En bourse, les stratégistes intègrent les facteurs géopolitiques au sein des nombreux risques qui pourraient peer sur les marchés. Leur description est pourtant si vague qu’il devient une sorte de de mot-valise pour décrire l’incertitude. Les recherches menées par les économistes tentent de mieux appréhender ces facteurs et d’en définir leur impact. Quelles sont leurs conclusions?
Sur le plan boursier, des événements géopolitiques majeurs se traduisent par un recul mensuel moyen de 1% pour les actions, et même de 2,5% pour les marchés émergents, selon le Global Financial Stability Report établi par le FMI, en avril dernier. La baisse grimpe à 5% en cas de conflit militaires. Dans les obligations souveraines, il en résulte une hausse de 30 points de base de la prime de risque, et de 45 points de base dans les pays émergents.
Un langage de plus en plus guerrier
L’analyse géopolitique est d’autant plus compliquée que le sens des mots est souvent dévoyé. La tendance est à la dramatisation des événements, à l’emploi excessif du langage guerrier. On est pourtant très éloigné du domaine militaire lorsque Donald Trump a par exemple imposé des droits de douane sur les armoires de cuisine et les lavabos au nom de la sécurité nationale, note Christopher Coyne pour le blog Law and Liberty. Cette forme extensive du concept de sécrurité nationale a été mise en place par les Etats-Unis après la Deuxième Guerre, explique Andrew Preston dans son ouvrage «Total Defense». Cette «économie de guerre permanente» a ensuite trouvé sa justification durant les années de «guerre froide».
Aujourd’hui, la violence est fréquente, comme le démontre à l’envi Alain Bauer dans «Au commencement était la guerre», mais le langage guerrier est parfois abusif, par exemple à travers des formules telles que «guerre commerciale» ou de «guerre contre un virus». Ce climat n’épargne pas la litttérature. Est-ce un hasard si Laszlo Krasznahorkai est le lauréat du prix Nobel de littérature 2025, lui qui nous plonge dans un univers de violence avec son ouvrage « Guerre & guerre».
«Sur le plan boursier, des événements géopolitiques majeurs se traduisent par un recul mensuel moyen de 1% pour les actions».
Des effets allant de +30 à -35%
Les facteurs géopolitiques produisent des effets macroéconomiques majeurs, allant de +30 à à -35% selon les pays, indique «The Geopolitical Determinants of Economic Growth,1960-2019», une étude de Tianyu Fan, de l’Université de Harvard, récemmentcitée sur le blog de Tyler Cowen, marginal Revolution. Il en ressort qu’une amélioration significative des relations géopolitiques améliore le PIB par habitant de 10% après 15 ans.
L’étude se penche sur 196 pays et analyse 440'000 événements à l’aune des grands modèles de langage (LLM), issus de l’intelligence artificielle. Ces «événements» sont classés selon leur timing et leur intensité afin de déterminer leur score. Les gains géopolitiques résultent d’une plus gande stabilité politique, d’une augmentation de l’investissement, de la croissance du commerce et des gains de productivité: Les auteurs montrent que les années 1990-2000, celles de la globalisation, ont produit des effets positifs. En revanche, celle de la fragmentation de l’économie mondiale, après 2010, a, pour la première fois, conduit, en moyenne, à une contribution géopolitique négative.
Il est vrai que les conflits armés sont plus nombreux, que les budgets militaires s’accroissent significativement, et que de nouveaux foyers menacent. Signe des temps, l’institut Cato prie par exemple Donald Trump de ne pas aller se battre au Venezuela. L’administration américaine a en effet envoyé une unité marine dans la région et ordonné à l'USS Gerald Ford et à son groupe aéronaval de se rendre dans les Caraïbes.
L’effet des conflits sur le PIB
L’évaluation des effets macroéconomiques des conflits eux-mêmes sont eux-mêmes l’objet de nouveaux travaux. Le Centre for Economic Policy Research (CEPR) publie par exemple une étude portant sur les effets macroéconomiques de 115 conflits ayant touché 145 pays au cours des 75 dernières années.
L’originalité de ce travail se situe dans la qualité des données utilisées par les auteurs. Efraim Benmelech et Joao Monteiro révèlent un effet négatif moyen sur le PIB de 12% sur 10 ans et une perte moyenne de PIB de 28 milliards de dollars. L’impact est initialement asez modeste (3%) mais s’agrave par la suite pour toutes les composantes du PIB.
Ils montrent qu’un conflit conduit à une destruction du stock de capital. Par conséquent, on pourrait s'attendre à ce que les investissements rebondissent ensuite en raison de la productivité marginale plus élevée du capital. Au contraire, l’investissement direct chute de 13% et le crédit domestique de 20%. «Nous interprétons cela comme une preuve que la guerre érode les valeurs collatérales et limite les emprunts, en particulier dans les économies à faible revenu dont les marchés financiers sont peu développés», expliquent-ils.
Le conflit en Ukraine est sans doute le plus analysé en ce moment. Yuriy Gorodnichenko et Vittal Vasudevan (voxEU) ont révélé que l'invasion de ce pays par la Russie pourrait coûter environ 2400 milliards de dollars américains et entraîner des pertes de production permanentes d'au moins 15 % dans les pays belligérants (Gorodnichenko et Vasudevan 2025). Une autre étude (Federle et al. 2024a) évalue le recul du PIB de plus de 30 % en cinq ans pour les conflits majeurs (VoxEU, 2024).
Pour les établissements financiers, comme pour les investisseurs d’ailleurs, la meilleure protection contre les risques géopolitiques se situe dans un renforcement des fonds propres et la prise en compte des considérations de liquidité.