Gonet: l'actualité des marchés au 5 mars

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,49%, S&P 500 +0,78%, Nasdaq +1,29%, Russell +1,06%, SOX +1,93%, Eurostoxx +1,72%, SMI +0,79%.

Et c’est parti pour un premier rebond technique! Certains l’appelleront «dead cat bounce», d’autres y verront l’esquisse d’un soupçon d’espoir que cela aille mieux rapidement. Les plus pragmatiques ne sourcilleront guère et continueront d’observer l’évolution du baril de WTI Light Crude, le baromètre du moment, qui ne rend guère de terrain en l’état. Les raisons de la hausse de Wall Street d’hier laissent songeur, on évoque la bonne macro du jour ou encore un article du NY Times qui nous dit que les agents du renseignement iranien auraient approché la CIA pour engager des discussions afin de mettre fin au conflit. Ok on veut bien y croire, voyons du coup ce qui a été principalement acheté hier soir. Alors nous avons donc les thèmes embouteillés (crowded trades), les actions favorites des petits porteurs, les titres les plus shortés, les valeurs à beta élevé et quasiment tout l’écosystème Nvidia. On relève un sourcil et on vérifie les volumes d’échanges, aussi plats que la Belgique, tout cela sent le rebond technique à plein nez, principalement alimenté par les investisseurs privés.

C’est intéressant, pendant que la «wrong way crowd» mise tout sur le vert, l’or noir ne rend pas une once de terrain, le baril de WTI Light Crude évolue ce matin à 77,34 dollars, tandis que les rendements obligataires poursuivent leur remontée, le 10 ans US est de retour à 4,12% soit pile sur sa moyenne mobile à 100 jours, prochaine étape technique 4,15% puis 4,21%. En parallèle le billet vert est en forme olympique, la paire EUR/USD cote 1,1583, elle tente en ce moment-même de casser sa 50 semaines (@1,1588), si elle parvient à traverser ce niveau, ensuite une rampe de lancement technique pourrait bien la propulser dans la zone 1,1240 – 1,1220. Trois obstacles majeurs sont donc en train de se dresser face à des petits porteurs en apparence bien détendus. On verra bien où cela nous mène, l’avenir devrait nous en dire plus.

L’indice S&P500 (SPX) teste sa 100 jours avec succès hier, son podium du jour se compose de la consommation discrétionnaire, de la tech et des services de communication, l’énergie fermant la marche. Je note que le Nasdaq100 (NDX) reste sous sa 100 jours et qu’une death cross est en vue. La volatilité rend les 10% qu’elle avait engrangés la veille, le breadth est clairement positif hier, pendant que les Fed Funds semblent de plus en plus perdus dans la traduction et ne prédisent plus rien avant septembre, tout en remettant en question le nombre de coupes de taux par la Fed cette année, plus grand monde ne semble croire à 3 baisses dans les salles de marchés. Au sujet des Fed Funds, jetez un œil à l’Europe et vous constaterez que le marché a désormais changé de fusil d’épaule, on commence à envisager des hausses, je répète des hausses, par la BCE, la faute à la hausse des prix de l’énergie qui impacte le vieux continent de plein fouet, dans ce contexte on écoutera attentivement le discours de Christine Lagarde ce jour.

Malgré les secousses récentes sur les marchés (guerre au Moyen Orient, inquiétudes liées à l’IA ou chute des valeurs technologiques), les investisseurs particuliers continuent massivement d’acheter des actions. En février, leurs achats ont fortement augmenté, faisant de ce mois l’un des plus importants depuis la frénésie des «meme stocks» de 2021. Lors de la baisse des marchés lundi après le début du conflit avec l’Iran, ils ont encore investi environ 2,2 milliards de dollars dans des actions et des ETF, contribuant à stabiliser les indices. Cette stratégie de «buy the dip» (acheter lors des baisses) est devenue courante chez les investisseurs individuels, qui parient sur la hausse des marchés à long terme. Certains ont ainsi profité du recul des valeurs technologiques en février pour acheter des titres comme Salesforce, CrowdStrike ou Intuit. Selon le Wall Street Journal, ces investisseurs jouent désormais un rôle important pour soutenir les marchés lors des corrections. Autre temps, autres mœurs…

On se penche sur le vieux continent. La guerre avec l’Iran a surpris des investisseurs qui étaient fortement positionnés à la hausse sur les actions européennes. Après une forte baisse des marchés sur deux jours, le rebond d’hier apporte un peu de répit, mais le risque de nouvelles ventes reste important. Selon une enquête de Bank of America, les investisseurs internationaux étaient en février très exposés aux actions de la zone euro, à des niveaux proches des plus hauts des cinq dernières années. Cette situation est très différente de 2022 au moment de l’invasion de l’Ukraine, lorsque les investisseurs étaient au contraire sous-exposés. La principale inquiétude concerne la hausse des prix de l’énergie. L’Europe reste très sensible à une augmentation du gaz et du pétrole, car son industrie et ses consommateurs en dépendent fortement. Le gaz a déjà presque doublé depuis le début de l’année pour atteindre environ 50 €/MWh, tandis que le pétrole Brent crude oil a progressé d’environ 37% et dépasse 80 dollars le baril.

