Un tiers des familles US gagnent plus de 150'000 dollars

Emmanuel Garessus

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L’économie américaine s’essouffle, mais après un an de trumpisme sa situation est bien meilleure qu’on ne le dit en Europe.

 

Au-delà des débats idéologiques ou sur la personne de Donald Trump, un regard apaisé sur l’état des Etats-Unis après un an de trumpisme se doit de distinguer entre les trajectoires à long terme et les variations à court terme, entre les mouvements qui dépendent moins des aléas électoraux que des choix des entreprises. Une analyse à froid se doit aussi de mettre en exergue la position relative d’une économie, ses progrès et ses risques ainsi que le momentum politique du gouvernement. Au-delà des propos caricaturistes entendus en Europe, le niveau de vie  progresse vite et bien pour une grande partie de la population et pas uniquement pour le Top 0,01%.

Un tiers des familles américaines gagnent plus de 150'000 dollars par an, selon l’économiste Jeremy Horpedahl, qui se base sur le recensement de 2024 (CPS ASEC). En 1967 (sur la base des prix de 2024), ils n’étaient que 5%. La tendance est bien réelle puisqu’ajusté de l’inflation. L’économiste Tyler Cowen, sur son site marginal revolution, exprime son étonnement et ironise à l’idée qu’un pays aussi riche se dise «pillé par l’immigration et le libre échange». En réalité, si le tiers supérieur progresse le plus vite, la classe moyenne (50'000 à 150'000 dollars) diminue à 45,2% (contre 56,4%),  alors que les bas revenus, de 50'000 dollars ou moins, ne sont plus que 21% du total (38,4%). Leur part est réduite, mais ce tiers le plus pauvre souffre d’une hausse des prix significative, y compris des produits alimentaires.

Ce développement globalement favorable n’est pas le résultat de la première année du deuxième mandat de Donald Trump mais des avantages compétitifs structurels de l’économie américaine, notamment en termes d’innovation et de moindre régulation à partir de la crise de 2008. Le protectionnisme (droits de douane) et le nationalisme de Donald Trump, son appel aux rapports de force plutôt qu’à l’état de droit, n’ont pas fortement changé les fondamentaux économiques pour l’instant même s’ils devraient augmenter les prix et ralentir la croissance à long terme.

«La trajectoire de croissance de l’économie américaine continue de largement dépasser celle de l’Europe.»

Un problème majeur dans l’immobilier

La trajectoire de croissance de l’économie américaine continue de largement dépasser celle de l’Europe. En 15 ans, la croissance s’est limitée à 1% pour le moteur de l’Europe, l’Allemagne, contre 19% aux Etats-Unis, selon le Wall Street Journal, qui se réfère à une étude de Deutsche Bank. L’Europe souffre en effet de coûts de l’énergie trois fois supérieurs à ceux des Etats-Unis. Or l’énergie, c’est avant tout de l’énergie transformée, note l’économiste Charles Gave. D’ailleurs pour 2026, la Commission européenne a réduit à 1,2% son estimation de croissance pour la zone euro en 2026.

La solide progression des revenus américains est toutefois minée par la hausse des prix, en particulier du logement. L’accession à la propriété n’est guère plus possible pour la classe moyenne. Donald Trump tente de lutter contre ce phénomène en proposant récemment des hypothèques à 50 ans. Mais l’idée ne satisfait guère les économistes. Elle ne répond pas aux contraintes réglementaires sur l’offre, notamment en matière d’aménagement du territoire, qui est la première cause de la hausse des prix de l’immobilier résidentiel. Le sort électoral du gouvernement dépendra beaucoup de ce sujet. Dans un commentaire, John Plassard, Head of Investment Strategy chez Cité Gestion, rappelle que le logement pèse plus de 44% dans l’indice des prix à la consommation, soit bien davantage que tous les autres postes. Une décélération rapide des loyers devient un élément décisif pour la trajectoire des prix. Une accalmie semble intervenir. Selon CoStar, la hausse annuelle du loyer n’est plus qu’à 0,8%, contre plus de 1,5% il y a quelques mois.

