compter avec une inflation plus élevée qui persistera encore pendant un certain temps. A plus long terme, nous anticipons que la situation devrait revenir sous contrôle et que, par conséquent, l'inflation devrait à nouveau refluer.
«Les prévisions tablent sur une croissance des bénéfices au 2ème trimestre de 26% aux États-Unis, d’environ 12% pour l'Europe et 18% pour le Japon.»
Davantage que l'évolution des données macroéconomiques, le fait que les fondamentaux de l'économie restent solides a aussi contribué à stabiliser la situation au cours du 2ème trimestre. Une progression de 27% des bénéfices des entreprises aux Etats-Unis est estimée pour l'année 2026. Une grande part de cette croissance des bénéfices est portée par l'IA et les investissements dans les technologies, alors que nous commençons à voir le début d'un élargissement de la croissance des bénéfices.
Parmi les différentes stratégies que vous gérez, le J.P. Morgan International Research Enhanced Equity ETF met l'accent sur les entreprises hors Etats-Unis. Quelles sont vos attentes en matière de croissance des bénéfices des entreprises européennes en particulier?
Les estimations de croissance des bénéfices des actions européennes sont d'environ 12% pour 2026. Bien sûr, cela ne semble peut-être pas spectaculaire en comparaison de celles des bénéfices attendus aux Etats-Unis cette année. Néanmoins, en tenant compte des valorisations plus modestes des marchés d'actions sur le Vieux Continent, beaucoup d'actions européennes offrent ainsi un potentiel d'appréciation intéressant actuellement.
La forte correction des marchés survenue en mars a été suivie par un net rebond à partir d'avril et qui s'est ensuite encore accéléré en mai et juin. Le rebond des marchés des actions observé tout au long du 2ème trimestre n'a-t-il pas été trop rapide?
Mars a été un mois difficile pour tout le monde ! Ensuite, la publication des résultats pour le 1er trimestre a été un facteur de stabilisation pour les marchés car les investisseurs ont commencé à réaliser que les entreprises continuaient à publier des bons résultats et, surtout, qu'elles se montraient confiantes dans leurs prévisions. Comme déjà évoqué, les investissements dans l'IA sont un contributeur important à la croissance pour de nombreuses entreprises, à l'exception peut-être de quelques secteurs comme celui des éditeurs de logiciels qui en a plutôt souffert car, pour ces entreprises, l'IA est davantage vue comme une concurrence potentielle. Et cela même s'il faut différencier dans ce domaine entre les éditeurs de logiciels qui tireront parti de l'IA, grâce à des données de qualité dont ils disposent, et ceux qui verront leur modèle d'affaires être remis en question par l'IA.
«Les investisseurs aux Etats-Unis ont un biais domestique important – plus de 80% de leurs placements en actions sont placés dans des titres américains, ces derniers étant eux-mêmes souvent concentrés autour de quelques entreprises.»
Qu'attendez-vous de la saison de publication des résultats au 2ème trimestre qui va bientôt débuter concernant l'évolution des bénéfices des entreprises en Europe et aux Etats-Unis?
Malgré un contexte macroéconomique complexe, les bénéfices des entreprises ont fait preuve de résilience. Les prévisions tablent sur une croissance des bénéfices de 26% aux États-Unis et d’environ 12% et 18% respectivement pour l’Europe et le Japon.
Depuis le début de l’année, malgré une forte volatilité, les marchés actions ont continué d’afficher des rendements solides, les marchés mondiaux progressant d’environ 10 à 11%. L’un des principaux enseignements à retenir est que la diversification internationale reste justifiée: les rendements y sont compétitifs, le leadership est plus largement réparti et une allocation internationale peut contribuer à réduire la dépendance vis-à-vis d’un ensemble restreint de facteurs de croissance américains.
Au cours des six derniers mois, l’IA a été un moteur clé et a donné lieu à deux tendances distinctes sur les marchés technologiques. Dans le secteur des logiciels, le rythme d’adoption a entraîné une forte volatilité, les investisseurs réévaluant la pérennité du secteur — en s’interrogeant sur le pouvoir de fixation des prix, la différenciation et la capacité d’adaptation des acteurs en place —, même lorsque les fondamentaux restaient solides. Par contraste, les dépenses d’infrastructure liées à l’IA ont soutenu la performance des actions et la croissance des bénéfices. La demande dans les semi-conducteurs, le matériel informatique et l’ensemble de la «plomberie» nécessaire à l’IA est restée exceptionnellement forte, soutenue par des investissements continus dans les infrastructures de calcul, de puces mémoire, de réseau et de centres de données.
Une de vos stratégies consiste à investir dans des actions situées en dehors des Etats-Unis, dans une optique de diversification. En investissant hors des Etats-Unis, est-il néanmoins possible de tirer parti de développements majeurs, comme l'essor de l'IA justement, dont le poids demeure encore beaucoup plus faible en Europe qu'outre-Atlantique?
La stratégie que nous développons est destinée en premier lieu à des investisseurs américains dans une optique de diversification. De manière générale, les investisseurs aux Etats-Unis ont un biais domestique important - plus de 80% de leurs placements en actions sont placés dans des titres américains, ces derniers étant eux-mêmes souvent concentrés autour de quelques entreprises. C'est pourquoi il est important de leur proposer des placements hors des Etats-Unis qui contribuent à améliorer la diversification de leurs investissements.
En outre, il est actuellement intéressant d'exploiter l'écart de valorisation qui existe entre les actions américaines et européennes, notamment. Par ailleurs, nos solutions de placement peuvent aussi être intéressantes pour des investisseurs européens qui - parfois sans même en être vraiment conscients - sont aussi déjà très exposés aux actions américaines.
En dehors des Etats-Unis et de l'Europe, le Japon a connu un premier semestre exceptionnel avec une progression dépassant les 35% entre janvier et fin juin. Le Japon pèse aussi plus de 20% au sein de votre portefeuille d'investissement. Les actions japonaises disposent-elles encore d'un potentiel de progression?
Oui, nous pensons qu'il continue de valoir la peine d'investir dans les actions japonaises pour au moins deux raisons. D'une part, car la gouvernance d'entreprise a fait l'objet d'importantes améliorations au Japon. La politique en matière de dividendes est devenue plus attrayante pour les investisseurs. Les changements structurels au Japon contribueront ainsi à soutenir la performance des actions japonaises à l'avenir.
D'autre part, les actions japonaises bénéficient du soutien de la politique monétaire de la Banque du Japon qui a peu à peu relevé ses taux, éloignant ainsi les risques de retour à une situation de déflation.
N'y a-t-il pas néanmoins un risque que les taux d'intérêt au Japon finissent par être perçus comme étant trop élevés?
Non, je pense que la Banque du Japon a eu jusqu'ici un bon contrôle de la politique monétaire. Certes, vu des Etats-Unis ou de l'Europe, il peut sembler curieux que des taux d'intérêt plus élevés soient perçus positivement par les marchés - au Japon, où l'économie a connu une longue période marquée par la déflation, c'est néanmoins le cas.