Escalade au Moyen-Orient: vers un nouveau choc énergétique?

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Au-delà de la dimension militaire, c’est la trajectoire énergétique mondiale qui concentre désormais l’attention des marchés.


Le 28 février 2026, une opération conjointe américaine (Epic Fury) et israélienne (Roaring Lion) contre des cibles iraniennes a fait basculer la région dans une guerre ouverte. La riposte immédiate de Téhéran, dans un contexte d’échec des négociations nucléaires et de tensions internes croissantes, a rapidement élargi le risque à l’ensemble du Golfe. Au-delà de la dimension militaire, c’est la trajectoire énergétique mondiale qui concentre désormais l’attention des marchés.

La disparition du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables constitue un séisme politique, mais pas nécessairement un effondrement du régime. Le pouvoir iranien repose sur une architecture institutionnelle solide, dominée par les Gardiens de la Révolution, profondément enracinés dans l’appareil sécuritaire et l’économie. En l’absence d’alternative structurée, la continuité du système reste le scénario le plus probable à court terme, même si une transition pourrait redessiner les équilibres de «l’axe de la résistance» et modifier les dynamiques régionales.

Le véritable point de bascule reste le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Une perturbation prolongée pourrait propulser le Brent bien au-delà de 100 dollars et raviver un choc énergétique global, particulièrement sensible pour l’Asie importatrice. Certes, l’économie mondiale est moins dépendante du pétrole qu’en 1973 et son intensité énergétique a fortement diminué. Mais une hausse durable du baril agirait comme une taxe mondiale, alimentant l’inflation et ravivant le risque de stagflation.

Pour les banques centrales, le dilemme serait immédiat : ignorer un choc temporaire ou durcir le ton si les anticipations d’inflation se désancrent. Une hausse de 10 dollars du baril pourrait ajouter plusieurs dixièmes de point à l’inflation américaine. Les marchés obligataires deviennent ainsi l’indicateur clé: la réaction des taux longs américains dira si le choc est perçu comme inflationniste ou récessif – ou les deux à la fois.

Pour les investisseurs, l’enjeu n’est pas d’anticiper la prochaine frappe mais de renforcer la robustesse des portefeuilles. Dans un environnement de tensions énergétiques et de croissance fragilisée, la sensibilité à la duration doit être maîtrisée, tandis que les actifs capables d’absorber l’inflation – entreprises à fort pouvoir de prix, matières premières, actifs réels – retrouvent une fonction stratégique. Le risque militaire est visible; le risque macro-financier, lui, dépendra de la durée du choc énergétique et de la crédibilité monétaire.

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