Nous sommes fiers de notre site – et nous avons toutes les raisons de l’être. La Suisse est synonyme de qualité, de précision, de force d’innovation et de stabilité. Mais la fierté ne remplace pas le dynamisme. Le nouvel indice mondial de compétitivité industrielle (GICI) 2025 le montre : notre succès n’est pas une loi naturelle. Pour la première fois depuis cinq ans, nous reculons dans le classement mondial. Les Etats-Unis et l’Irlande restent en tête, le Danemark les rattrape. Et ce, à un rythme impressionnant.
Signal d’alarme, pas la fin du monde
Le message est clair: la Suisse reste excellente, mais elle perd de son élan. Notre avance fond dans les domaines qui déterminent la viabilité future de notre économie: la numérisation, l’innovation et la dynamique réglementaire. C’est un signal d’alarme, pas la fin du monde. Mais un signal qui doit être pris au sérieux.
Les données du GICI sont claires. En termes de qualité de l’emplacement, la Suisse reste incontestablement en tête, avec des infrastructures de premier ordre, une stabilité macroéconomique et un marché du travail hautement qualifié. Mais en matière d’innovation et de leadership technologique, nous perdons trois places. Le dynamisme de la recherche, du développement et des brevets numériques stagne, tandis que des pays comme le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni nous dépassent.
Réinventer, pas seulement gérer l’excellence
Le schéma est connu, mais dangereux: nous gérons l’excellence au lieu de la réinventer. Alors que d’autres sites investissent, encouragent et accélèrent de manière ciblée, nous discutons des obligations administratives. La Suisse se distingue par sa fiabilité, mais dans la course mondiale à l’innovation, c’est la vitesse qui compte.
Les raisons de ce changement sont structurelles. La politique industrielle connaît une renaissance mondiale. Les Etats-Unis, la Chine, la France et l’Allemagne investissent des milliards dans la technologie, la recherche et la souveraineté de production. L’Inflation Reduction Act, France 2030, la stratégie pharmaceutique allemande ou Made in China 2025 montrent que d’autres pays pensent de manière stratégique en matière de politique industrielle. La Suisse, en revanche, reste libérale sur le plan réglementaire, ce qui est une bonne chose tant que cela s’accompagne d’une volonté de changement. Mais la volonté de changement ne doit pas être confondue avec l’interventionnisme. Il ne s’agit pas de subventions, mais de conditions-cadres qui facilitent l’entrepreneuriat au lieu de le compliquer.
La faiblesse réside dans le système
Le GICI en apporte la preuve: nos faiblesses résident moins dans l’industrie que dans le système. La jungle bureaucratique s’étend, les autorisations prennent du temps, les réglementations freinent. La transformation numérique de la recherche, en particulier, reste en deçà des normes internationales. En matière de «pénétration numérique des activités d’innovation», la Suisse recule à la 26e place. C’est un signal d’alarme pour un site de haute technologie qui se considère volontiers comme un pionnier mondial.
Dans le même temps, nos bases restent solides. Nous disposons d’infrastructures de pointe, de main-d’œuvre qualifiée, de capitaux et de confiance. Mais ces atouts doivent être exploités, et pas seulement vantés. La compétitivité n’est pas un titre, mais une mission. Et elle exige des décisions, pas des commissions de débat.
Nous avons besoin d’une politique d’implantation moderne: moins de réglementation, plus d’agilité. Moins d’autosatisfaction, plus de courage. Il faut accélérer la recherche et le développement, attirer des travailleurs qualifiés et garantir l’accès aux marchés internationaux. Il est temps de passer de la préservation à l’action.
L’inaction est mortelle
La Suisse ne peut se permettre l’inaction. Alors que les Etats-Unis créent des écosystèmes d’innovation grâce à des milliards de dollars, notre système reste bloqué dans l’autocritique. Pour rester à la pointe au niveau mondial, il faut être prêt à changer, même si cela est inconfortable.
Le GICI 2025 n’est pas alarmiste, mais constitue un diagnostic lucide de la situation économique. Il montre que nos fondations sont solides, mais que la façade commence à se fissurer. Si nous posons dès maintenant les bons jalons, la Suisse restera un site de premier plan à l’échelle mondiale, innovant, ouvert et fiable. Mais pour cela, il faut plus que de l’autosatisfaction: il faut de la détermination.
En bref: moins de paperasse, plus d’esprit pionnier. Moins de réglementation, plus de mouvement. C’est maintenant qu’il faut agir.