Espérer le meilleur et se préparer au pire

François Savary, Prime Partners

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Pas si simple lorsque le meilleur n’est pas très engageant.

On dit du rallye sur les actions en 2019 qu’il est l’un des plus mal aimés de l’histoire. Cette caractérisation n’est pas saugrenue si l’on songe à la difficulté des investisseurs à y participer. A cet égard, il suffit de se remémorer le pessimisme ambiant qui régnait en fin d’année dernière sur le devenir des bourses, pour corroborer le constat susmentionné.

En fin de compte, nous voilà avec des bourses internationales qui affichent d’excellentes performances même si le mouvement n’a pas été sans à-coups au cours des derniers trimestres.

D’une manière plus générale, les comptes ont progressé de manière très satisfaisante, malgré le scepticisme des investisseurs à l’égard des bourses. Ne faut-il pas déceler un paradoxe derrière cette dernière évolution? Les opérateurs auraient-ils caché leur jeu. En d’autres termes, les affirmations de réserve à l’égard des actifs risqués n’auraient-elles pas été suivies de faits dans les allocations d’actifs? C’est possible mais peu probable.

Tout comme en 2011-2012 et en 2015-2016, le cycle mondial serait
en passe de connaître un nouvel atterrissage en douceur.

En fait, la communauté financière aura été sauvée par le fait que la très grande majorité des actifs financiers a fort bien performé depuis le début de l’année. Le retour sur le devant de la scène des banquiers centraux, qui ont mis un terme au processus de normalisation de leur politique monétaire, n’est pas étranger à ce phénomène. On peut donc se réjouir des bons rendements dégagés par les portefeuilles mais il faut aussi avoir la vraie humilité de reconnaître que les grands argentiers nous ont bien aidé pour contrer les effets d’une «lourde erreur» d’appréciation d’une grande partie de la communauté financière sur l’avenir des actions lors des projections de fin 2018.

Il ne faut pourtant pas se leurrer, les rallyes de liquidités ont des caractéristiques dangereuses, surtout lorsque ceux-ci se produisent dans des phases de décélération de la croissance des bénéfices comme cela a été le cas au cours des derniers trimestres. En outre, l’expansion des multiples à laquelle nous avons assisté depuis la consolidation du mois d’août peut légitimement susciter un certain inconfort, alors qu’il est temps de construire les portefeuilles pour l’année 2020. De la même manière, voir les investisseurs réduire sensiblement leur cash au profit des actions, comme cela ressort du récent sondage mensuel de Bank of America Merryll Lynch, n’est pas non plus de nature à susciter le plus grand enthousiasme. Cet engouement pour les actions n’est-il par un peu tardif, au regard de la phase du cycle dans laquelle nous sommes? On pourra toujours rétorquer que la prime de risque des actions est si élevée qu’il est toujours justifié de s’engouffrer sur les bourses. L’argument peut être légitimement entendu et entré dans l’appréciation du biais à adopter sur les marchés actions pour l’an prochain.

Des signes apparaissent qui semblent indiquer que la conjoncture mondiale se stabilise. Tout comme en 2011-2012 et en 2015-2016, le cycle mondial serait en passe de connaître un nouvel atterrissage en douceur. Cette hypothèse, qui nous convainc, reste toutefois tributaire d’un accord commercial sino-américain d’une part et elle reste la meilleure que l’on puisse espérer de l’autre. En d’autres termes, il n’y a qu’une faible probabilité que la conjoncture connaisse une accélération forte en 2020.

Il est difficile de construire des portefeuilles robustes
fondé sur un processus d’allocation d’actifs.

Les perspectives de croissance bénéficiaire doivent donc demeurer raisonnable, bien en-deçà de ce que le consensus intègre à l’heure actuelle. Et encore, celles-ci ne se réaliseront qu’en cas de confirmation que la croissance mondiale est en mesure de mettre un terme à la décélération des derniers trimestres, ce qui ne sera pas sans conséquences sur le niveau des rendements obligataires, qui demeurent excessivement bas dans un contexte global où les craintes (excessives) de déflation abondent.

Même si l’on fait abstraction des risques géopolitiques qui abondent et qui demeurent difficilement prévisibles, il est difficile de construire des portefeuilles robustes fondé sur un processus d’allocation d’actifs. L’option du cash est sans aucun intérêt, celle des obligations comporte un risque important de se «brûler les ailes» et celle des actions donne un peu l’impression d’arriver comme la grêle après les vendanges.

2020 se profile comme une année compliquée, ce qui ne veut pas dire mauvaise! Il ne faut néanmoins pas se voiler la face, l’environnement est propice à une détérioration du profil performance/volatilité des actifs financiers et les rendements totaux que l’on peut espérer d’une allocation diversifiée ont peu de chances d’égaler ceux de 2019. Une configuration qui a de quoi susciter un légitime inconfort et nous pousser à résister à la «vague» d’addiction pour le risque que les investisseurs sont prêts à assumer au regard du sondage susmentionné?

A l’image des attentes erronées de la fin 2018, il faut savoir (parfois) résister aux opinions dominantes! Espérer le meilleur tout en se préparant au pire est peut-être la meilleure attitude pour construire son portefeuille pour 2020. Le problème c’est que même le meilleur ne semble pas en mesure de fournir des rendements aussi élevés qu’en 2019 et qu’il y a fort à parier que la volatilité ne restera pas aussi faible que récemment. Des perspectives qui vont exiger une bonne dose de courage, de la flexibilité et surtout une capacité de séparer les regains temporaires de la volatilité d’un changement fondamental (éventuel) de circonstances. Un défi qu’il n’est jamais simple à relever!