Le high yield génère parfois des rendements supérieurs aux actions

Yves Hulmann

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Même durant les années où il y a eu de grandes turbulences, comme en 2008, les obligations à haut rendement parviennent à se ressaisir très vite, souligne Donald Phillips de Liontrust.

 

Comment générer des rendements réguliers sans être trop affecté par les variations à court terme des marchés? Donald Phillips, Head of Credit au sein de l'équipe en charge des produits à revenu fixe chez Liontrust, explique quels sont les avantages d'une stratégie de placement axée sur les obligations à haut rendement (high yield) qui met l'accent sur la partie la moins risquée de ce segment, à savoir les obligations dotées des notations BB ou B.  

Depuis le début de cette année, les attentes concernant l'évolution de l'inflation et des taux d'intérêt ont constamment évolué. Aux Etats-Unis, l'inflation est passée de 2,4% en février à 4,2% en mai, avant de ralentir à nouveau en juin. De même, les taux d'intérêt des emprunts d'Etat à 10 ans sont passés de moins de 4% début mars à plus de 4,6% fin juillet. De quelle manière ces changements affectent-ils les cours dans le domaine des obligations à haut rendement (high yield)?

Les variations des taux d'intérêt n'ont finalement pas tant d'impact sur les prix des obligations à haut rendement, moins qu'avec les emprunts souverains par exemple. Indirectement, de possibles hausses des taux d'intérêt, par exemple de la part de la Fed ou de la BCE, ont un impact sur les coûts de l'emprunt, ce qui affecte aussi la consommation et potentiellement la solvabilité de certaines entreprises.

«Nous préférons investir dans la partie haute de l'univers du high yield, à savoir les segments BB ou B.»

Une des particularités du segment high yield est que l'on part avec des coupons relativement élevés. Le coupon doit être versé, ce n'est pas une option! Du point de vue de l'investisseur, le fait d'évoluer dans un environnement de taux d'intérêt un peu plus élevé n'est ainsi pas un désavantage. Investir dans le high yield est d'abord une affaire de coupon. Et si les taux d'intérêt devaient rester élevés pour plus longtemps, les coupons le seraient également.

Quant à l'évolution des taux de défaut - et d'une éventuelle hausse de ceux-ci -, nous préférons investir dans la partie haute de l'univers high yield, à savoir les segments BB ou B.

Pourquoi privilégiez-vous les obligations dotées de notations BB ou B, et non pas BBB qui fait encore partie de la catégorie dite investissement (IG)? Ne s'agit-il pas de segments tout de même assez risqués?

Nous observons que la qualité du marché s'est beaucoup améliorée. Avec des titres de dette BB, vous n'êtes certes plus dans la catégorie IG mais les chances de voir votre emprunt être remboursé restent élevées tout en obtenant des coupons attrayants.

Maintenant, il y a encore une différence entre la catégorie BB ou B. Dans la catégorie BB, nous avons par exemple investi dans des emprunts de la société Aggreko, une entreprise britannique spécialisée dans la mise à disposition de groupes électrogènes, par exemple pour des festivals ou des hôpitaux qui doivent pouvoir compter sur une alimentation électrique fiable à tout moment. Il s'agit d'une activité qui est un peu cyclique mais dont la demande continue de croître. Dans la catégorie B, on pourrait citer par exemple le groupe Profine, une société allemande spécialisée dans les profilés de fenêtres en plastique. Elle est actuellement en train de procéder à une expansion aux Etats-Unis et a besoin de financement.

Dans le segment CCC, nous investissons par exemple dans la société allemande Ceramtec, un fournisseur de produits à base de céramique destinés à l'industrie. Du fait que cette société a émis un emprunt non sécurisé senior (senior unsecured loan), cela a eu un impact sur la structure de son capital. En l'absence de cet aspect, le marché attribuerait certainement un rating BB à cette société.

De manière générale, que recherchent les investisseurs qui s'intéressent aux placements high yield que vous proposez?

Notre stratégie high yield a l'avantage de fournir une source stable de revenus composés. En effet, sur de longues périodes, les revenus générés par les emprunts faits par les entreprises sur le marché ont permis à cette classe d'actifs de générer des revenus aux alentours de 6 à 7% en dollars. On peut donc affirmer que le high yield génère des rendements similaires à ceux des marchés des actions, tout en limitant le risque de pertes durant les années difficiles. Sur certaines périodes, le high yield génère des rendements supérieurs à ceux des actions.

«Le high yield génère des rendements similaires à ceux des marchés des actions, tout en limitant le risque de pertes durant les années difficiles.»

Qu'en est-il lors des phases de récessions prononcées, comme durant la crise financière des années 2007 et 2008?

Même durant les années où il y a eu de grandes turbulences sur les marchés comme en 2008 par exemple, il s'agit d'une classe d'actifs qui a la capacité à pouvoir se ressaisir très vite. Il y a encore un aspect important qui mérite d'être mentionné: lorsqu'on investit, le véritable risque est la perte en capital. Le vrai risque n'est pas celui d'une perte de valeur.

Y a-t-il un horizon de placement minimal à prévoir lorsque l'on investit dans le high yield?

Je dirais qu'un horizon de l'ordre de 3 à 5 ans au minimum est nécessaire. Si vous voulez placer de l'argent pendant seulement un an, vous devez alors accepter un risque de perte de valorisation à court terme plus élevé - mais moins qu'avec les actions. Toutefois, comme déjà mentionné, la volatilité n'est pas un vrai risque pour les investisseurs à long terme.  

Y a-t-il des secteurs d'activités, qui ont été dépréciés pour différentes raisons, qui vous paraissent intéressants actuellement au sein de l'univers du high yield?

Nous n'investissons pas tellement en fonction de thèmes d'investissement ou sur la base de secteurs spécifiques. Nous évitons d'accumuler trop de risques en lien avec une thématique donnée ou un cycle spécifique. Par exemple, nous avons constaté que les secteurs les plus exposés à l’endettement au cours d’un cycle peuvent devenir des composantes importantes d’un indice. Ces secteurs sont souvent thématiques et/ou cycliques, et le fait de suivre un indice peut ainsi introduire dans le portefeuille des risques pour lesquels vous n’avez pas de conviction particulière.

Si nous souhaitions miser spécifiquement sur un secteur donné, nous préférerions au demeurant le faire via les marchés actions plutôt que via les obligations à haut rendement, où les positions thématiques sur les actions peuvent générer des rendements supérieurs pour un risque de baisse similaire. Le secteur du pétrole et du gaz en est un excellent exemple sur le marché mondial des obligations à haut rendement.

Les placements dans le high yield ont l'avantage de fournir des coupons réguliers mais il s'agit d'un type d'investissements qui nécessitent de la discipline et une large diversification - le type de placement qui ne vous est pas dicté par les caractéristiques d'un indice. 

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