La Suisse au 4e rang de la compétitivité fiscale

Emmanuel Garessus

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Une fiscalité modérée, selon la Tax Foundation, permet à la Suisse notamment d’éviter les fuites de talents et d’investissements.

 

L’évolution de la fiscalité est au centre des décisions d’investissements et de carrière. Le classement 2025 établi par la Tax Foundation est suivi d’autant plus près. Il met en lumière non seulement les gagnants et les perdants mais aussi les dernières tendances fiscales. Il place la Suisse au 4e rang international au pied d’un podium mené par l’Estonie, la Lettonie et la Nouvelle-Zélande. Quels facteurs conduisent à ce classement? Quels enseignements en tirer?

La position de la Suisse est le fruit d’une situation de leader en matière de fiscalité transfrontalière et sa 2e place en matière d’impôt sur la consommation. Mais elle n’est que 36e sur 38 pour sa charge fiscale sur l’immobilier, 10e sur les entreprises et 8e sur les individus.  Comme chacun le sait, pour mieux apprécier les différences de taux d’imposition en Suisse, le regard doit porter sur les cantons. Comme l’a par exemple montré une étude de PwC, pour les entreprises, les taux d’imposition de Zoug et Lucerne sont les plus bas et Zurich et Berne les plus élevés.

L’Estonie est le pays le plus compétitif de l’OCDE et occupe le premier rang de la Tax Foundation. Elle a l’avantage d’un impôt de 20% sur les entreprises qui ne s’applique qu’aux bénéfices distribués, à un impôt de 20% sur les revenus des ménages qui ne touche pas les revenus des dividendes, à un impôt immobilier qui ne concerne que le terrain et à une exemption de 100% sur les bénéfices étrangers des sociétés locales.

Si les Etats-Unis sont en milieu de classement (15e), la France perd deux rangs et occupe la dernière place. Et cela avant les discussions sur un budget 2026 qui devrait produire un nouveau choc financier sur le pays et qui fait dire à l’essayiste Nicolas Baverez, dans Le Figaro, que la France introduit le concept de «destruction destructrice». L’Italie est avant-dernière (et même dernière en termes de fiscalité sur la fortune) mais elle gagne donc un rang.

«En 50 ans, la charge fiscale s’est accrue de 15 points de PIB à 45% en Europe».

Fiscalité et quête de talents

La fiscalité est un thème rarement en bonne place dans les priorités des médias. Pourtant elle détermine souvent les décisions d’investissement et les choix de carrière, donc les perspectives d’emplois à moyen terme. 

Cette influence sur la concurrence pour les talents est mise en lumière par une étude Syntec/Ipsos BVA, auprès de 1008 personnes. Elle révèle que près de 15.000 jeunes diplômés issus des écoles françaises d’ingénieurs et de management choisissent de commencer leur carrière à l’étranger, selon cette étude reprise par Le Figaro. Le président de Syntec pointe du doigt «la forte fiscalité et la faible rémunération» comme incitation à l’expatriation: Les destinations privilégiées par ces talents sont le Canada (29%), la Suisse (22%), les États-Unis (17%) et l’Allemagne (16%).  L’Institut Mises, qui fait le parallèle historique avec le départ de quelque 20 000 Huguenots en Suisse, parle de «l’avenir perdu de l’Europe». Il rappelle que «lorsqu'un pays perd des individus industrieux, il perd non seulement son capital humain actuel, mais aussi sa capacité à en créer davantage.»

Ce jugement ne vaut pas pour tous les pays d’Europe. Si l’Allemagne n’est que 20e du classement de la Tax Foundation (et gagne une place par rapport à 2024), son nouveau gouvernement prend des mesures qui devraient conduire à une amélioration. Selon Marius Drozdzewski, de l’Institut Prométhée, «la réduction prévue de cinq points de pourcentage de la charge fiscale combinée des entreprises, y compris la suppression envisagée du «Unternehmenssoli» (impôt de solidarité pour les entreprises), ferait passer l’Allemagne de la 20e à la 14e place dans l'indice global et de la 30e à la 12e place dans la catégorie des impôts sur les sociétés.

Les patrimoines sont davantage visés

Mais d’autres tendances sont plus inquiétantes. Sous la pression de la gauche, la fiscalité du patrimoine est revue à la hausse. La menace frappe la France, mais elle n’épargne pas la Suisse avec l’initiative des Jeunesses Socialistes qui veut introduit un droit de succession de 50% à partir de 50 millions. Pourtant «les produits du patrimoine paient 4 fois plus d’impôts que les produits d’activité et de remplacement», selon une étude de l’IREF sur la France, effectuée elle aussi avant le budget 2026. Afin d’accroître les recettes, des principes de base sont bafoués. Les assurances sociales devraient par exemple être financés par les cotisations de ceux qui en bénéficient. Mais en France un tiers le sont par l’Etat, donc par l’impôt. Et les revenus du patrimoine y participent grandement (CSG de 9,5% et RDS de 0,5%).

Il est parfois surprenant de lire les leçons tirées des classements de compétitivité. L’Institut Brookings vient par exemple, en réponse à la dangereuse augmentation de la dette publique américaine, de recommander au gouvernement américain de suivre l’approche européennes, c’est-à-dire de rééquilibrer les comptes avant tout à travers une augmentation de la charge fiscale et non pas grâce à des mesures d’économie. Dan Mitchell, sur son blog International Liberty, rappelle que depuis des décennies la stratégie européenne, qui consiste à augmenter la charge fiscale plutôt qu’à réduire les dépenses, n’a conduit qu’à une augmentation de la dette et à un appauvrissement relatif. En 50 ans, la charge fiscale s’est accrue de 15 points de PIB à 45% en Europe et le niveau de vie est maintenant nettement inférieur à celui des Etats-Unis.

Cette augmentation de la fiscalité dans la plupart des pays européens résulte de la volonté redistributrice des gouvernements, selon Philippe Nemo, auteur de «Philosophie de l’impôt», dans une interview au Figaro. Sa conclusion est limpide: «Comme il ne s’agit plus de financer des services publics ayant un coût déterminé, il n’y a d’autre limite que l’égalité absolue des revenus et des patrimoines. Les taux de prélèvements ne dépendent plus d’un principe lisible, mais seulement des rapports de force politiques du moment». Or si l’Europe veut relancer sa croissance et sa productivité, elle doit d’abord redonner le goût du risque et non pas freiner les initiatives.

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