Les actions américaines reculent vendredi et terminent la semaine ainsi que le mois de février en baisse, avec pour le S&P500 (SPX -1,4%) et le Nasdaq100 (NDX -3,02%) leur plus forte perte mensuelle depuis mars 2025. Les grandes valeurs technologiques pèsent sur la cote, notamment Nvidia (NVDA -4,16%), tandis que les petites capitalisations et les titres les plus spéculatifs sous-performent. À l’inverse, l’énergie, portée par la hausse du pétrole, ainsi que certains segments défensifs comme la pharmacie, la distribution alimentaire et les télécoms résistent mieux. Les obligations américaines progressent nettement, avec un recul marqué des rendements à 2 ans et à 10 ans. Le dollar baisse légèrement, l’or et l’argent montent, le bitcoin recule et le pétrole WTI termine en hausse. On observe en fin de semaine que le marché américain des actions est pénalisé par un regain de volatilité dans les valeurs liées à l’intelligence artificielle et aux logiciels. Les investisseurs s’interrogent de plus en plus sur l’impact d’une adoption rapide de l’IA, qui pourrait fragiliser le modèle économique des éditeurs de logiciels traditionnels.
Avant de passer aux événements du weekend, rappelons que, sur le plan macroéconomique l’attention se portera cette semaine sur le rapport sur l’emploi américain publié vendredi. Les économistes prévoient environ 60’000 créations de postes en février, contre 130’000 en janvier, un chiffre qui avait alors rassuré sur le risque de récession. Côté entreprises, la saison des résultats se poursuit avec les publications de Broadcom mercredi et de Marvell Technology jeudi, tandis que la distribution sera également surveillée de près avec Target et Costco.
En janvier des manifestations d’ampleur ont ébranlé le pouvoir en Iran, lequel a réagi par une répression sévère. Donald Trump avait alors brandi la menace d’une intervention avant de faire machine arrière, tandis que les États-Unis renforçaient progressivement leur présence militaire dans la région. Parallèlement, des pourparlers avaient repris entre Washington et Téhéran sous l’égide du sultanat d’Oman. La pression remonte d’un cran il y a une dizaine de jours après la publication d’un article d’Axios évoquant la possibilité d’un affrontement d’envergure, mais l’attention se déplace rapidement vers d’autres sujets, notamment la remise en cause de droits de douane par la Cour suprême et les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle. D’autant plus que des avancées avaient été signalées à Genève la semaine précédente, avec la perspective de discussions techniques à Vienne. Finalement, les États-Unis et Israël lancent une offensive samedi matin. D’après une enquête du New York Times, l’opération aurait été déclenchée à la suite d’une information transmise par la CIA concernant une réunion autour du guide suprême dans sa résidence de Téhéran, au cours de laquelle Ali Khamenei, en fonction depuis 1989, aurait trouvé la mort. Selon Donald Trump, 48 hauts responsables iraniens auraient été éliminés, parmi lesquels le ministre de la Défense, le chef d’état-major et le commandant des Gardiens de la Révolution.
Cette attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ajoute un risque majeur à des marchés manifestement déjà nerveux. L’Iran a rapidement riposté en lançant des missiles contre Israël, des bases américaines et des pays du Golfe. Les investisseurs réagissent en mode «aversion au risque»: le pétrole bondit fortement ce matin (le baril de WTI Light Crude à 73,25 dollars), notamment en raison des craintes autour du détroit d’Ormuz, les marchés actions européens reculent d’un peu plus de 2% dans les premiers échanges, tandis que l’or et le dollar progressent. Le métal jaune se hisse au-dessus de 5400 dollars l’once, rappelons ici que son record se situe à 5595 dollars. Le billet vert pour sa part est recherché, il joue à nouveau son rôle de valeur refuge, cela faisait longtemps. Le Dollar Index (DXY) remonte fortement à 98,50, ce faisant il tente de récupérer sa moyenne mobile à 200 jours, pendant que la paire EUR/USD chute à 1,1702, elle regarde sa 50 jours à 1,1591, précisons ici que le dollar reste en tendance baissière face à l’euro. Pour renverser la vapeur, il lui faut encore environ dix figures, une montagne en l’état.
Ce matin la principale inquiétude dans les salles de marchés concerne le pétrole. Même si une prime de risque était déjà intégrée dans les prix, les risques de perturbations du transport maritime et de la production pourraient pousser les cours encore plus haut à court terme. Or, une hausse durable du pétrole pèserait sur la croissance mondiale et raviverait les anticipations d’inflation. La plupart des armateurs, des majors pétrolières et des maisons de trading ont suspendu toutes les expéditions via le détroit d'Ormuz, après que Téhéran a mis en garde les navires contre la traversée de ce passage. Or, plus de 20% du pétrole mondial transite par ce détroit. Selon l’agence Bloomberg, le prix du baril pourrait grimper jusqu’à 108 dollars dans un scénario de fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui ne semble pas être le cas en l’état.
