Gonet: l'actualité des marchés au 4 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -1,23%, S&P 500 -1,60%, Nasdaq -2,24%, Russell -2,03%, SOX -1,43%, Eurostoxx -2,9%, SMI fermé (fête nationale).


L’actualité des marchés est riche en ce milieu d’été. Avant de nous apitoyer sur la pauvre Helvétie malmenée par un grand blond omniprésent, tentons de faire le point.

En prenant un peu de recul, on peut penser que Boucle d’Or est à nouveau de mise, cette situation où le cycle économique (des Etats-Unis, on se concentre sur la locomotive) n’est ni trop chaud ni trop froid, un phénomène qui plait bien souvent au plus grand nombre des acteurs du marché. Le sentiment général semble globalement solide malgré des valorisations d’actions élevées, un budget américain en surchauffe, largement ignoré par le marché et un paysage géopolitique globalement tendu. Les marchés d’actions des Etats-Unis évoluent proches de leurs records historiques, les spreads de crédit se sont quelque peu resserrés et la volatilité, même si elle se réveille vendredi, reste basse. On garde aussi en tête le combat des chefs en cours, président des Etats-Unis contre président de la Fed, ce dernier résistant au tsunami de menaces, d’injures et de pressions orchestrées par qui vous savez. Quelle que soit l’issue de cette affaire, cela ne sent pas bon pour le marché qui a besoin d’une ou d’un capitaine solidement en place à la barre de la Réserve Fédérale, seule et unique cheffe d’orchestre du grand concert mondial de la finance, n’en déplaise à son meilleur ennemi.

Les tensions commerciales induites par les tarifs décrétés tous azimuts par ce même meilleur ennemi de la Fed restent omniprésentes dans les esprits, on en parle tous les jours dans la presse financière. Le marché pour sa part semble s’en accommoder, c’est à suivre et vérifier.

Enfin, la macro évolue lentement. Le marché de l’emploi américain, jusque-là solide avec des salaires modérés, montre des signes d’essoufflement, surtout dans les services. Si cela se confirme, les entreprises auront plus de mal à répercuter leurs coûts, ce qui pèserait sur les marges et ferait basculer les inquiétudes du risque d’inflation vers celui d’un ralentissement économique. Paradoxalement, l’inflation semble se réveiller, les intervenants semblent privilégier le marché du travail, les attentes de baisses de taux par la Fed le 17 septembre décollent à 82% ce matin. Le marché prévoit deux coupes cette année encore.

On le constate, le paysage boursier est opaque, or l’absence de visibilité est une des pire ennemies des taureaux. La résilience actuelle des indices est impressionnante, elle s’explique peut-être par une liquidité abondante, toujours en attente d’être sortie du marché monétaire pour se mettre au travail.

La séance de vendredi est secouée par des turbulences tarifaires, les taux sont annoncés comme prévu, certains pays prennent nettement plus cher que d’autres (notamment le Canada, le Brésil, l’Inde et la Suisse), le ralentissement du marché de l’emploi en juillet fait le reste, les indices partent vers le sud, on venait ceci dit de toucher de nouveaux plus hauts historiques la veille en séance, tout cela est dont très relatif. On constate que ce sont les valeurs cycliques qui trinquent le plus vendredi sur la planète boursière, voyez par exemple la chute de 2,9% du CAC40 français. Les banques souffrent aussi. À Wall Street on bazarde surtout la tech et la consommation discrétionnaire. Le podium du jour du SPX se compose de la santé, des biens de consommation de base et des utilities, une journée marquée sous le sceau de l’aversion au risque donc. Amazon (AMZN -8,27%) et Apple (AAPL -2,5%) digèrent leurs trimestriels et appuient sur la tête des mastodontes de la tech. La volatilité retrouve quelques couleurs, le VIX gagne 22% à 20,38, il casse ses moyennes mobiles à 50 et 200 jours et on va tout de suite calmer les ardeurs des Roubini en herbe, il est beaucoup trop tôt pour sortir les sulfateuses à taureaux, le niveau actuel de l’indice de la peur de Wall Street est faible, il n’indique rien de particulier, on suivra certes son évolution mais le feu au lac boursier en ce lundi matin il n’y a pas. D’ailleurs si l’on se penche sur l’indice S&P500 équipondéré (SPW), on constate qu’il ne recule que de 1,09% contre 1,6% au SPX, ce sont donc clairement les 7 magnifiques qui font l’objet de désengagements vendredi, on prend les profits là où il y a le plus à récolter, pour sa part l’armée se porte toujours plutôt bien et vous salue du haut de sa colline.

