Un coup de tonnerre révélateur
Lorsque la nouvelle est tombée de Washington le 26 septembre, annonçant que les États-Unis allaient imposer des droits de douane de 100 % sur les médicaments à partir du 1er octobre, l'incrédulité a régné. Cent pour cent: ce n'est pas une correction technique. Dans un secteur où la recherche et la production sont fortement interdépendantes à l'échelle mondiale, c'est un coup de tonnerre.
Depuis plus d'un quart de siècle, l'accord «Trade in Pharmaceutical Products» de l'OMC – mieux connu sous le nom d'«accord pharmaceutique» – est en vigueur: les médicaments et les principes actifs qui y sont inscrits sont, en principe, échangés en franchise de droits de douane. Cet accord a facilité le commerce et l’accès à ces produits entre les États participants, parmi lesquels figurent la Suisse et les États-Unis. L'annonce d'une barrière douanière a soudainement fait tomber l'un des piliers de cet ordre – et avec lui une partie de la confiance dans la prévisibilité de la politique internationale.
Quand la coopération devient un instrument de négociation
Des droits de douane d'un tel niveau dépassent largement la politique économique. Ils traduisent une nouvelle logique commerciale: la coopération devient un instrument de négociation, et les marchés ouverts l’exception plutôt que la règle. Pour l'industrie des sciences de la vie, si étroitement interconnectée à l’échelle mondiale, ce serait un changement de paradigme: hausse des prix, fragilisation des chaînes d'approvisionnement, menace sur la sécurité des traitements.
Ce qui a surtout inquiété, c’est le flou: aucun décret, aucune base juridique précise, aucune liste de produits concernés. Dans cette incertitude, les entreprises ont dû, en quelques heures, envisager différents scénarios: délocalisation de la production, hausses de prix, risques contractuels. L’épisode a mis en lumière à quel point même les systèmes les plus stables peuvent devenir vulnérables. Et combien il est difficile d’agir dans un monde où les règles, soudain, se renégocient.
Vivre avec l'incertitude – une leçon inconfortable
Six jours plus tard, le 2 octobre, le revirement est venu: les droits de douane n’entreront pas en vigueur, du moins pour l’instant. Un soulagement, oui, mais pas une raison de se réjouir. Car le sentiment demeure que le sol peut à tout moment se dérober. Cet épisode m’a rappelé à quel point il est difficile de vivre avec l’incertitude. Nous avons appris à calculer les risques, à vérifier les faits, à modéliser des scénarios. Mais comment gérer l’incertitude lorsque les règles elles-mêmes deviennent négociables ? Peut-être est-ce là la leçon la plus précieuse de ces jours incertains: à une époque où l’agitation prend souvent le pas sur l’analyse, il faut faire preuve de sang-froid et de sérénité. Nous ne devons pas nous laisser entraîner par la spéculation et le sensationnalisme, ni répondre aux gros titres par d'autres gros titres.
Ce qui dépend vraiment de nous
Car une chose reste claire: nous ne pouvons pas contrôler la politique commerciale des autres pays. Mais nous pouvons veiller à ce que la Suisse reste un site attractif, fiable et compétitif. Cela signifie: un approvisionnement énergétique sûr et abordable, une réglementation proportionnée, un environnement propice à l’innovation sans interdits technologiques – qu’il s’agisse du génie génétique, de l’intelligence artificielle ou de la recherche médicale –, un système de formation solide, et un engagement clair en faveur de l'ouverture des marchés.
L’épisode des droits de douane américains a été un signal d’alarme, non un séisme.
Il a montré que la puissance économique exige aussi de la résilience politique. Et que, dans un monde agité, la meilleure réponse est parfois la plus calme: une politique fondée sur la fiabilité, et une communication qui s’appuie sur les faits plutôt que sur l’émotion.