Contre les inégalités, mieux vaut réduire l’inflation

Emmanuel Garessus

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La mesure de l’indice des prix à la consommation ignore celle des prix des actifs financiers. Les effets de ce choix méthodologique sont considérables.

Pour améliorer le pouvoir d’achat, l’un des thèmes prioritaires de la population, les économistes libéraux entendent réduire l’inflation alors que les milieux progressistes insistent pour accroître la fiscalité des hauts revenus et ses effets de redistribution. Or l’inflation est essentiellement un phénomène de redistribution, ainsi que l’a démontré Ludwig von Mises il y a un siècle (voir Mises: The Last Knight of Liberalism, par Jörg Guido Hülsmann (1140 pages, 2007, Mises Institute). Et à l’inverse d’une redistribution basée sur les transferts sociaux, celle qui se fonde sur une baisse de l’inflation n’a pas besoin d’un appareil d’Etat très étoffé.

L’impact de l’inflation est assez facile à présenter. Les bas revenus souffrent beaucoup plus de la hausse des prix à la consommation que les hauts revenus puisque ces derniers enregistrent des gains sur leurs actifs financiers et que l’inflation allègement leur dette. C’est un point d’autant plus important que l’indice des prix à la consommation ne prend pas en compte la hausse des actifs financiers, comme le montre dans une longue video Karl-Friedrich Israel, professeur associé d’économie à l’Université catholique de l’Ouest, à Angers.

«Même si le niveau de hausse des prix se limite à 2%, il modifie le comportement des ménages».

Dans cette video (Hayek Gesellschaft, 1h45, The Government is lying about inflation, Peter McCormack Show), Karl-Friedrich Israel s’intéresse aux problèmes de mesure de l’inflation et souligne le besoin d’une réduction de l’inflation en dessous de ce que les principaux banquiers centraux considèrent comme la stabilité des prix (2%). Pour lui, «une politique monétaire inflationniste accroît clairement les inégalités par différents canaux, dont la hausse des prix des actifs financiers», note l’économiste. Et même si l’indice des prix augmente par exemple de 2%, l’effet de redistribution existe.

La question centrale porte sur les objectifs d’une politique économique dans un monde où l’endettement public s’accroît fortement, avec un effet de redistribution cette fois au détriment des futures générations, et où la plupart des monnaies perdent de leur valeur par rapport à l’or.

Un problème de méthodologie

L’indice des prix à la consommation ignore les prix des actifs financiers. Cet indice se limite au prix du panier des ménages en se concentrant sur la pure consommation des biens et des services et en laissant de côté l’épargne des ménages. Mais même si le niveau de hausse des prix se limite à 2%, il modifie le comportement des ménages. Même avec une hausse modeste, il est susceptible de changer les mécanismes d’épargne parce qu’il incite les ménages à protéger leurs avoirs contre une baisse progressive de la valeur de leur fortune. Les placements qui profitent de cette réaction sont connus. Il s’agit des actifs réels tels que l’immobilier, l’or et les actions. Cette adaptation à l’inflation profite aux détenteurs d’actifs réels et pénalise ceux qui n’en ont pas.

Sur le plan de la recherche en économie, et en particulier sur les hypothèses conduisant à l’indice des prix, Karl-Friedrich Israel s’appuie sur les travaux de Gottfried Haberler (1900-95). Il a d’ailleurs écrit une étude à ce sujet («Gottfried Haberler’s Contribution to the Theory of Index Numbers: a Blueprint for Revealed Preference Theory» (WP 202403 IREF, mars 2024).

Si l’on cherchait à créer un indice des prix qui prenne en compte l’épargne du ménage, par exemple pour sa retraite et son besoin d’accroître sa fortune, les problèmes méthodologiques seraient trop complexes, selon l’économiste. L’indice des prix que l’on rencontre aujourd’hui est certes précis mais incomplet. Il ne prend pas correctement en compte le coût de la vie et les perspectives à long terme du ménage

En prenant en compte le prix des actifs financiers, à savoir l’immobilier, les actions et les services de l’Etat, la mesure officielle de la hausse des prix serait supérieure de 1 à 2 point de pour-cent au niveau officiel, selon Karl-Friedrich Israel, lequel se réfère à ses travaux sur l’économie allemande. Sur certaines périodes, le surplus d’inflation serait de 2 à 4 points de pourcentage, par exemple lors d’une bulle immobilière.

Pour Karl-Friedrich Israel, les ménages sont tout à fait conscients de la hausse du coût de la vie. Ils constatent aisément que la hausse de leur salaire ne parvient pas à accompagner le coût de la vie. Ce phénomène est une source de mécontentement et de tensions sociales, selon Karl-Friedrich Israel. Quand une création d’inégalités est causée par l’augmentation de la productivité et la croissance, ce type de tension n’existe pas.

Ce phénomène d’inégalité avait en partie été mis en exergue par l’économiste irlandais Richard Cantillon (1680-1734) à travers ce qui est appelé l’effet Cantillon, lequel montre que l’injection monétaire profite à ceux qui sont proches de l’émetteur, comme les investisseurs et les banques, au détriment des salariés et des consommateurs. Au sein des libéraux, Ludwig von Mises avait, lui, démontré que l’inflation n’était pas une fatalité mais le fruit d’une politique délibérée d’augmentation de la masse monétaire par l’Etat qui conduit à des distorsions économiques et à une modification de la distribution des richesses, notamment à la spoliation des épargnants. L’inflation ne rend pas l’économie meilleure. Même limitée à 2%, elle n’enrichit pas la société.

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