Les marchés commencent à douter de la facture IA

UBP

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Les investisseurs ne financent plus les ambitions en intelligence artificielle les yeux fermés et réclament désormais des preuves de rentabilité.

Synthèse

L’escalade des tensions au Moyen-Orient a entraîné une flambée des prix du pétrole et propulsé les rendements américains à long terme à leurs plus hauts niveaux depuis début 2025, alors que les risques d’inflation réapparaissaient et que les marchés réévaluaient la probabilité de futures hausses de taux desdeux côtés de l’Atlantique. Même si les spreads se sont bien maintenus, l’évolution des taux a effacé les gains réalisés depuis le début de l’année par les bons du Trésor et les titres «Investment-grade». Les actions mondiales ont enregistré de légères baisses, la pression se faisant le plus sentir au sein des «Magnificent7» alors que les investisseurs examinaient de près les dépenses supplémentaires liées à l’IA et le potentiel de performances futures.

La trêve observée ce week-end dans les affrontements entre les Etats-Unis et l’Iran a ravivé l’espoir d’un retour au cessez-le-feu, tandis que les investisseurs s’apprêtent également à assimiler une vague de résultats publiés par les entreprises au cours de la semaine à venir (35% du S&P 500), ainsi que plusieurs décisions de politique monétaire prises par des banques centrales, notamment celle de la Réserve fédérale américaine.

Au-delà des chiffres

Macroéconomie

Les indices des directeurs d’achat (PMI) montrent un fort rebond du secteur des services aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro, l’Europe du Sud étant en tête de cette reprise; aux Etats-Unis, les grands événements sportifs ont contribué à cette amélioration. Le moral des entreprises manufacturières s’est raffermi au Royaume-Uni et dans la zone euro (avec notamment un rebond en Allemagne), tandis que le PMI manufacturier américain a marqué une pause en raison d’un affaiblissement de la demande,même si l’indice est resté à un niveau élevé de 53,8.

La reprise de la confiance dans le secteur des services s’est accompagnée d’un regain de pressions sur les prix.

Au Royaume-Uni, l’inflation globale de juin a reculé à 2,6% en glissement annuel (y/y) sous l’effet de la baisse des coûts de l’énergie, et l’inflation sous-jacente (hors énergie et biens alimentaires) est restée inchangée, à 2,6%; le taux de chômage s’est stabilisé à 4,9%, tandis que la croissance des salaires s’est modérée à 4,3%; par ailleurs, la confiance des consommateurs s’est améliorée et les ventes au détail de juin ont progressé de 1,1% en glissement mensuel.

Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux inchangés, à 2,25%, ce qui a souligné les risques de montée de l’inflation et les risques de ralentissement de la croissance, les hausses des prix du pétrole pouvant se répercuter dans les mois à venir. Certains gouverneurs de la BCE évoquentdes hausses potentielles, ce qui maintient l’hypothèse d’une décision lors de la réunion de septembre, les résultats dépendant des données économiques.

Aux Etats-Unis, la publication phare de cette semaine est la première estimation du produit intérieur brut (PIB) du deuxième trimestre, lequel devrait dépasser 2,0%, après 2,1% au premier trimestre, porté par la consommation et l’investissement; les dépenses de consommation personnelles (PCE) sous-jacentes de juin devraient s’établir en dessous de 0,2% en glissement mensuel (m/m) et reculer légèrement à 3,3% en glissement annuel (y/y). Les indices de confiance du Conference Board et de l’université du Michigan devraient tous deux rester positifs.

Dans la zone euro, la confiance devrait rester globalement positive, et les données du PIB du deuxième trimestre devraient afficher une hausse d’environ 0,2% en glissement trimestriel (q/q); le chômage devrait se maintenir à 6,2%, et l’inflation totale de juillet devrait remonter à 2,9% en glissement annuel, l’inflation sous-jacente restant stable, à 2,4% en glissement annuel.

Les banques centrales sont au centre de l’attention cette semaine: la Réserve fédérale (Fed) devrait maintenir ses taux inchangés tout en conservant un ton «hawkish», la Banque du Japon (BoJ) est confrontée à une inflation persistante et à un yen plus faible, tandis que la Banque d’Angleterre (BoE) devrait faire preuve de patience dans un contexte de ralentissement de l’inflation et de modération des salaires.