L’immobilier de bureau est, lui, clairement en souffrance. Selon une étude de l’économiste Eric Dor, professeur et directeur des études économiques à l’IESEG, le taux de défaut sur les prêts immobiliers de bureaux titrisés augmente avec une intensité exceptionnelle. Il se limitait à 1,58% en décembre 2022 et il est monté à 11,76% en octobre 2025. Il dépasse maintenant son sommet précédent d’à peu près 10,5% en 2012 lors de la grande crise financière.

Accélération au début 2026?

Sur le plan conjoncturel, l’heure d’un premier bilan est nécessaire au sortir du plus long «shutdown» de l’histoire. Cette fermeture de l’administration a coûté près de 90 milliards de dollars. Le «shutdown» a coûté environ 1% de croissance, selon Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche, mais, à son avis, l’augmentation du PIB devrait s’accélérer autour de 3 à 4% au début de l’année prochaine. Le potentiel de croissance est inférieur. Il se situe un eu au-dessus de 2%. Mais les signes d’essoufflement se multiplient, notamment sur le marché de l’emploi, et ils incitent l’OCDE à prévoir un taux de croissance de 1,5% l’an prochain, l’année des élections de mi-mandat.

Les Etats-Unis ne forment toutefois pas un bloc homogène. Il faut prendre en compte des variations économiques significatives entre les Etats américains, surtout après l’élection d’un maire socialiste à la tête de New York, une élection qui a non seulement mis en exergue le programme identitaire de son nouveau maire, mais aussi le déclin de New York en tant que capitale financière. En effet, il y a 30 ans, 11,5% de sa population travaillait dans la finance ou l’assurance et ce taux a diminué à 7,7%, alors que 22% de la main d’oeuvre est active dans la santé et le domaine social. Ce mouvement profite avant tout au Texas, où Goldman Sachs ouvrira en 2028 au Texas des bureaux pour 5000 employés tandis que JP Morgan y emploie 31 000 employés contre 24 000 à New York, selon Yahoo Finance.

Mais à l’heure du bilan, il est difficile de ne pas évoquer les fractures causées par l’agenda politique de Donald Trump. La hausse des droits de douane, les restrictions à l’immigration et à l’emploi dans la fonction publique produisent progressivement leurs effets. En termes de mouvements de personnes, par exemple, les Etats-Unis ont pratiquement fermé l’immigration illégale, alors que précédemment celle-ci atteignait 10'000 migrants par jour, selon l’essayiste Victor Hanson, sur son blog.

La première année de Donald Trump a également été axée sur le coût de l’énergie. Or le prix de l’essence a coûté 3,19 dollars (par gallon) en moyenne, contre 3,30 l’an dernier, note Hanson, lequel rappelle que l’inflation est en repli après une hausse des prix de 21% au total des 4 années de Joe Biden.

Avec l’arrivée de Donald Trump, politiquement, les continents européens et américains se séparent, comme le détaille Mathieu Bock-Côté dans son livre « Les deux Occidents». Le sociologue québécois pointe ici le souverainisme de Trump, son populisme conservateur, son protectionnisme, son rejet du multiculturalisme et du mondialisme des «élites», et le retour des frontières. Mais sur le plan économique, structurellement, les systèmes économiques américain et européen sont moins distants qu’on ne le dit, affirme Noah Smith, économiste de centre-gauche et auteur du blog noahpinion. Prenons l’exemple de la sécurité sociale aux Etats-Unis: En termes de dépenses sociales par rapport au PIB, les Etats-Unis sont proches des Pays-Bas et du Royaume-Uni. En termes de progressivité de l’impôt et de redistribution, les écarts sont faibles, poursuit-il. La question est de savoir si cette proximité structurelle résistera à un mandat complet de Donald Trump.

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