La souveraineté stratégique: une priorité nationale

Arthur Jurus & Natalia Vavasseur, ODDO BHF

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Les investisseurs peuvent se réorienter vers les trois piliers qui bénéficieront durablement de budgets publics soutenus: infrastructures énergétiques, défense et cybersécurité.

Dans un contexte de tensions géopolitiques et de transition structurelle, les Etats redéfinissent leurs priorités budgétaires autour de la souveraineté économique et technologique. En 2025, les gouvernements intensifient leurs dépenses stratégiques: près de 3300 milliards de dollars dans les investissements énergétiques totaux mondiaux, une hausse des budgets militaires d’environ 9,4%, et un marché de la cybersécurité d’environ 280 milliards. Cette accélération multi-sectorielle reflète une analyse commune des risques systémiques se focalisant sur les dépendances énergétiques, les menaces hybrides et la fragmentation géopolitique. Elle implique une réorientation durable des budgets publics vers ces trois piliers de souveraineté: la souveraineté énergétique, la souveraineté militaire et spatiale et la souveraineté numérique.

L’indépendance énergétique et les infrastructures constituent l’une des priorités macro-économiques. En 2025, selon BloombergNEF, ces investissements mondiaux se répartiraient principalement sur le transport électrifié (893 milliards de dollars), les énergies renouvelables (690 milliards de dollars) et les réseaux électriques (483 milliards de dollars). L'Agence Internationale de l’Energie (AIE) note pourtant que les réseaux électriques (400 milliards de dollars par an) nécessitent un doublement des investissements pour garantir la sécurité d'approvisionnement. Cette dynamique reflète l’analyse selon laquelle la résilience énergétique renforce la compétitivité industrielle. Elle implique une montée en puissance de l’investissement public dans les réseaux électriques, les infrastructures de transport et les capacités de production bas carbone. Une multiplication des partenariats public privé est attendue, afin de combler un besoin d’investissement estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars par an d’ici 2030 pour atteindre les objectifs climatiques.

La défense et l’espace forment le pilier de la souveraineté militaire et spatiale pour les économies avancées. Les dépenses militaires mondiales ont atteint environ 2718 milliards de dollars en 2024, avec une hausse de 9,4% qui s’est prolongée en 2025; les membres de l’OTAN y représentaient environ 55% (soit plus de 1500 milliards), tandis que les États-Unis comptaient pour environ 37% (1000 milliards). Cette escalade coïncide avec une multiplication des tensions. En effet, le nombre moyen de manifestations mondiales a augmenté de 11,5% par année entre 2009 et 2019. La supériorité technologique, la capacité de projection et la protection des infrastructures spatiales constituent désormais un avantage économique. Cette tendance se traduit par une accélération des programmes spatiaux et de défense, stimulant l’innovation industrielle mais posant des défis de financement public à long terme pour les économies avancées.

Enfin, la technologie et la cybersécurité concentrent une part croissante des investissements publics et privés. Le marché mondial de la cybersécurité est évalué autour de 280 milliards de dollars en 2025, avec une croissance annuelle de 9% à 12%.  Cela reflète le fait que l’IA, la digitalisation des services publics et l’interconnexion des infrastructures critiques (énergie, transports, santé) rendent la protection numérique indispensable à la souveraineté économique. Elle implique un renforcement des investissements publics en R&D et en régulation, favorisant l’écosystème des technologies tout en redéfinissant les normes de sécurité pour les entreprises globales.

Pour l’investisseur, cela signifie une réorientation stratégique vers les trois piliers identifiés: infrastructures énergétiques (réseaux, transport électrifié), technologies de défense et solutions de cybersécurité. Ces secteurs bénéficieront durablement de budgets publics soutenus et de partenariats public-privé accélérés. Malgré certaines tensions budgétaires à long terme, la priorisation souveraine favorise une croissance structurelle pour les acteurs alignés sur ces priorités nationales.

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