Vues directionnelles 

Allocation d’actifs: vues stratégiques en juillet 2026

 

ACTIONS

Les marchés actions mondiaux ont enregistré des baisses modestes la semaine dernière (indice MSCI ACWI Performance totale: -0,3%), pénalisés par la faiblesse des marchés américains (S&P 500: -0,6%, Nasdaq: -2,1%), tandis que les autres grandes régions ont légèrement progressé (Europe: +0,5%, Japon: +0,7%, Marchés émergents: +0,5%).

Les inquiétudes concernant les performances potentielles des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, la forte hausse des cours du pétrole liée à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, ainsi que la légère remontée des taux à long terme reflétant la résurgence du risque d’inflation, sont autant de facteurs qui ont pesé sur le moral des investisseurs.

La pression s’est toutefois concentrée sur le groupe des «Magnificent 7» (-5,7% la semaine dernière). La décision d’Alphabet de relever ses prévisions de dépenses d’investissement pour 2026 à 195-205 milliards de dollars (contre 180-190 milliards de dollars auparavant) ainsi que son premier flux de trésorerie disponible négatif ont éclipsé l’accélération de la croissance du chiffre d’affaires du cloud (+82%, contre +63% au premier trimestre). Parallèlement, Tesla a subi sa plus forte chute jamais enregistrée le jour de la publication de ses résultats, à la suite d’un écart significatif par rapport aux prévisions de bénéfices. Ces deux rapports sont devenus le centre d’attention des investisseurs, qui se sont soudainement montrés moins disposés à financer les ambitions en matière d’IA sans une perspective plus claire sur les performances.

Ce climat d’aversion au risque a contrasté avec les fondamentaux globaux des entreprises: vendredi, 27% des sociétés du S&P 500 avaient publié leurs résultats du deuxième trimestre, et 86% d’entre elles avaient dépassé les prévisions de bénéfices. La croissance attendue des bénéfices pour le trimestre s’établit désormais à +37,9%, contre +24,8% il y a une semaine, environ 90% de cette hausse étant attribuée aux résultats d’Alphabet, qui a bénéficié d’importants gains latents sur ses titres de participation (BPA du deuxième trimestre: 9,11 dollars, contre 2,90 dollars attendus).

Hors Alphabet, la croissance des bénéfices continue d’évoluer dans la bonne direction, la croissance attendue des BPA au deuxième trimestre s’élevant désormais à +25,9%, contre +23,2% prévu fin juin. Au cours de la semaine à venir, 35% des sociétés de l’indice S&P 500 (177 entreprises) publieront leurs résultats, notamment les autres membres des «Magnificent 7»: Amazon, Apple, Meta et Microsoft. Même si nous estimons que nous n’en sommes encore qu’au début du cycle en ce qui concerne l’adoption et la généralisation de l’IA par les entreprises, les investisseurs se concentreront une nouvelle fois sur la capacité des «hyperscalers» à transformer leurs investissements massifs dans l’IA en performances supérieures, en plus des commentaires de la Fed sur la trajectoire future des taux d’intérêt.

OBLIGATIONS

Les rendements des marchés développés ont chuté tout au long de la semaine, alors que le conflit avec l’Iran s’intensifiait et que les prix de l’énergie grimpaient. Même si les spreads ont une nouvelle fois bien résisté, l’évolution des taux a suffi à effacer la performance enregistrée depuis le début de l’année (ytd) par les bons du Trésor et les titres «Investment-grade».