Le marché obligataire prend acte des chiffres mensuels de l’emploi américain, le rendement du 10 ans US recule à 4,25%, il voit son prochain support à 4,20%. L’indice MOVE (équivalent obligataire du VIX) gagne 5% à 83,83, là aussi un niveau plutôt raisonnable.

Côté monnaies, le rebond du dollar est contesté par les cambistes, la paire EUR/USD remonte violemment vendredi, de 1,1392 à 1,1597, pour évoluer ce matin à 1,1552, la 50 jours rode à 1,1582, c’est à suivre de près. 

On se penche sur la macro de vendredi. En juillet, les créations d’emplois non agricoles augmentent de 73'000 aux Etats-Unis, un chiffre inférieur aux attentes du marché qui étaient autour de 110’000. Les données des mois de mai et juin sont révisées à la baisse, avec un total de 258’000 emplois en moins. Le taux de chômage remonte légèrement, passant de 4,1% à 4,2%. Les emplois dans le secteur de la santé progressent, tandis que ceux du gouvernement fédéral poursuivent leur repli. L’indice ISM manufacturier pour juillet ressort à 48,0, en dessous du consensus de 49,5 et du niveau de 49,0 en juin. Les composantes liées aux nouvelles commandes et à la production s’améliorent, mais celle de l’emploi s’enfonce davantage en territoire négatif. La version finale de l’indice de confiance des consommateurs (UMich) baisse légèrement par rapport à la première estimation. Les ménages ne se montrent pas vraiment optimistes, même si leurs inquiétudes diminuent depuis le mois d’avril. Les anticipations d’inflation à un an augmentent légèrement, tandis que celles à cinq ans reculent un peu. Les dépenses de construction en juin baissent de 0,4% par rapport au mois précédent, contrairement aux prévisions qui tablaient sur une légère hausse.

Du côté de la Réserve fédérale, Michelle Bowman estime qu’il n’y a plus de justification pour maintenir le niveau actuel de la politique monétaire, compte tenu du ralentissement de l’emploi et de la réduction du risque de surchauffe inflationniste. Christopher Waller fait un constat similaire, notant que la création d’emplois dans le secteur privé est pratiquement à l’arrêt et que les tarifs douaniers ne devraient avoir qu’un effet ponctuel sur les prix. À l’inverse, Beth Hammack de la Fed de Cleveland souligne que les données d’un seul mois ne suffisent pas à tirer des conclusions solides, rappelant que l’inflation dépasse la cible de la Fed depuis quatre ans et demi. Raphael Bostic de la Fed d’Atlanta observe un affaiblissement plus généralisé du marché du travail, tout en exprimant encore des inquiétudes concernant l’inflation. Enfin, la gouverneure Adriana Kugler annonce sa démission à compter du 8 août afin de reprendre son poste de professeure à l’université de Georgetown. Son mandat aurait normalement pris fin en janvier 2026.

Au menu macro-économique du jour, les commandes d'usines américaines en juin seront publiées à 16h00.

Berkshire Hathaway annonce une dépréciation de 3,76 milliards de dollars sur Kraft Heinz en marge de ses résultats trimestriels. Tesla fait appel de sa condamnation à verser 243 millions de dollars en Floride après un décès impliquant son système de conduite autonome Autopilot. Les employés syndiqués de Boeing à Saint-Louis rejettent la dernière offre et se mettront en grève lundi.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis Tokyo, qui perd 1,25% à la cloche. Hong Kong prend 0,7%, Shanghai avance de 0,66%, Séoul monte de 0,91% et le Nifty50 gagne 0,53%. Le future SPX récupère 0,4% et l’Europe ouvre en hausse de 0,4%. 

En Suisse, la fête du 1er août a été bien pourrie par les désormais fameux 39%. Ce matin le SMI ouvre en baisse de plus de 2%, pour reculer actuellement de 1,4%. Il faut garder en tête que, fête nationale oblige, l’indice était fermé vendredi, pendant que l’Eurostoxx se prenait un joli 2,9% dans les gencives. Rattrapage oblige, on peut presque considérer que le SMI est en hausse aujourd’hui, c’est plutôt étonnant et à suivre.

Assez content de n’avoir pas mentionné le nom de qui vous savez une seule fois dans cette chronique de retour de vacances, ce fut ardu…

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