Gonet: l'actualité des marchés au 6 mars

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

5 minutes de lecture

Dow -1,61%, S&P 500 -0,56%, Nasdaq -0,26%, Russell -1,91%, SOX -1,17%, Eurostoxx -1,50%, SMI -1,57%.

C’était bel et bien un rebond technique que Wall Street a effectué mercredi.

Commençons par décortiquer ce qu’il y a à tirer de cette séance d’hier, puis nous tenterons de prendre un peu de recul afin de mieux comprendre comment le pétrole peut réellement impacter le monde de la finance.

C’est papy Dow Jones qui se fait surtout remarquer hier, en glissant nettement plus que ses jeunes compères S&P500 (SPX) et Nasdaq100 (NDX), la faute au mode de calcul de l’indice, le Dow est un indice «price weighted», cela signifie que l’on ne tient pas compte de la capitalisation boursière de ses membres pour calculer son évolution, mais simplement du prix de chaque société le composant. Or il se trouve que Goldman Sachs et Caterpillar cotent 835,46 dollars respectivement 706,08 dollars par titre, de ce fait on peut dire qu’elles constituent les influenceuses de l’indice et pas de bol, hier GS chute de 3,67% tandis que CAT lui emboîte le pas avec un piteux -3,54%. A elles seules, les deux vilaines contribuent à raison de 355 points des 784 égarés par le vénérable indice hier. Au passage le Dow casse sa 100 jours et se pose dangereusement juste au-dessus du bas de son canal haussier entamé en octobre 2023, c’est du joli…

Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie (ô surprise), de la consommation discrétionnaire et de la tech, cette dernière constitue une sorte d’écran de fumée qui masque la réalité d’un marché nerveux, cela se constate sur l’indice S&P500 équipondéré (SPW) qui perd 1,09% hier contre -0,56% au SPX, la pression vendeuse est plus importante qu’un simple coup d’œil ne pourrait le faire penser, d’ailleurs le breadth du jour est déplorable, en revanche les volumes d’échanges ne décollent pas. La volatilité remonte assez logiquement, le VIX progresse de 12% à 23,75, un niveau certes honorable mais c’est au-delà de 30 que l’on pourra vraiment parler de peur sur la ville. On reparle de la tech avec ses géants qui évoluent en ordre dispersé hier, Broadcom, Microsoft et Amazon jouant le rôle des good cops, tandis que du côté obscur on retrouve AMD, Meta, Apple et Alphabet. Après la cloche de fin de séance, Marvell publie de bons résultats et s’envole de 15%, tout le monde semble s’en fiche, cela reviendra au premier plan, ça revient toujours mais avant il faut que la poussière retombe autour du pétrole, le baril de WTI Light Crude se sent pousser des ailes et se hisse à 81,5 dollars ce matin, j’y reviens.

Au chapitre obligataire, cela reste tendu avec un 10 ans US qui rend 4,15% ce matin, il a cassé sa 100 jours (@4,12%) et s’attaque en ce moment à sa 50 jours. Pas mieux sur le 2 ans, très sensible aux prévisions de fluctuations de taux, qui remonte à 3,57% et lorgne sur sa 200 jours qui évolue à 3,65%. On jette du coup un œil aux Fed Funds qui font furieusement penser à Bill Murray en train de s’ennuyer au bar de son hôtel tout en buvant un verre de Suntory. Les pauvres Fed Funds sont perdus dans la traduction, ils ne prédisent plus rien de précis, peut-être une baisse de taux par la Fed en septembre, quoi que…en parallèle ils remettent en question depuis le début de la semaine le nombre de coupes en 2026, la poursuite de la hausse de l’or noir ne va pas arranger les choses.

Le dollar reste soutenu, la paire EUR/USD cote 1,1612 ce matin, depuis 4 séances elle évolue sous sa 200 jours (@1,1673), techniquement elle peut lorgner 1,1530 puis 1,1500. L’or se stabilise légèrement au-dessus de 5100 dollars l’once, un niveau élevé dans l’absolu mais le métal jaune devrait avoir de la peine à repartir à la hausse face à des vents contraires puissants que constituent l’appréciation du dollar et la hausse des rendements obligataires.

Les marchés réagissent fortement aux nouvelles liées à la guerre, mais sans basculer totalement en mode panique, les investisseurs supposent probablement pour l’instant que le conflit ne durera pas très longtemps. Dans l’ensemble les actions tentent de se stabiliser, mais le rebond reste fragile et peu convaincant. En Europe, une deuxième séance de hausse s’est rapidement essoufflée. Globalement, les investisseurs semblent relativement confiants sur le fait que le commerce mondial ne sera pas durablement perturbé. Historiquement, les marchés actions sont d’ailleurs souvent plus élevés à moyen terme après le déclenchement d’un conflit, même si la volatilité peut rester élevée à court terme.