Dans ce contexte, certains secteurs européens pourraient souffrir davantage, notamment les valeurs cycliques, la consommation discrétionnaire, les petites et moyennes capitalisations, ainsi que les secteurs très énergivores comme l’automobile, les voyages, les loisirs et la chimie. À l’inverse, les secteurs de l’énergie, des services publics, des matières premières et certaines valeurs défensives devraient mieux résister, selon l’agence Bloomberg.

La hausse des coûts énergétiques commence déjà à toucher les entreprises: Maersk augmente ses tarifs de transport et le groupe chimique BASF relève certains prix jusqu’à 20%. Mais ces hausses risquent aussi de freiner la demande et d’alimenter l’inflation. Selon plusieurs analystes, si les prix de l’énergie restent élevés, cela pourrait peser sur l’économie européenne et compliquer les baisses de taux attendues des banques centrales, ce qui maintiendrait une forte volatilité sur les marchés.

La Chine vise une croissance de 4,5 à 5% en 2026, son objectif le plus bas depuis au moins 2005, dans un contexte d’incertitudes économiques internes et de tensions internationales. L’économie chinoise souffre notamment d’une consommation faible, d’une crise immobilière persistante, de l’endettement des gouvernements locaux, de surcapacités industrielles, de pressions déflationnistes et d’un chômage élevé des jeunes. Les relations commerciales avec les États-Unis restent tendues malgré une trêve conclue en octobre entre Xi Jinping et Donald Trump, de nouvelles négociations doivent reprendre prochainement. Selon certains économistes cités par le Temps, Pékin privilégie désormais davantage la qualité de la croissance, l’innovation et le progrès technologique plutôt que la rapidité de l’expansion économique. La Chine prévoit aussi d’augmenter son budget militaire de 7% en 2026, à 1909,6 milliards de yuans (276,8 milliards de dollars), afin de faire face à plusieurs défis stratégiques, notamment en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan. Les «Deux Sessions» devraient également adopter le 15e plan quinquennal, qui mettra l’accent sur les hautes technologies, la transformation industrielle et le soutien à la consommation intérieure.

La plateforme de cryptomonnaies Kraken devient la première entreprise du secteur à obtenir un accès direct au système de paiements de la Federal Reserve. Sa filiale Kraken Financial reçoit un «master account», lui permettant d’utiliser le réseau interbancaire Fedwire, par lequel transitent plus de 4000 milliards de dollars par jour. Cet accès permet à Kraken d’effectuer des transferts en dollars plus rapides et directs pour ses clients, sans passer par des banques intermédiaires. Il s’agit d’une étape importante vers l’intégration des cryptomonnaies dans le système financier traditionnel, même si l’entreprise n’obtient qu’un accès limité aux services de la Fed. La décision intervient dans un contexte politique plus favorable au secteur sous Donald Trump, mais elle est critiquée par les banques, qui estiment que les sociétés crypto sont moins régulées et présentent davantage de risques. Coïncidence ou pas ? hier après-midi le bitcoin repart à la hausse, ce matin il traite à 72’000 dollars.

Au menu macro-économique de ce jeudi, les ventes au détail en zone euro à 11h00 CET, les demandes hebdomadaires d’allocations chômage aux Etats-Unis, les prix à l’importation et à l’exportation (14h30) et à 18h le discours de Christine Lagarde.

Un juge du Missouri donne son feu vert initial à l'accord de 7,25 milliards de dollars sur le Roundup de Bayer. Galderma enregistre une hausse de son bénéfice net et de ses ventes en 2025. Davide Campari ne constate aucun impact significatif de la crise au Moyen-Orient à ce stade, selon son CEO. Avolta obtient une prolongation de sept ans de son contrat de duty-free avec l'aéroport de Zurich. Broadcom gagne 5% hors séance après ses trimestriels. Morgan Stanley va supprimer environ 2’500 postes, soit 3% de ses effectifs, selon le WSJ. Amazon supprime des emplois dans sa division robotique, selon Business Insider. Johnson & Johnson lance le site J&J Direct pour vendre des médicaments directement aux consommateurs américains. Mitsubishi Heavy Industries vise un chiffre d'affaires nucléaire record alors que le Japon accélère la relance des réacteurs. Nvidia réalloue des capacités de production chez TSMC depuis des puces H200 vers son matériel de prochaine génération Vera Rubin, selon le FT.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo prend 1,9% à la cloche, Hong Kong grappille 0.28%, Shanghai monte de 0,64%, Séoul décolle de 9,6% après avoir perdu près de 20% sur les deux séances précédentes, un bel exemple de rebond technique, enfin le Nifty50 prend 0,54%. Le future SPX recule de 0,3%, l’Europe évolue en repli de 0,8% dans les premiers échanges.

L’or semble freiné dans son élan par la hausse des rendements obligataires et du dollar, l’once ne parvient plus à monter, elle cote actuellement 5150 dollars.

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