L’Italie est dans une meilleure situation que les Etats-Unis

Emmanuel Garessus

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L’emploi de critères plus économiques que les niveaux d'endettement «officiels» révèle les difficultés qui attendent les Etats-Unis.

 

La valse des abaissements de notations se poursuit avec la dégradation de la dette française par Standard & Poor’s (simple A). S&P juge encore la dette française plus sûre que celle de l’Italie (BBB+), mais les marchés ne partagent pas cette analyse puisque le rendement des obligations italiennes à 10 ans est inférieure à celui de la France. Même si la dette publique italienne par rapport au PIB dépasse celui qu’avait connu la Grèce à la veille de sa crise, sa situation financière est nettement préférable à celle des Etats-Unis, selon une étude originale menée par le célèbre économiste Laurence Kotlikoff ainsi que Emanuele Dicarlo, Maura Marè et Marco Olivari (NBER WP. 34340, octobre 2025). 

Les auteurs emploient d’autres critères que la dette par rapport au PIB et montrent l’aspect aléatoire des déficits «officiels». Ce «sont des constructions linguistiques, et non des mesures d'un concept économique bien défini. En effet, ils ne sont pas mieux définis par l'économie que le temps absolu et la distance absolue ne le sont par la physique.» Ils critiquent notamment l’arbitraire, sur le plan économique, consistant à introduire certaines dépenses au bilan et d’autres non. La probabilité d’un paiement n’est pas fonction du qualificatif «officiel». Quelle est donc la situation réelle de l’Italie et des Etats-Unis?

«Les auteurs emploient d’autres critères que la dette par rapport au PIB et montrent l’aspect aléatoire des déficits «officiels».

Des critères plus économiques

Dans «Measuring What Matters: Why Italy might be in a better fiscal shape than the US», les auteurs se penchent sur ce qu’ils nomment le «Fiscal Gap Accounting» (FGA) et le «comptabilité générationnelle» (GA). Le «fiscal gap» est une mesure de l’ensemble de l’endettement et des recettes. Il mesure «la part constante du PIB annuel qui est nécessaire pour équlibrer le budget» et il est le double de celui de l’Italie. 
Deuxièmemement, pour éliminer ce «fiscal gap», selon les auteurs, les baisses de dépenses, ou les hausses de recettes, devraient être trois fois plus grandes aux Etats-Unis qu’en Italie. Troisièmement, aucun des deux pays ne peut laisser le fardeau fiscal aux générations futures sous peine de les obliger à introduire des taux d’imposition confiscatoires. Selon l’étude, il apparaît que l’écart fiscal italien est de 2,34 trillions de dollars, ce qui est inférieur au montant officiel de 2,74 trillions de dollars. A l’inverse, aux Etats-Unis le montant est supérieur au chiffre officiel.

Le GA calcule ce que les générations futures devront payer en impôts nets au cours de leur vie si les générations actuelles ne paient rien de plus, en termes nets, que ce qu'exige la politique actuelle». A l’aide de ces critères, la situation de l’Italie est bien meilleure que celle des Etats-Unis peu importe le taux d’escompte qui est utilisé.

Un changement d’opinion majeur

Cette étude prend le contre-pied d’une opinion très répandue. A propos d’une possible crise de la dette en Europe, l’économiste Dan Mitchell écrivait récemment: «J’ai pensé que l’Italie serait le premier domino à tomber. Mais au vu de la dégradation de la politique budgétaire de pays tels que la France et le Royaume Uni, je ne suis plus aussi sûr que l’Italie sera le premier». L’économiste se fonde surtout sur ce qu’il nomme le «20ème théorème du gouvernement», lequel stipule que la cause d’une détérioration du budget est toujours liée à une croissance excessive des dépenses publiques et qu’une amélioration provient toujours d’une restriction des dépenses publiques. 

Effectivement, sous l’influence de Giorgia Meloni, l’Italie a réduit l’augmentation du poids de l’Etat. En 2020, la part des dépenses publiques au PIB a atteint un record de 56,8% avant d’entamer une saine réduction à 50,6% en 2024. L’amélioration est en partie venue d’une réforme des retraites dans un pays dont les perspectives démographiques sont parmi les plus inquiétantes du continent. 

Mais Giorgia Meloni semble aujourd’hui revenir en partie sur certains points de sa réforme à l’approche des élections. Avec son projet de budget 2026, le gouvernement entend financer une baisse de l’impôt sur le revenu par des taxes sur les profits des banques. Et le niveau du forfait fiscal sur les revenus étrangers, qui a contribué à attirer de nombreuses personnes fortunées en Italie, est en train d’être revu à la hausse pour se monter non plus à 200'000 mais à 300'000 euros.  

Globalement, la tendance est de plus en plus inquiétante. Le FMI, dans son «Fiscal Monitor», vient de prévoir que la dette publique globale représentera plus de 100% du PIB en 2019, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 1948 à un moment où le monde devait financer ses efforts de reconstruction. Non seulement l’étendue de la dette inquiète, mais son coût s’accroît avec la hausse des taux longs.

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