On le sait désormais, c’est actuellement le pétrole qui joue le rôle d’arbitre de plus ou moins tout ce qui a trait à la finance autour du globe. Face à sa hausse récente, les autorités américains annoncent qu’elles vont déployer des mesures exceptionnelles, par exemple en puisant dans les réserves stratégiques nationales. De son côté l'Arabie Saoudite a réorganisé sa logistique pour renforcer l'approvisionnement en or noir de ses terminaux de la Mer Rouge et contourner ainsi le goulet d'étranglement d'Ormuz. On apprend aussi que les Etats-Unis autoriseraient l’Inde à acheter du pétrole russe pendant 30 jours, il faut dire que chaque dollar que prend le baril correspond plus ou moins à un bel uppercut dans la figure de toute l’administration américaine, qui craint l’inflation comme la peste. Cette annonce au sujet de l’inde permet au baril de se détendre quelque peu hier mais les nouvelles du détroit d’Ormuz ne sont pas bonnes, le centre conjoint d'information maritime annonce que ces dernières heures le trafic maritime s'est quasiment arrêté, or on sait que 20% de l’or noir transite par ce détroit, tentons d’y voir plus clair quant aux conséquences concrètes et historiques d’un tel phénomène.

La hausse du prix du pétrole attire l’attention depuis que les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre l’Iran. Le baril de WTI Light Crude se situe actuellement autour de 81 dollars, soit environ 14% au-dessus de sa moyenne des 24 derniers mois (69 dollars). Historiquement, lorsque le pétrole se situe à ce niveau au-dessus de sa moyenne, les actions américaines (SPX) continuent généralement d’afficher des performances positives modestes, de l’ordre de quelques pourcents sur l’année suivante. En revanche, les rendements boursiers deviennent en moyenne négatifs lorsque le pétrole atteint environ 35% au-dessus de sa moyenne, ce qui correspondrait aujourd’hui à environ 93 dollars le baril de WTI Light Crude. Le marché est donc encore loin de ce seuil critique. Pour l’instant, la hausse du pétrole crée un peu de volatilité mais ne constitue pas encore un problème majeur pour les actions, du moins selon l’histoire. De plus, l’énergie ne représente qu’une petite part de l’indice des prix à la consommation, ce qui limite l’impact immédiat sur l’inflation.

L’évolution devrait dépendre surtout de la durée et de l’intensité du conflit. Si la guerre perturbe durablement l’approvisionnement, les prix pourraient monter davantage. Un point particulièrement surveillé est le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite une grande partie du pétrole mondial. Pour l’instant, les marchés boursiers semblent s’inquiéter davantage d’autres risques, comme les problèmes potentiels dans le crédit privé ou l’impact de l’intelligence artificielle sur certaines entreprises technologiques. Le pétrole reste donc un risque à surveiller, mais pas encore la principale préoccupation des investisseurs.

Les dernières statistiques macro américaines montrent un marché du travail globalement stable. Les inscriptions hebdomadaires au chômage s’élèvent à 213’000, proches des attentes et identiques à la semaine précédente, tandis que les allocations chômage continues montent à 1,868 million, un peu au-dessus des prévisions. Les licenciements annoncés en février selon le rapport Challenger reculent nettement à 48’300 contre 108’400 le mois précédent. Les prix à l’importation et à l’exportation progressent chacun de 0,2% sur un mois, un rythme plus modéré que précédemment. Enfin, la productivité du quatrième trimestre progresse à un rythme annualisé de 2,8%, mais les coûts unitaires du travail augmentent aussi de 2,8%, plus que prévu.

Les marchés attendent maintenant les statistiques clés de ce jour. Les économistes anticipent 60’000 créations d’emplois en février contre 130’000 en janvier, avec un taux de chômage stable à 4,3%. Les ventes de détail sont attendues en baisse de 0,3% sur un mois, même si la mesure sous-jacente devrait progresser de 0,3%. Plusieurs responsables de la Réserve fédérale doivent également intervenir.

GTT reçoit une commande de conception des cuves d'un nouveau méthanier. Universal Music suspend ses projets d'introduction en Bourse aux États-Unis en raison de l'incertitude des marchés. Le médicament anti-obésité de Roche et Zealand affiche jusqu'à 10,7% de perte de poids lors d'un essai de phase II. Marvell prend 15% hors séance après ses résultats trimestriels. Oracle prévoirait des milliers de suppressions d'emplois face à la pression financière de l'IA, selon Bloomberg. La FDA approuve le médicament contre le cancer du sang de Johnson & Johnson. BYD lance la deuxième génération de sa batterie Blade. Sony réduit ses ambitions de sorties de grands jeux PlayStation sur PC. Softbank cherche à obtenir un prêt de 40 milliards de dollars pour financer son investissement dans OpenAI, selon Bloomberg.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices opèrent un rebond technique. Tokyo gagne 0,62% à la cloche, Hong Kong prend 1,72%, Shanghai avance de 0,38%, Séoul grappille 0,02% tandis que le Nifty50 perd 0,77%. Les futures américains traitent en très légère hausse, l’Europe rebondit de 0,5% dans les premiers échanges.

Tout le monde sur le pont à 14h30 pour le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis!

Mais avant cela joyeux anniversaire à Alan Greenspan, un des plus célèbres patrons de l’histoire de la Fed, qui fête ses 100 ans ce jour. Lorsque Tonton Alan parlait, on ne comprenait pas toujours ses propos, la légende raconte d’ailleurs qu’il a dû s’y prendre à trois reprises pour que sa fiancée comprenne qu’il était en train de lui demander de l’épouser.

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