Les marchés étaient déjà nerveux avant cette escalade, entre tensions géopolitiques et inquiétudes liées aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle. On observe déjà une rotation vers les actifs défensifs : les obligations d’État américaines montent (le 10 ans US a cassé les 4,00%, il traite à 3,96% ce matin) et les valeurs défensives surperforment les valeurs cycliques. Toutefois, comme les marchés européens et émergents évoluaient proche de leurs records, des prises de bénéfices restent possibles.
En cas de conflit prolongé et de pétrole durablement élevé, les investisseurs sont incités à se couvrir davantage et à diversifier leurs portefeuilles. Le dollar, le pétrole et l’or sont considérés comme des protections naturelles contre les risques géopolitiques et l’inflation. Certaines Bourses pourraient aussi en bénéficier, notamment le FTSE 100 au Royaume-Uni, fortement exposé aux matières premières, aux secteurs défensifs et à la défense et soutenu par un dollar fort. L’agence Bloomberg indique que les pays et secteurs les plus sensibles au prix de l’énergie, notamment plusieurs économies asiatiques, ainsi que l’Espagne et l’Italie, seraient les plus vulnérables si les tensions pétrolières s’intensifient. À l’inverse, les secteurs de l’énergie, des mines et de la défense sont historiquement les plus corrélés positivement au pétrole, tandis que les secteurs cycliques, la consommation, la chimie et les compagnies aériennes sont les plus pénalisés.
Donald Trump indique que la campagne de bombardements contre l’Iran se poursuivra jusqu’à ce que les objectifs soient atteints. Le président déclare à ABC que les personnes qu’il considère comme des candidats possibles pour diriger l’État du Moyen-Orient ont été tuées lors de l’attaque initiale. Les États-Unis sont ouverts à lever les sanctions contre Téhéran si le nouveau dirigeant se montre pragmatique, rapporte le NYT en citant Trump. Le chef de la sécurité nationale iranienne affirme que son pays ne négocie pas avec les États-Unis. Un avion de chasse américain est abattu par l’Iran, selon Tasnim. L’OPEP+ convient de reprendre les augmentations de production en avril, les principaux membres devant ajouter 206'000 barils par jour. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi qualifie la mort de Khamenei d’«inacceptable», ce qui complique le sommet prévu entre Trump et Xi Jinping. Keir Starmer déclare que le Royaume-Uni autorise les États-Unis à utiliser ses bases spécifiquement pour détruire des dépôts de missiles iraniens, mais ne participe pas aux frappes. L’Iran indique ne pas avoir l’intention de fermer le détroit d’Ormuz, mais le trafic maritime y est pratiquement interrompu durant le week-end. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis peuvent détourner une partie de leur pétrole via des oléoducs, mais le Koweït, le Qatar et Bahreïn n’ont d’autre choix que d’utiliser cette voie maritime.
Ce matin l’aversion au risque a pris le contrôle des parquets de trading. On l’a dit, l’or et le dollar sont recherchés, le pétrole aussi mais pour d’autres raisons, on observe aussi une demande soutenue pour le franc suisse, la paire EUR/CHF à 0,9053 en ce moment, tandis que les indices FTSE100 (Grande Bretagne) et SMI (Suisse) reculent moins que leurs pairs, le Stoxx Europe 600 (SXXP) abandonne 1,8%, le CAC40 et le DAX 2,2%.
Au menu macro-économique de ce lundi, les ventes au détail de janvier en Allemagne, qui ressortent nettement en-dessous des attentes et en repli, en revanche décembre est nettement révisé à la hausse. À 10 heures ce sera le tour du PIB 2025 en Italie puis Christine Lagarde s’exprimera à 15h. Enfin l’indice ISM Manufacturier aux Etats-Unis sera publié à 16 heures, pour le mois de février.
Les immatriculations de voitures neuves en France en baisse de 14,7% en février, selon la PFA. La plupart des compagnies aériennes suspendent leurs trafics autour de la zone moyen-orientale. UBS veut maintenir Ermotti en poste au-delà de 2027. AP Moller Maersk va dérouter ses lignes du Moyen-Orient autour de l'Afrique. Le fenebrutinib de Roche réduit le taux de rechute dans un essai de phase avancée sur la sclérose en plaques. Raiffeisen cède la majorité de sa participation dans Leonteq. Nvidia prévoit une nouvelle puce pour accélérer le traitement de l'IA et bouleverser le marché de l'informatique, selon le WSJ. Moody's indique que la note de Warner Bros. Discovery reste sous surveillance pour une possible dégradation après l'annonce du rachat par Paramount. Tesla augmente le prix de la version la moins chère de son Cybertruck aux Etats-Unis à 69'990 dollars. SoftBank va investir 30 milliards de dollars supplémentaires dans OpenAI. Xiaomi va créer un comité de sécurité après plusieurs accidents impliquant ses véhicules.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices reculent nettement, Shanghai mise à part qui monte de 0,47%. Tokyo perd 1,35% à la cloche, Hong Kong abandonne 2,14%, Séoul est fermée et le Nifty50 rend 2,04%. Le future SPX se replie de 1,7%, l’Europe rend 2,2% dans les premiers échanges, tous les secteurs reculent sauf l’énergie qui décolle de 5%. Les secteurs les plus touchés sur le vieux continent ce matin sont la consommation discrétionnaire, les financières et la tech.