Wall Street et votre serviteur écoutent «Je t’aime moi non plus» de l’indispensable Serge Gainsbourg, qui aurait probablement remis à sa place qui vous savez sans aucun problème s’il eût été encore parmi nous, mais je m’égare.
Depuis quelques temps, downtown Manhattan un jour on aime les actions et le lendemain moi non plus. Hier c’est journée «je t’aime», les acheteurs reviennent, notamment dans la tech, qui bénéficie de la bonne tenue de Micron Tech (MU +10,2%) après la publication de ses trimestriels. Au final les indices récupèrent une partie des pertes de la veille, encouragés par un indice des prix à la consommation qui chute tellement que d’aucun le qualifient de suspect. Or le BLS lui-même avoue que ces chiffres méritent d’être accueillis avec circonspection. Le US Bureau of Labor Statistics rappelle que les 43 jours de fermeture du gouvernement des Etats-Unis ont altéré les remontées d’informations, qui sont pour certaines incomplètes. De plus la période de compilation des données coïncide notamment avec le Black Friday, ceci pourrait donc expliquer cela.
C’est donc une forme d’optimisme sur la retenue qui s’empare des esprits boursiers hier après-midi, les intervenants rachètent du 10 ans US, le rendement recule à 4,14% après être venu regarder 4,10% dans les yeux juste avant le CPI, le véritable test aura lieu à 4% figure. Sur le front des actions, cela hésite quasiment toute la séance, avec des hausses, des baisses et, au final une clôture dans le vert mais bien loin des plus hauts du jour. On notera tout de même que l’indice S&P500 (SPX) récupère sa moyenne mobile à 50 jours de justesse à la cloche et que le Nasdaq100 (NDX) n’y parvient pas, il faut dire à sa décharge que le chemin était long pour ce faire, c’est à suivre. Le S&P500 équipondéré (SPW) ne progresse que de 0,23% sur la séance, c’est nettement moins que le SPX et cela nous indique que la performance d’hier est permise par la tech et ses géants en premier lieu, pendant que l’énergie est une fois encore en PLS. La volatilité recule légèrement, sur le VIX mais aussi le MOVE (son pendant obligataire), ce dernier revenant au niveau quasiment hallucinant de 60, ce qui équivaut à environ 2 de tension chez un être humain. C’est intéressant, le marché ne semble mais alors pas du tout stressé, tout en se repositionnant depuis le 1er novembre, sortant quelques profits de l’équation dans le secteur de la tech/IA pour revenir dans d’autres thèmes trop longtemps délaissés.
C’est la dernière chronique d’une année boursière riche comme rarement, en événements, rebondissements, performances mais aussi surprises, étonnant monde de la finance qui nous surprend encore et toujours après tant d’années.
Quittons donc Wall Street pour une fois si vous le voulez bien, traversons l’Atlantique et penchons-nous sur le Stoxx Europe 600 (SXXP), dont on parle beaucoup moins mais qui atteint l’air de rien un nouveau record historique hier à la clôture.
Le grand blond serait-il réellement en train de réaliser un MEGA (Make Europe Great Again)? Depuis son retour aux affaires, le billet vert n’est plus que l’ombre de lui-même, on ne peut s’empêcher de se dire que la si belle performance du SXXP y est peut-être liée, plongeon dans le monde des actions du vieux continent…
…Les actions «value» en Europe surperforment les actions de croissance comme jamais auparavant. Cette année, l’indice MSCI Europe Value devance son équivalent «growth» d’environ 19 points de pourcentage, il progresse de précisément 30% depuis le premier janvier. Cette forte reprise intervient après près de 15 ans de sous-performance par rapport aux valeurs de croissance et apparaît davantage comme un rattrapage que comme un excès de fin de cycle. Les banques ont été le principal moteur de cette dynamique, avec une envolée de 89% cette année, leur meilleure performance annuelle depuis 1997. Toutefois, les investisseurs semblent désormais chercher d’autres relais de croissance pour prolonger la tendance. Certains réduisent leur exposition aux banques et se tournent vers des secteurs comme la chimie et l’industrie, qui regroupent des leaders de marché peut-être encore sous-évalués alors qu’essentiels aux grandes transformations en cours, notamment l’électrification, l’intelligence artificielle, la défense et les infrastructures.
Le secteur minier attire également l’attention, porté par la hausse de la demande en métaux stratégiques comme le cuivre, indispensables aux centres de données et par les besoins massifs en matières premières liés aux programmes d’infrastructures, notamment en Allemagne. Malgré de bonnes performances récentes, les valorisations des minières restent en retard par rapport aux prix des métaux, laissant entrevoir un potentiel supplémentaire? Dans le même esprit, les services aux collectivités bénéficient des investissements dans les infrastructures, de la hausse de la consommation d’électricité des data centers et de la perspective de prix du gaz plus bas.
