Variant Delta: pas de panique?

Bruno Cavalier, ODDO BHF AM

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Passer le pic de croissance et d’inflation, ce n’est pas retomber en récession.


© Keystone

Avec la hausse des contaminations au variant Delta, la crise sanitaire refait la une des journaux, revient au centre des préoccupations politiques et offre de bons prétextes pour rééquilibrer les portefeuilles. La reprise est-elle mise en danger pour autant? Non, dès lors que les vaccins sont efficaces contre les formes graves de la maladie car, alors, des restrictions semblables à celles ayant causé la récession de 2020 sont inutiles. Retour donc aux fondamentaux.

Ce qui détermine le cycle des affaires, c’est la disponibilité du crédit, la plus ou moins grande vigueur du revenu disponible et le degré de stimulation des politiques économiques. A ce jour, le crédit n’est pas rationné, les réserves d’épargne sont pléthoriques, les taux de financement sont bas, la liquidité est abondante. Sans doute, les mesures de soutien mises en place l’an dernier auront à être stoppées ou redimensionnées, mais les responsables des politique monétaire et budgétaire ne penchent pas pour un ajustement rapide et brutal. Le policy-mix va rester expansionniste à l’horizon visible.

La BCE doit préparer la transition consistant à réactiver le programme antérieur, l’APP, qui ne joue plus qu’un rôle marginal pour influencer les taux.

Il est rare d’entamer une reprise avec autant de facteurs positifs, mais, répondra le sceptique, les tensions inflationnistes risquent d’annihiler ces bienfaits puisque les ménages perdent du pouvoir d’achat, les entreprises ont leur marge sous pression, la crédibilité des banques centrales est ébranlée. Encore faudrait-il que ce sursaut de l’inflation, surtout massif aux Etats-Unis, ait un caractère structurel. On a des raisons d’en douter.

Une nouvelle «forward guidance» en débat à la BCE

Il y a quelques jours, le Conseil des Gouverneurs a adopté à l’unanimité une nouvelle définition de sa cible d’inflation (2%, symétrique, avec une possibilité de dépassement ponctuelle) et affirmé la nécessité d’une réponse monétaire «énergique ou persistante» pour l’atteindre. En plus des taux directeurs, la BCE reconnait que le QE, les LTRO et la «forward guidance» sont des outils standards de politique monétaire.

Sur la décennie écoulée, l’inflation en zone euro a presque toujours été inférieure à la cible. En suivant sa nouvelle stratégie, la BCE devrait modifier sa communication concernant sa politique monétaire future. Le minimum est d’exclure une normalisation préventive, qu’il s’agisse d’une remontée des taux d’intérêt (erreur faite en 2011) ou d’un arrêt soudain des achats d’actifs. La pandémie a conduit la BCE à se doter d’un nouveau programme de QE, le PEPP, qui est censé finir en mars 2022. A l’approche de cette échéance, la BCE doit préparer la transition consistant à réactiver le programme antérieur, l’APP, qui ne joue plus actuellement qu’un rôle marginal pour influencer les taux (voir graphique ci-dessous).

Sources: BCE, Oddo Bhf Securities

Les achats d’actifs peuvent être un motif de dissension car une petite minorité du Conseil y est par principe assez hostile, même si elle en admet l’utilisation en cas de crise. Dans les prochains mois, Christine Lagarde aura peut-être du mal à concilier deux priorités: garder une politique monétaire souple et ne pas susciter de vives critiques en Allemagne.

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