Le rallye boursier de Noël aura-t-il lieu? Chaque année les plus optimistes en doutent et chaque année ou presque ils ont tort. La séance de trading de vendredi apporte du grain à moudre aux roubinis de service, qui prédisent la fin du monde 365 jours par année. On va y revenir, mais d’abord ce fameux rallye de fin d’année qu’en est-il? Well… Force est d’avouer ce matin que les intervenants semblent actuellement plus attirés par la santé que par Santa, la faute à deux délinquantes du secteur de la tech, les infâmes Oracle et Broadcom qui font craindre en fin de semaine aux moins optimistes du pack que toute cette histoire autour de l’intelligence artificielle ne soit allée trop haut trop vite. Mais finalement, et si le rallye de Noël c’était un peu comme les soldes? Toute l’année plutôt que seulement en décembre. Prenez les performances des principaux indices cette année, sachant que les crus 2023 et 2024 furent excellents: S&P500 (SPX) +16,2% ytd, Nasdaq100 (NDX) +18,95%, Stoxx Europe 600 (SXXP) +17,6%, SMI +14,4%. Ajoutez à cela que la plupart des indices traitent proches de leurs plus hauts historiques, dans un tel contexte les investisseurs pourront célébrer le cru boursier 2025 même en l’absence de Santa, sauf sortie de route dans les 15 prochains jours.
La semaine de trading écoulée avait fort bien démarré avec quatre séances consécutives de hausse, elle se termine avec un SPX et un NDX qui se prennent les pieds dans le tapis vendredi, surtout le second nommé. La Fed a beau avoir fait le travail mercredi soir et maintenu la porte entrouverte à une baisse de taux supplémentaires l’an prochain, ce dont le marché semblait se contenter, c’est du côté micro que vient le côté obscur. Les résultats trimestriels d’Oracle et Broadcom font resurgir les doutes sur la rentabilité des tombereaux de milliards engagés dans l’IA. Tentons une autopsie analyse des cancres du moment.
Broadcom, valeur fétiche du secteur des semi-conducteurs, publie des résultats solides, clairement portés par l’intelligence artificielle mais cela ne suffit pas. Le marché estime qu’à un multiple de 76 fois les bénéfices attendus cette année, il fallait des performances encore plus éclatantes pour justifier un tel prix. À ce stade, Broadcom se paie deux fois plus cher que Nvidia, lequel n’est pourtant pas réputé pour afficher un PER modeste, autour de 38 si l’on fait le calcul. Autre dossier scruté de près: Oracle. Là encore, les chiffres publiés ne sont pas mauvais en soi. Ce qui inquiète surtout les investisseurs, c’est la volonté du groupe de se lancer très agressivement dans les centres de données, à un moment où la rentabilité économique de ces infrastructures est loin d’être évidente. Un simple coup d’œil aux projections financières permet de saisir l’ampleur du problème. Les investissements d’Oracle, les fameux CAPEX, devraient passer d’environ 4,3 milliards de dollars par an en moyenne entre 2017 et 2024 à plus de 21 milliards cette année, avant de dépasser les 50 milliards de dollars en 2026, 2027 et 2028. Or, en régime normal, l’entreprise génère environ 12,5 milliards de dollars de flux de trésorerie annuels. Il devient donc clair qu’Oracle devra se financer massivement à l’extérieur, ce qu’elle a déjà commencé à faire. Peut-être trop, au goût du marché, qui commence sérieusement à s’inquiéter.
L’agence Bloomberg jette de l’huile sur le feu vendredi en affirmant que certains projets de centres de données d’Oracle destinés à OpenAI pourraient prendre jusqu’à un an de retard. Étant donné les montants engagés, chaque mois compte pour voir les revenus arriver rapidement. Oracle dément ces informations, sans vraiment parvenir à dissiper les doutes.
Au final, Oracle abandonne 13% sur la semaine, Broadcom en égare 8, le gros du repli se fait vendredi et paf le NDX, qui vient dangereusement flirter avec sa moyenne mobile à 100 jours en clôture. Vendredi on vend plus ou moins tout ce qui a trait à l’IA, les titres à beta élevé, les actions les plus shortées ou encore les stocks favoris des Robinhooders. La plupart des géants de la tech sont sous pression, Nvidia notamment qui abandonne 3,27%. La volatilité retrouve quelques couleurs, le VIX gagne 6% à 15,74, 12,70 attendra mais en même temps on ne peut s’empêcher de se dire que 6% de hausse du VIX dans un tel contexte, cela relève de l’anecdote. Chaque jour qui passe confirme un peu plus qu’il y a une vie boursière après la tech, prenez l’indice S&P500 équipondéré (SPW) qui recule de 0,65%, cela nous indique que tout n’est pas jeté à la poubelle, les intervenants font le tri et effectuent de la rotation de secteurs. Le podium du jour du SPX se compose des biens de consommation de base, de la santé et des materials.
