Depuis le 7 août 2025, les Etats-Unis imposent un droit de douane de 39% sur les importations en provenance de Suisse. C'est un coup dur pour la place économique suisse, très orientée vers l'international. La visite de la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter et du ministre de l'Economie Guy Parmelin n'y a rien changé.
Un désavantage concurrentiel considérable
Ces droits de douane injustifiés sont incompréhensibles sur le plan économique et constituent un désavantage concurrentiel considérable par rapport aux concurrents de l'UE (15%), du Royaume-Uni (10%) ou d'autres pays où les droits de douane sont nettement moins élevés.
Il est extrêmement regrettable qu'aucun accord visant à réduire les droits de douane n'ait pu être conclu à ce jour.
Combinée à la faiblesse actuelle du dollar, cette situation menace de paralyser les activités commerciales de nombreuses entreprises suisses aux Etats-Unis, à moins que le marché puisse être approvisionné par des sites de production locaux ou par des sites situés dans des pays où les droits de douane sont moins élevés. Il s'agit là d'un coup dur pour la place économique suisse.
Aucun fondement solide
Pour justifier ces droits de douane exorbitants, le président américain invoque le déficit commercial de 40 milliards de dollars. Or, le fait est que seul le commerce des biens affiche un excédent commercial (37,9 milliards de dollars en 2024). Si l'on examine le déficit de la balance commerciale des biens et des services, celui-ci est beaucoup plus faible, à 8,2 milliards de dollars. De plus, la Suisse ne prélève pas de droits de douane, il ne peut donc être question de réciprocité.
A cela s'ajoute le fait que les entreprises suisses investissent massivement chaque année sur le marché américain – plus de 358 milliards de dollars en 2024 – et y créent plus de 400’000 emplois hautement qualifiés. D'autres investissements se chiffrant en milliards sont prévus.
Une réponse claire s'impose désormais
Les Etats-Unis sont la première destination des exportations de l'industrie chimique et pharmaceutique suisse. En 2024, 94,2% des exportations de ce secteur vers les Etats-Unis concernaient des produits pharmaceutiques, des vitamines et des produits diagnostiques. Avec une part de 63,9% des exportations totales vers les Etats-Unis et de 42,9% des importations en provenance des Etats-Unis, ce secteur occupe la première place dans le commerce bilatéral de marchandises.
Il est extrêmement regrettable qu'aucun accord visant à réduire les droits de douane n'ait pu être conclu à ce jour. Le gouvernement suisse et la diplomatie économique sont désormais appelés à poursuivre avec détermination leurs efforts diplomatiques et à rechercher une solution équitable pour les deux économies. Un dialogue constructif avec Washington est indispensable pour limiter les dommages économiques des deux côtés.
Renforcer la place économique suisse
Indépendamment de l'évolution des relations avec les Etats-Unis, nous devons tout mettre en œuvre pour garantir la compétitivité de la place économique suisse. Cela signifie: pas de réglementations supplémentaires, pas de nouvelles taxes, pas de charges inutiles pour l'industrie orientée vers l'exportation. Les projets de loi susceptibles d'entraîner des coûts supplémentaires doivent être examinés de manière critique et, si nécessaire, adaptés. Parallèlement, des mesures d'allègement ciblées sont nécessaires pour soutenir nos entreprises, en particulier en cette période difficile.
Dans ce contexte, il convient également de mentionner la nécessité d’entretenir des relations ordonnées avec l’Europe. La consultation sur le nouvel accord avec l'UE est en cours et nous oblige, en tant que pays, à prendre une décision fondamentale: voulons-nous poursuivre la voie bilatérale ou faire cavalier seul, pour lequel il n'existe à ce jour aucune alternative réaliste?
Un «oui» ou un «non» aux accords bilatéraux III est plus qu'un simple vote technique sur l'ouverture des marchés ou l'harmonisation juridique. Il s'agit d'une décision stratégique pour notre avenir économique et pour notre capacité à relever les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés avec nos voisins.
Conclusion: les droits de douane prévus par les Etats-Unis sont un signal inquiétant. Il est donc d'autant plus important que la Suisse agisse désormais de manière unie et déterminée pour garantir une place économique forte, ouverte et viable à long terme.