Les rendements des bons du Trésor ont atteint cette semaine leur plus haut depuis 18 mois: le rendement à 10 ans a clôturé jeudi au-dessus de 4,70% – son plus haut niveau depuis début 2025 – alors que les forces houtistes attaquaient deux pétroliers saoudiens en mer Rouge et que le brent dépassait brièvement les 100 dollars le baril. En Europe, les Bunds se sont mieux comportés – avec une hausse de seulement 4 à 5 points de base sur la semaine – tandis que les gilts se situaient entre les deux. Les taux se sont détendus vendredi à la suite d’informations selon lesquelles le Pakistan, avec le soutien de la Chine, tentait de relancer les négociations, avant de reculer davantage ce matin après un week-end sans attaques de part et d’autre et la poursuite de la médiation omanaise, ce qui laisse penser que les deux parties souhaitent revenir à l’accord de cessez-le-feu provisoire. Les pourparlers du week-end n’ont apporté aucun changement à la situation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, et le blocus naval des Etats-Unis reste pleinement en vigueur. Sur la semaine, les performances ont été négatives sur l’ensemble des classes d’actifs: les bons du Trésor américain ont affiché -0,4 %, les obligations «Investment-grade», à haut rendement («high yield») et les titres AT1 ont tous fini à -0,5%, et les marchés émergents ont enregistré -0,9% en raison d’une duration plus élevée. Depuis le début de l’année, les bons du Trésor et les obligations «Investment-grade» ont effacé leurs gains, tandis que les obligations à haut rendement («high yield»), les titres Additional Tier 1 (AT1) et les marchés émergents ont généré des rendements compris entre 1,7% et 1,9%.

Ce sont les spreads qui ont permis de limiter les dégâts. Les obligations «Investment-grade» ont terminé la semaine inchangées et restent aussi inchangées depuis le début de l’année. Les obligations HY, les AT1 et les marchés émergents ont cédé quelques points de base sur la semaine, bien que les AT1 et les marchés émergents affichent toujours des spreads plus serrés depuis le début de l’année, tandis que tous se situent à des niveaux proches de leurs plus bas niveaux depuis la crise financière mondiale.

La BCE a décidé à l’unanimité de maintenir ses taux à 2,25%, bien que Christine Lagarde ait confirmé que certains gouverneurs s’étaient demandé s’il fallait envisager une hausse et que l’impact inflationniste total du choc énergétique ne s’était pas encore pleinement fait sentir. Elle a estimé que les perspectives énergétiques, bien que volatiles, se situaient proches du scénario de référence des projections des services de la BCE de juin, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’un relèvement de 25 pb le 10 septembre. La Fed devrait maintenir ses taux inchangés mercredi, les marchés anticipant une probabilité d’environ 33% d’une hausse (déjà entièrement prise en compte pour septembre). Nous ne nous attendons pas à des indications prospectives significatives de la part du président Warsh, qui a limité ses commentaires à des observations générales. De plus, la dynamique au sein du comité suggère que le courant dominant fait preuve de patience, même s’il est possible que nous assistions à 1 ou 2 votes dissidents «hawkish» (contrairement à la décision unanime de juin). La BoE annoncera son taux directeur jeudi, parallèlement à la publication du rapport sur la politique monétaire, après avoir voté à 7 contre 2 en faveur du maintien des taux inchangés en juin.

Le segment des hyperscalers, encore jeune au sein du marché des obligations «Investment-grade», a suscité une attention considérable, mais pas pour les bonnes raisons. Les spreads au sein du segment IG ont bien démarré l’année, mais se sont depuis nettement élargis du fait d’une offre abondante et de besoins en dépenses d’investissement sans cesse croissants; ceux-ci ont ainsi transformé un groupe habitué à générer des flux de trésorerie disponibles significatifs en un groupe qui les consomme. Les hyperscalers affichent désormais un écart supérieur de 60% par rapport au reste du marché. La semaine dernière, Alphabet a justifié de nouvelles émissions, en relevant une nouvelle fois ses prévisions d’investissements et en affichant, au premier trimestre, un flux de trésorerie disponible négatif pour la première fois depuis son introduction en bourse en 2004. La demande des investisseurs s’est également affaiblie: l’opération en huit tranches d’Amazon, d’un montant de 25 milliards de dollars, réalisée début juillet, a reçu l’accueil le plus mitigé de toutes les émissions primaires d’hyperscalers depuis celle de Meta, d’un montant de 30 milliards de dollars, en octobre 2025. Du point de vue des émetteurs, on peut considérer qu’ils ont raison de ne pas se soucier outre mesure de l’impact de l’accélération de leurs émissions sur les spreads de taux. Pour la plupart d’entre eux, même après l’élargissement observé cette année, les spreads ne représentent que 20% du nouveau coupon, les 80% restants étant déterminés par les taux d’intérêt. Du côté positif, Alphabet a levé des fonds propres en juin, comme alternative au recours aux marchés obligataires, et Amazon a indiqué que l’opération de juillet le retirait du marché pour le reste de l’année.

