Gonet: l'actualité des marchés au 7 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,18%, S&P 500 +0,73%, Nasdaq +1,21%, Russell -0,20%, SOX -0,20%, Eurostoxx +0,26%, SMI -0,87%.


Et voilà, nous y sommes, les droits de douanes dits «réciproques» du président des Etats-Unis sont entrés en vigueur ce matin à 6 heures (CET). Parmi les droits de douane les plus élevés, on trouve ceux de la Syrie (41%), du Laos et de la Birmanie (40%), tandis que la Suisse, après avoir échoué dans sa tentative de dernière minute pour conclure un accord, est confrontée à des droits de douane de 39%. Par ailleurs, le Brésil et l'Inde sont désormais tous deux soumis à des droits de douane de 50%. Si les droits de douane du Brésil semblent déjà être entrés en vigueur, ceux de l'Inde s'élèvent pour l'instant à 25% et passeront à 50% dans le courant du mois, selon un décret signé hier. Le grand blond énervé précise que ses droits de douane sur l'Inde sont liés à ses achats actuels de pétrole russe.

Avant d’aborder le marché, le moment est peut-être venu de regarder un peu en arrière, il s’en est passé tant de choses depuis le 20 janvier. Depuis cette date les investisseurs ont été pris de court par le rythme soutenu des annonces politiques du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Six mois plus tard, il semble plus en forme que jamais. Ses revirements fréquents créent un environnement volatil. Les investisseurs doivent s’adapter, ils semblent désormais y être parvenus et se concentrent dans leur majorité sur les fondamentaux économiques plutôt que sur le bruit provoqué par les volte-face politiques de qui vous savez. Les conditions macroéconomiques sont plutôt stables, les récentes statistiques ont montré que le marché américain de l’emploi semble ralentir, que la stagflation reste un risque mais, globalement, la perception générale semble être que l’économie des Etats-Unis est en mode «boucles d’or», ni trop chaude ni trop froide, un environnement que les actions apprécient grandement. 

Les droits de douane américains, estimés entre 15% et 18%, visent à financer les baisses d’impôts promises par le président américain, mais risquent d’alimenter l’inflation aux États-Unis à terme et la déflation ailleurs, notamment en Europe. La réindustrialisation du pays prendra du temps, faute de compétences disponibles. Le budget adopté début juillet pourrait stimuler temporairement l’économie, tout en creusant le déficit et en augmentant le plafond de la dette. Parallèlement, l’intérêt des investisseurs étrangers pour les actifs américains diminue, en raison des inquiétudes liées au déficit et à la faiblesse du dollar. La Fed reste prudente, mais les marchés anticipent une reprise des baisses de taux dès septembre, surtout après le rapport sur l’emploi du 1er août. Enfin, le dollar, affaibli, n’a pas servi de valeur refuge face aux tensions au Moyen-Orient, ce qui pourrait favoriser les exportations, à condition d’un rétablissement de la crédibilité budgétaire et économique.

Ce matin on apprend que ce sont désormais les puces livrées aux Etats-Unis qui pourraient être taxées à hauteur de 100%, sauf pour les firmes qui déplacent leur production aux USA. 

Et la bourse dans tout ça? Figurez-vous que le joyeux royaume des actions vous salue bien, il semble se ficher de tout cela comme de sa dernière chemise. Même le marché suisse ouvre en légère hausse ce jeudi matin, cela peut sembler contre-intuitif mais les intervenants semblent désormais capables de reléguer les incessantes annonces du futur prix Nobel de la paix au rang de «bruit de fonds». Certes, tout ces tarifs auront un impact réel, en revanche le marché semble se concentrer actuellement sur la macro générale (boucles d’or), les résultats de sociétés globalement bons, le retour apparent de la Fed dans le club des copains des actions, une liquidité abondante et le momentum sur la tech qui reste fort. En parallèle les intervenants semblent désormais se méfier des bons du Trésor US et se remettent à vendre le dollar ce matin, la paire EUR/USD passe de 1,1564 hier à 1,1685 ce matin. 