On ne refait pas, malgré deux belles années des actions dites de valeur, une courte majorité de gérants interrogés par Bank of America anticipe désormais un retour en faveur des valeurs de croissance l’an prochain, en raison notamment de la dépendance des actions value à la conjoncture économique et de leur sensibilité aux mauvaises surprises macroéconomiques.
Aujourd’hui les actions value européennes se négocient encore avec une décote d’environ 40% par rapport aux valeurs de croissance, contre une moyenne historique de 30%.
On se penche sur la macro de ce jeudi, dominée par l’indice des prix à la consommation «cœur» de novembre aux Etats-Unis, ressorti à 2,6% sur un an, en dessous du consensus de 3,0% et à son plus bas niveau depuis mars 2021. Les nouvelles demandes d’allocations chômage s’établissent à 224’000, en ligne avec les attentes (225’000) et en baisse par rapport aux 237’000 précédents. L’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie pour décembre crée la surprise en territoire négatif, à -10,2, contre un consensus de +3,5. Dans le détail, les prix reçus progressent, les prix payés reculent et l’indice de l’emploi s’améliore. Hors États-Unis, la Banque d’Angleterre procède à une baisse de taux au ton restrictif, tandis que la BCE maintient son taux directeur à 2%, conformément aux attentes.
Cette nuit la Banque du Japon relève son taux directeur de 25 points de base à 0,75%, son plus haut niveau depuis trois décennies, comme attendu. La banque centrale indique qu’elle continuera de relever ses taux si les perspectives économiques et d’inflation se concrétisent. Le yen s’affaiblit et le rendement des obligations d’État japonaises à 10 ans revient à 2% c’est historique. Kazuo Momma, ancien responsable de la Banque du Japon, déclare sur Bloomberg TV qu’il anticipe deux hausses de taux en 2026 et une supplémentaire en 2027, ce qui porterait le taux directeur à 1,5%.
Au chapitre «tout le monde semble s’en moquer mais ça fait quand même un peu froid dans le dos», OpenAI cherche à lever jusqu'à 100 milliards de dollars dans le cadre d'un nouveau tour de table qui valoriserait l'entreprise à 830 milliards de dollars, selon le WSJ, une valorisation supérieure aux estimations publiées plus tôt cette semaine.
L'UE accepte d'accorder à l'Ukraine un prêt de 90 milliards d'euros pour 2026-2027, dans le but de maintenir le pays à flot et de renforcer sa position dans les négociations. Emmanuel Macron déclare que l'Europe devra trouver un moyen de dialoguer directement avec Vladimir Poutine alors que les États-Unis poursuivent les pourparlers de paix.
Donald Trump ordonne la fermeture du gouvernement fédéral du 24 au 26 décembre, semant le doute sur la tenue prévue d'une vente de dette la veille de Noël. La Bourse de New York confirme que les marchés boursiers ne seraient fermés que le jour de Noël.
Au menu macro-économique de ce vendredi, l'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan (16h00).
D’après Bloomberg, UBS Group se prépare à mettre en œuvre une première vague de suppressions de postes vers la mi-janvier, avant de nouvelles réductions d’effectifs prévues plus tard en 2026, tandis que Nike chute d’environ 11% en dehors des heures de cotation à la suite de la publication de ses résultats trimestriels. Les comptes de FedEx sont globalement bien accueillis par les investisseurs, même si le groupe prévient que l’immobilisation des avions MD-11 après un accident mortel pourrait entraîner un manque à gagner estimé à 175 millions de dollars. Sur les marchés, Dell et HP Inc reculent après des prévisions de Micron qui ravivent les craintes liées à l’évolution des coûts. Par ailleurs, l’administration américaine lance une revue impliquant plusieurs agences sur les licences d’exportation des puces Nvidia H200 destinées à la Chine, alors que, selon le Wall Street Journal, Meta travaillerait sur un nouveau modèle d’intelligence artificielle pour les images et les vidéos, baptisé Mango. Enfin, Toyota indique vouloir commencer à commercialiser au Japon, dès 2026, des véhicules produits aux États-Unis.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 1,03% à la cloche, Hong Kong avance de 0,75%, Shanghai gagne 0,36%, Séoul prend 0,65% et le Nifty50 prend 0,6%. Le future SPX traite en légère hausse, l’or se maintient à 4328 dollars l’once, le pétrole fuit de toutes parts, ce matin à 55,84 dollars le baril de WTI Light Crude.
Dernier mais presque pas le pire, le Dollar Index (DXY) tente un rebond, il évolue ce matin à 98,63, juste au-dessus de sa 100 jours. On peut s’en étonner après le CPI d’hier, ceci dit les doutes qui l’accompagnent et le positionnement net long actuel sur l’euro peuvent expliquer ce mouvement. La paire EUR/USD traite à 1,1717, prochain support à la 100 jours, qui se situe actuellement à 1,1653.
L’actualité des marchés revient lundi 5 janvier, de très belles fêtes de fin d’année à vous et vos proches, ainsi que le meilleur pour 2026.