FOREX ET MATIÈRES PREMIÈRES

La semaine dernière, le dollar américain s’est légèrement raffermi face à la plupart des devises du G10. Les gains du dollar ont été particulièrement marqués face aux devises des pays importateurs d’énergie (comme l’euro et le yen), ceci reflétant la hausse des prix de l’énergie. La réunion du FOMC prévue cette semaine devrait se solder par le maintien des taux à 3,75%; toutefois, le marché des swaps d’indice au jour le jour (OIS) anticipe une hausse des taux de 25 pb avec une probabilité d’environ 38%. Un écart de vote plus important que prévu pourrait amener les marchés à anticiper la prochaine hausse des taux de la Fed, ce qui entraînerait un raffermissement des rendements à court terme et, par conséquent, une appréciation du dollar américain. Jeudi, les données préliminaires du PIB du deuxième trimestre seront publiées, et le PIB réel devrait s’établir à 2,1% en rythme annualisé corrigé des variations saisonnières (SAAR), ce qui témoigne de la vigueur des dépenses de consommation et des niveaux élevés d’investissements liés à l’intelligence artificielle (IA). Dans l’ensemble, rien ne laisse présager un affaiblissement imminent du dollar américain à court terme.

La Banque d’Angleterre (BoE) tiendra cette semaine (jeudi) la réunion de son Comité de politique monétaire (MPC) et devrait maintenir ses taux inchangés, à 3,75%. Lors de la dernière réunion, le vote au sein du MPC s’était soldé par un résultat de 7 voix contre 2 en faveur du statu quo, et aucun changement n’est anticipé cette fois-ci. La BoE pourrait ralentir le rythme de son resserrement quantitatif (QT), ce qui serait logique compte tenu des pressions à la hausse qui pèsent actuellement sur les rendements. Cela n’aurait toutefois qu’un impact minime sur la livre sterling (GBP), mais le signal envoyé serait important. Dans l’ensemble, il y a peu de raisons de s’enthousiasmer pour la livre sterling (GBP), et les fourchettes étroites devraient se maintenir à court terme tant pour la paire EUR/GBP que pour la parité GBP/USD.

La Banque du Japon (BoJ) tiendra la réunion de son Comité de politique monétaire (MPC) vendredi et devrait laisser ses taux inchangés, à 1,00%. La BoJ devrait adopter une position légèrement plus restrictive afin d’atténuer la faiblesse du yen. Le JPY a continué de s’affaiblir la semaine dernière, sous l’effet de la hausse des rendements américains et des cours du pétrole. En l’absence d’intervention sur le marché des changes, aucun catalyseur susceptible de provoquer une appréciation immédiate du yen ne se profile à l’horizon.

L’euro sera au centre de l’attention avec la publication des données sur la croissance et l’inflation. L’événement majeur pour l’euro cette semaine sera la publication de l’indice des prix à la consommation (IPC; CPI)) et des chiffres du PIB pour juillet et le deuxième trimestre, respectivement. L’IPC devrait s’établir à 2,9% en glissement annuel (inflation globale) et à 2,4% en glissement annuel (sous-jacente), soit une évolution modeste par rapport aux chiffres de juin, ce qui reflète l’impact des prix de l’énergie. Ces chiffres CPI ne devraient pas modifier les anticipations concernant une hausse des taux de la BCE. Le PIB du deuxième trimestre devrait afficher un retour à la croissance d’environ 0,2% en glissement trimestriel et 0,5% en glissement annuel. Les données trimestrielles revêtent une plus grande importance, et les indices PMI de juillet se sont révélés meilleurs que prévu, ce qui confère une amélioration conjoncturelle aux données de croissance de la zone euro. En conséquence, les marchés devraient continuer à tabler sur une dernière hausse des taux de 25 pb lors de la réunion de la BCE en septembre, ce qui est déjà intégré dans les cours avec une probabilité de 90%. En conclusion, les marchés ayant déjà largement anticipé cette hausse, l’euro ne dispose que d’une marge de manoeuvre limitée pour progresser à court terme, et la monnaie unique devrait continuer à s’échanger dans la partie basse de ses fourchettes récentes.

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