Tiens en parlant de secteurs plus traditionnels qui résistent mieux que la tech, voyez l’indice des transports (TRAN) qui, en toute discrétion, est quasiment de retour à son plus haut historique. Les actions du secteur des transports rebondissent nettement en 2025, envoyant un signal jugé positif pour l’économie et les marchés. L’indice Dow Jones Transportation Average progresse de près de 12% depuis le début de l’année, se rapproche de son record historique et a récemment surperformé le Nasdaq. Ce mouvement est suivi de près car les transports sont considérés comme un indicateur avancé de l’activité économique. Les dernières données montrent un ralentissement mais pas de choc brutal, tandis que la baisse des taux de la Fed et la perspective de nouveaux assouplissements en 2026 soutiennent les valeurs cycliques. Ce rebond rassure aussi sur la solidité du marché au-delà des grandes valeurs technologiques et s’inscrit dans la logique de la théorie de Dow, avec un Dow Jones Industrial déjà à des sommets et un indice des transports proche des siens. Les perspectives opérationnelles de groupes comme FedEx, Uber ou Delta s’améliorent, suggérant une poursuite de la croissance. Ne baissons pas pour autant notre garde, des risques demeurent toutefois, liés aux droits de douane, au marché du travail et à la confiance des ménages.
Le Dollar Index (DXY) reste sous pression. Il évolue ce matin à 98.38, c’est la troisième séance consécutive qu’il passe sous sa 100 jours. Pour sa part la paire EUR/USD cote 1,1736, elle peut techniquement toujours viser 1,1919 (le top en séance du 17 septembre). Le rendement du 10 ans US est calme ce matin, il affiche 4,17%.
Au chapitre de la macro, la séance de vendredi est animée par de nombreuses prises de parole de responsables de la Réserve fédérale à la suite de la réunion du FOMC de décembre, mettant en évidence des divergences internes. Austan Goolsbee, de la Fed de Chicago, explique avoir voté contre la décision en raison du manque de données récentes sur l’inflation et estime qu’attendre janvier présentait peu de risques, tout en se disant confiant dans la possibilité de baisses de taux significatives en 2026. Jeffrey Schmid, à Kansas City, justifie son désaccord par le fait qu’il juge l’inflation encore trop élevée et considère que la politique monétaire doit rester légèrement restrictive. Anna Paulson, à Philadelphie, se dit un peu plus préoccupée par un affaiblissement du marché du travail que par l’inflation, tout en comptant sur les prochaines données pour clarifier la situation, tandis que Beth Hammack, à Cleveland, met en garde contre le risque de voir l’inflation rester proche de 3%, au-dessus de l’objectif de 2%.
Par ailleurs, le débat autour de la future présidence de la Fed se poursuit, Donald Trump indiquant pencher soit pour l’ancien gouverneur Kevin Warsh, soit pour le conseiller de la Maison Blanche Kevin Hassett et estimant que le prochain président devrait le consulter sur les décisions de taux. La semaine qui débute s’annonce très chargée sur le plan macroéconomique, avec la publication des chiffres de l’emploi américain de novembre demain et de l’inflation CPI jeudi, des données d’autant plus attendues après les propos de Jerome Powell évoquant une possible surestimation des créations d’emplois d’environ 60’000 par mois, ainsi que plusieurs autres indicateurs clés comme l’indice manufacturier Empire State, l’indice NAHB du marché immobilier, les ventes au détail, les ventes de logements existants et les enquêtes de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan.
Au menu macro-économique de ce lundi, des discours de membres de la Fed dans l'après-midi.
Sika va acquérir une entreprise de mortier en Suède. Novartis construit un nouveau centre de production aux Etats-Unis. Après Cisco qui a rejoint son niveau de 2000, Bank of America dépasse son record de 2007. Zootopia 2, de Walt Disney devrait rejoindre le club des films ayant généré 1 milliard de dollars de recettes au box-office. ServiceNow serait sur le point de racheter Armis pour 7 milliards de dollars, selon Bloomberg. Intel conclut un accord de 1,6 milliard de dollars avec la start-up SambaNova, spécialisée dans les puces IA, a appris Bloomberg. Les détenteurs d'obligations China Vanke rejettent la prolongation du délai de paiement, augmentant ainsi le risque de défaut. Lamborghini (Volkswagen) a retenu un turbocompresseur du japonais IHI pour sa future sportive hybride rechargeable Temerario.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo recule de 1,31% à la cloche, Hong Kong abandonne 1,34%, Shanghai rend 0,55%, Séoul perd 1,84% et le Nifty50 égare 0,08%. Le future SPX progresse de 0,3%, l’Europe fait de même dans les premiers échanges. L’or ne s’arrête plus, l’once traite ce matin à 4346 dollars, en revanche le baril de WTI Light Crude a un gros coup de pompe, il se languit à 57,54 dollars.