L’argumentaire en faveur des infrastructures est maintenant bien rôdé. Les infrastructures offrent un rendement stable, un risque réduit, une bonne protection contre l’inflation et des vertus en termes de diversification. En Suisse, en 2025, cette classe d’actifs rencontre un écho de plus en plus favorable de la part des caisses de pension. L’OPP2 leur permet, depuis octobre 2020, d’y investir, en tant que classe d’actifs distincte, avec une limite d’allocation pouvant atteindre 10%. Mais quelle est sa performance réelle à long terme? De façon assez surprenante, la performance, en dollars, des actions d’infrastructures des pays émergents dépasse celle d’un indice comme le S&P 500 sur une période de 60 ans ainsi que vient de le révéler une étude de l’IFC.
L’IFC n’est autre que la plus grande institution de développement. Elle appartient à la Banque Mondiale et, depuis 60 ans, elle est chargée d’investir dans le secteur privé au sein des pays émergents (Financial Returns on Equity Investments in Infrastructure in Emerging Markets and Developing Economies (Anusha Chari, Peter Blair Henry, Paulo Maro, IFC Research Note, November 2025).
Les infrastructures n’ont pas seulement l’avantage d’une performance financière de premier plan. Elles accroissent aussi le potentiel économique et social du pays receveur.
Une autre étude publiée en novembre par le NBER estime que le rendement social médian des infrastructures routières, en l’occurrence d’un kilomètre supplémentaire d’autoroute à deux voies dans les pays émergents atteint 55%, soit 8 fois le rendement du capital privé aux Etats-Unis et 5 fois l’excès de rendement financier des actions émergentes (The social rate of return on Road Infrastructure Investments, Anusha Chari, Peter Blair Henry, Pablo Ricardo, NBER WP 34501).
«Le rendement social médian d’un kilomètre supplémentaire d’autoroute à deux voies dans les pays émergents atteint 55%».
De grands écarts de performances
Mais les infrastructures sont risquées, comme le montre aussi l’IFC. En fait, le rendement de leurs investissements en actions d’infrastructures depuis 1961 dépasse celui d’indices de référence tels que le S&P 500 et le MSCI Monde, en dollars. Mais une bonne diversification est absolument nécessaire. Sur les plus de 2000 investissements en infrastructures réalisés par l’IFC dans les pays émergents depuis les années 1960, un millier se sont avérés financièrement décevants. La grande majorité s’est traduite par un rendement correct mais sans plus et une centaine a produit des résultats spectaculaires, dépassant de plusieurs fois les indices de référence. Le manque d’informations sur ces placements conduit les investiseurs à les considérer comme davantage risqués, selon l’IFC.
L’analyse, qui entre dans les détails sectoriels et géographiques, estime le rendement en fonction de ce que l’IFC nomme «Public Market Equivalent» (PME). Ce dernier compare l’ensemble des investissements dans les fonds privés (contributions) et les capitaux reçus (distribution). Le taux d’escompte utilisé est celui des marchés publics. A l’issue d’une période de détention moyenne de 8 ans pour 266 investissements en private equity dans les infrastructures (1961-2020), le PME est de 1,17. Un PME supérieur à 1 indique une surperformance par rapport à l’indice S&P 500. La surperformance est de 2% par an vis-à-vis du S&P 500. Par rapport à l’indice MSCI emerging markets, disponible depuis 1988, la surperformance annuelle des actions d’infrastructures s’élève à 2,9%.
«Par rapport à l’indice MSCI emerging markets, disponible depuis 1988, la surperformance annuelle des actions d’infrastructures s’élève à 2,9%.»
Des rendements d'afférents en fonction de la période choisie
Mais toutes les décennies n’ont pas révélé des résultats aussi favorables. Durant la dernière décennie, entre 2010 et 2020, l’indice S&P a surperformé les infrastructures des pays émergents, selon l’étude. La raison est à chercher dans la bonne performance des actions américaines et dans la hausse du dollar. La meilleure période pour les actions d’infrastructures a a été de 1996 à 2009. Sous l’angle géographique, la meilleure performance provient de l’Afrique sub-saharienne, mais le petit nombre d’observations réduit la qualité du résultat. Les régions Asie de l’Est et Pacifique ainsi que l’Asie du Sud présentent un PME supérieur à 1, donc une surperformance depuis 1961.
L’analyse sectorielle indique une sous-performance des infrastructures sociales (éducation, santé) et immobilières, mais le petit nombre d’observations limite la qualité de l’information.En réalité, ce sont les «core infrastructures» (électricité, transports, logistique, informations, utilities) qui s’avèrent les plus rentables. Ces résultats sont très encourageants.