En résumé, oui les tarifs inquiètent mais le marché considère probablement que, en l’état le scénario général n’est pas modifié.

Wall Street termine sa séance dans le vert, les indices S&P500 (SPX) et Nasdaq100 (NDX) clôturent proches de leurs records historiques respectifs, dans des volumes d’échanges estivaux et avec l’aimable concours des géants de la tech. Il ne faut pas gratter la surface de ce marché bien longtemps pour constater que cette hausse est aussi solide que la porte d’un Boeing 737 MAX9. Le breadth est déjà suspect, on observe plus de titres en baisse qu’en hausse à la cloche sur le SPX et le NDX. Pour sa part, l’indice S&P500 équipondéré (SPW), recule de 0,22% contre +0,73% au SPX, tout est dit, l’armée reste au pied de la colline, sur laquelle on retrouve les habitués de service (AAPL +5%, NVDA +0,65%, META +1,12%, AMZN +4%, MSFT -0,53%, GOOG +0,82%, TSLA +3,62%).

La hausse de 5% d’Apple hier soir est due à l’annonce d’un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars dans le pays, pour faire plaisir au big boss. La firme de Tim Cook en est déjà à 600 milliards de dollars…

La volatilité retourne au placard, le VIX perd 6% à 16,77, son alter ego obligataire le MOVE recule dans les mêmes proportions, tout cela devient vraiment très calme.

Au chapitre macro, Kashkari reprend le ton accommodant de Collins plus tôt cette semaine sur CNBC, en soulignant que la Fed doit réagir au ralentissement de l’économie. Du côté du Trésor américain, une nouvelle adjudication de bons à 10 ans pour un montant de 42 milliards de dollars a lieu hier: elle affiche un rendement légèrement supérieur aux attentes (1,1 point de base) et un ratio de couverture en baisse par rapport à la vente précédente. Elle fait suite à une adjudication décevante de titres à 3 ans mardi. C’est à suivre, il semble que les investisseurs étrangers réduisent leurs achats de dette américaine. Aujourd’hui, ce sont 25 milliards de dollars de bons à 30 ans qui seront mis aux enchères.

Au menu macro-économique de ce jeudi, la décision de la Banque d'Angleterre à la mi-journée (les économistes prédisent une coupe de 25 points de base à 4%), suivie aux Etats-Unis par les nouvelles demandes d'allocations chômage, la productivité hors agriculture, le coût unitaire de la main d'œuvre et les stocks de grossistes.

Siemens AG publie des résultats trimestriels conformes aux prévisions, pénalisé par la faiblesse du dollar. Allianz affiche un bénéfice meilleur que prévu au deuxième trimestre et confirme son objectif. Sandoz retrouve le chemin de la croissance. Zurich Insurance améliore sa rentabilité sur six mois. Galenica enregistre une croissance sur six mois. Schindler remporte un contrat pour le métro de Bogota en Colombie. L'Espagne renonce au F-35 de Lockheed-Martin et opte pour l'Eurofighter (BAE Systems, Leonardo, Airbus) ou le SCAF (Dassault Aviation, Indra Sistemas, Airbus). Google (Alphabet) a révélé que des données de certains clients ont été dérobées lors d'une intrusion dans l'un de ses systèmes de base de données Salesforce. Toyota réduit de 16% ses estimations de bénéfice d'exploitation pour l'ensemble de l'année. Suzano affiche des résultats légèrement supérieurs à ses prévisions et relève ses perspectives d'investissement. La Corée du Sud affirme que Samsung et SK Hynix ne seront pas soumis aux droits de douane américains de 100% sur les puces électroniques.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis le Nifty50 qui perd 0,6%. Tokyo avance de 0,65% à la cloche, Hong Kong monte de 0,58%, Shanghai grappille 0,16% et Séoul gagne 0,92%. Le future SPX prend encore 0,2% et l’Europe ouvre en progrès de 0,2% également. L’or profite de l’affaiblissement du greenback, l’once remonte à 3394 dollars, le pétrole recule pour sa part, le baril de WTI Light Crude revient à 64,80 dollars.

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