Les Etats-Unis reprennent le modèle chinois

Emmanuel Garessus

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Les Etats-Unis sont de plus en plus interventionnistes sur le plan économique. Les politiques industrielles n’ont pourtant jamais fonctionné.

 

La politique industrielle des Etats-Unis se met à copier celle de la Chine ou, pour reprendre une étude de David R. Henderson sur le blog de l’Institut Hoover: «Les idées chinoises conquièrent les Etats-Unis». Le gouvernement chinois est durant la majeure partie du siècle dernier, notamment avec Mao, massivement intervenu dans l’économie, pour le plus grand malheur de sa population. Encore aujourd’hui, le gouvernement chinois conserve une emprise considérable dans la vie économique. L’image employée par Henderson fait le parallèle avec la politique américaine de la fin du XIXe siècle: En 1898, le gouvernement américain avait attaqué les forces espagnoles à Cuba et aux Philippines. Cette politique d’expansion, inspirée par les conquêtes espagnoles, avait amené le sociologue William Graham Sumner à parler d’une «conquête des Etats-Unis par l’Espagne». Aujourd’hui, l’interventionnisme américain peut-il réussir?

Les mesures antilibérales se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Qu’il suffise d’évoquer l’autorisation d’un rachat d’US Steel par Nippon Steel à la condition d’introduire une «golden Share» pour le gouvernement américain, de la prise de participation américaine de 9,9% dans le groupe de semi-conducteurs Intel, d’une participation dans les revenus des ventes de Nvidia en Chine.

Lors de l’«accord» commercial américain avec le Japon, le 8 juillet dernier, Howard Lutnick, le Secrétaire américain au commerce, a déclaré que non seulement le Japon paierait 15% de tarifs, mais aussi qu’il investirait «550 milliards de dollars à la discrétion de Donald Trump, à la discrétion du peuple américain, pour construire aux Etats-Unis ce que Donald Trump aimerait construire». Comme le souligne David Henderson, avec de tels propos et de tels accords, on s’éloigne considérablement de la liberté économique qui a conduit à la prospérité des Etats-Unis. En désignant lui-même les gagnants et les perdants, Donald Trump prend un risque considérable.

«Il existe une dispersion inégale du savoir et par conséquent une supériorité des décisions d'acteurs avec une connaissance locale».

La chute des Etats-Unis

Les Etats-Unis sont passés à une forme de capitalisme que l’institut Mises appelle le «Command Capitalism». Il n’est pas complètement nouveau. Sous la bouche de Donald Trump, ce capitalisme d’Etat s’appelle «America First». Précédemment, à l’époque des gouvernements démocrates, il avait pris le nom de politique climatique, de renouveau industriel et d’équité sociale, observe Brayden Myers, pour l’institut Mises. 

Le résultat est implacable: selon le classement 2025 de la liberté économique dans le monde, publié par les instituts Fraser et Cato, et en Suisse par l’Institut libéral, les Etats-Unis passent du 5e au 10e rang en termes de liberté économique. 

Les premiers du classement sont Hong Kong, Singapour, la Nouvelle Zélande et la Suisse. L’Allemagne est 15e et la France 44e. La Chine n’est que 108e sur 165. 

Les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets si bien que la progression du revenu devrait se tasser aux Etats-Unis.

Le déclin est particulièrement manifeste en termes de liberté des échanges. Les Etats-Unis passent ici du 56e au 76e rang en 2025, après la prise en compte des droits de douane de ce printemps. Ce critère porte non seulement sur les droits de douane, mais aussi les obstacles réglementaires aux échanges, les restrictions aux mouvements de capitaux et de personnes, le marché des changes. Les Etats-Unis de Donald Trump ont clairement tourné le dos au libéralisme et à la liberté économique dont ils ont longtemps été le fer de lance.

«Les Etats-Unis passent du 5e au 10e rang en termes de liberté économique».

Un virage historique

Dans son commentaire au rapport 2025 sur l’indice de liberté, le rapport de l’institut Cato note que généralement les pays avec les droits de douane les plus élevés sont des pays à bas revenu et les pays à faibles droits de douane des pays à haut revenu (comme Hong Kong et Singapour). Après un siècle de prospérité fondée sur l’augmentation des libertés économiques, le revenu médian des Américains est neuf fois plus élevé que la moyenne mondiale. Les Etats-Unis, avec 4% de la population mondiale, représentent 26% du PIB mondial. Il est donc dangereux d’abandonner une voie qui a mené au succès.

L’héritage philosophique libéral est rejeté par le gouvernement conservateur américain. La raison des méfaits de l’interventionnisme dans la vie économique est à lire dans les travaux de Friedrich Hayek. Il existe une dispersion inégale du savoir et par conséquent une supériorité des décisions d'acteurs avec une connaissance locale spécialisée sur celles d'une autorité centrale en publiant l’«utilisation de la connaissance dans la société» (1945). Cet avantage structurel du marché sur un pouvoir central désirant planifier la société est bafoué par le conservatisme américain.

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