Un partenariat réaliste plutôt qu'une option idéologique solitaire

Stephan Mumenthaler, Scienceindustries, Zurich

2 minutes de lecture

Les accords bilatéraux III diront si nous voulons façonner nos relations avec l'UE de manière durable ou si nous préférons faire cavalier seul sans plan précis.

La procédure de consultation sur le nouvel accord avec l'UE est en cours. Elle nous oblige, en tant que pays, à prendre une décision fondamentale. Dire «oui» ou «non» aux Bilatérales III est plus qu'un simple vote technique sur l'ouverture des marchés ou l'harmonisation juridique. C’est une décision stratégique pour notre avenir économique et notre capacité à relever conjointement les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés avec nos voisins.

Les sociétés modernes ne règlent plus ces problèmes de manière isolée, mais en collaborant. C'est cela aussi, la souveraineté: agir en pleine connaissance des enjeux plutôt que de s'isoler.

La clé de la capacité d'innovation

L'industrie chimique et pharmaceutique est un secteur hautement innovant et interconnecté à l'échelle mondiale. Elle est emblématique d'une économie suisse tributaire de l'ouverture des marchés, de relations fiables et d'un accès stabilisé aux programmes de coopération internationaux. Sans relations bien réglées avec l'UE, des avantages concurrentiels essentiels sont menacés, qu'il s'agisse de l'accès au marché, de la reconnaissance mutuelle des règles de conformité ou de la participation aux programmes de recherche européens.

La libre circulation des personnes est un élément primordial des relations bilatérales. Elle garantit aux entreprises un accès sans complications administratives à un personnel hautement qualifié, ce qui est un avantage décisif pour une économie du savoir comme la nôtre. 
Compte tenu de l'évolution démographique, de la pénurie croissante de main-d'œuvre qualifiée et de la chasse internationale aux talents, cette liberté continue de gagner en importance. Les secteurs à fort coefficient de recherche et de technologie, eux surtout, ont besoin d’un accès rapide et souple aux ressources humaines en Europe.

Sans ARM, pas d'accès au marché

L'accord de reconnaissance mutuelle (ARM) avec l'UE offre un autre outil indispensable à nos industries. Aucun de nos membres ne produit en Suisse uniquement pour le marché suisse – tous desservent a minima le marché européen, souvent même le marché mondial. 

Sans reconnaissance mutuelle des évaluations de conformité, il y aurait de multiples contrôles, des retards et des coûts supplémentaires considérables. S’en trouveraient principalement gênées les PME, qui ne peuvent pas se permettre une double certification. Pour beaucoup d’entre elles, la suppression de cette reconnaissance constitue non seulement un aléa réglementaire, mais aussi un risque existentiel.

Notre déclassement a servi de signal d'alarme

La coopération internationale en matière de recherche est un autre point clé. La Suisse compte parmi les pays les plus performants au monde en matière de recherche, mais sa force repose sur la coopération. L'expérience de l’exclusion temporaire d'Horizon Europe subie par notre pays a clairement mis en évidence toute la valeur de la coopération.

scienceindustries a commandé une étude qui montre combien notre déclassement en «pays tiers» a nui à la recherche suisse et à quel point, au contraire, une association à part entière est bénéfique. Notre pays dépend de ses échanges avec les plus brillants cerveaux européens, particulièrement dans le domaine des sciences de la vie, mais aussi pour la recherche quantique, les technologies climatiques et l'IA.

Un «non» n'est pas une solution

La compatibilité des nouveaux accords avec l'UE est parfois critiquée, au motif qu'ils seraient contraires aux principes helvétiques de la démocratie directe ou de l'autonomie. Mais pour le cas où nous ne parviendrions pas à trouver un accord, cette critique passe sous silence les enjeux réels: érosion progressive de l'accès au marché, insécurité juridique pour les entreprises et perte d'attractivité de la place économique suisse. Le «non» n'est pas une solution, encore moins un plan.

Il va de soi que les intérêts de la Suisse doivent être préservés, notamment en matière de protection des salaires ou de législation. C'est précisément l'objet de la consultation, lors de laquelle il s'agit de peser soigneusement le pour et le contre, de proposer des améliorations constructives et non de porter des jugements hâtifs ou de simplifier à outrance la réalité politique.

S’assurer une marge de manœuvre

La voie bilatérale a fait ses preuves. Elle est synonyme de coopération maîtrisée plutôt que d'adhésion, de participation plutôt que d'impuissance. Les accords bilatéraux III nous permettent de poursuivre dans cette voie, à la fois de manière autonome et dans un environnement européen stable.

L'économie soutient clairement cette voie, persuadée que la réussite économique, la sécurité de l'approvisionnement, la capacité d'innovation et la durabilité ne sont aujourd’hui possibles qu'en interaction avec des partenariats internationaux solides.

A lire aussi...